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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #29 BIS— La scolastique arabe — Averroès

Le 27/ 01/ 2026 :

- Tu connais l'histoire : suite à une erreur d'analyse, j'ai dû reprendre mon article sur Avicenne (voir #28 Bis),  et dans la foulée, je dois reprendre les articles qui s'y réfèrent peu ou prou, en premier celui sur Averroès (cf. #29).

Mon erreur d'interprétation éclate aussitôt puisque mon schéma initial doit être corrigé ainsi :

  (1) (2)
Avicenne
  (a) (b)
Averroès Aristote
  (c) (d)
Platon

Il y avait :

  1. Une erreur concernant Aristote (interversion entre (a) et (b) cf. "Vade mecum Rev 1") 
  2. Une erreur sur le schéma d'Avicenne qui n'est pas un parcours  sur le cross cap, mais de type néoplatonicien R.

- Tu ne vas pas faire l'historique de tes erreurs? Averroès est plus intéressant que toi !

- Bien entendu, mais malgré tout c'est instructif, tout du moins pour moi, de repérer de quelle façon j'ai pu me tromper aussi lourdement, alors que je prenais grand soin de vérifier tout ce que j'avançais à l'aide de Perplexity.

Il s'est avéré qu'effectivement, je n'avais pas compris le duo essence / existence, alors que sur le coup, ma vérification auprès de Perplexity n'avait fait que me conforter dans mon approche.

- L'I.A. a cherché à te faire plaisir autant que cela n'entrait pas en contradiction avec les sources auxquelles elle se référait pour te répondre. La chance que tu as eu, mais bien trop tard (article à revoir #33), ce fut ta question directe concernant le duo actuel/ potentiel qui n'avait rien à voir chez Aristote et Avicenne, avec ce que l'on comprend actuellement.  

— 🤖 : Non : le couple «potentiel / actuel» chez Avicenne décrit d’abord une structure ontologique et noétique (puissance / acte), pas un passage de type «hypothèse → validation expérimentale» au sens d’une épistémologie moderne, même si l’expérience joue chez lui un rôle réel dans la constitution de certains principes scientifiques.[1][2] ( Sources : suivre le lien)

Tu avais entre-temps corrigé le prompt de l'I.A. pour le rendre plus critique, et ça se voit ici : il attaque directement par un non franc et massif. Maintenant, il est temps de revenir à Averroès. Commençons par un tour d'horizon pour nous rafraîchir la mémoire :

AVERROÈS (IBN RUSHD) 

I. CONTEXTE ÉPISTÉMIQUE
Averroès (1126-1198) se situe à un moment critique de la translatio studiorum : le mouvement de transmission de la philosophie grecque vers l'Occident latin, via Cordoue et Al-Andalus. Il est l'héritier direct d'al-Fârâbî et d'Avicenne, mais il entreprend une réinterprétation radicale de la pensée aristotélicienne qui le distingue de ses prédécesseurs.
Selon de Libera, Averroès joue un rôle décisif dans l'histoire du problème des universaux en clarifiant ce qui était resté ambigu chez Aristote et confus chez les néoplatoniciens.

II. LA DOCTRINE DE L'INTELLECT AGENT

  • A. Double Action de l'Intellect Agent
    Averroès reprend le modèle de la cooccurrence hérité d'al-Fârâbî (la double action de l'intellect agent sur la faculté rationnelle ET sur l'imagination), mais il le précise et l'organise systématiquement.
    Trois opérations de l'esprit (In De anima, III) :
    1. Première opération (Commentaire 18) : Appréhension des quiddités simples (saisie des concepts simples)
      • L'intellect agent agit sur les fantasmes (intentions imaginées)
      • Produit la première appréhension en actualisant l'intellect possible
      • Résultat : formation des concepts élémentaires, indivisibles, infaillibles
    2. Deuxième opération : Composition de concepts formant une unité proposée
      • Ouvre la possibilité du vrai et du faux
      • (Ce que de Libera identifie à la saisie de l'être pour le jugement)
    3. Troisième opération (Commentaire 36) : Raisonnement démonstratif
      • L'intellect agent dote l'intellect possible des principes premiers
      • Les premiers principes fonctionnent comme instruments pour l'intellect agent
      • Crée un habitus : la possession des principes du savoir
  • B. La Distinction Capitale : Concepts Simples vs Principes Premiers
    Averroès distingue deux stades de l'activité intellectuelle que ses prédécesseurs confondaient :
Stade Statut Caractéristiques Origine
Concepts simples Premiers intelligibles Impartageables, absolus, sans erreur possible Saisie directe par abstraction
Principes premiers Habitus = possession du savoir Propositions (« le tout > la partie »), composées Semi-inné, donné par l'intellect agent

L'ambiguïté aristotélicienne cruciale : De Libera souligne qu'Aristote (Seconds Analytiques II, 19) laisse floue la distinction entre induction abstractive (génération de l'universel à partir de la sensation) et intuition des premiers principes (saisie des axiomes fondamentaux). Averroès les distingue clairement sans pour autant les séparer radicalement.

III. L'INTELLECT AGENT : SUBSTANCE OU PUISSANCE ?
Un des enjeux majeurs pour les médiévaux sera la nature de l'intellect agent chez Averroès.
Position d'Averroès (selon de Libera) :

  • L'intellect agent n'est pas une substance séparée (ce qu'il n'est pas), mais plutôt :
    • Une puissance interne à l'âme humaine
    • Qui exerce une fonction précise et identifiable : actualiser l'intellect possible
    • Via l'extraction des formes intelligibles des fantasmes
  • Rôle fonctionnel :
    • Agit comme illumination des fantasmes (analogue à la lumière physique éclairant le visible)
    • Transforme les perceptions sensibles en pensées intelligibles par une action conjointe
    • Produit la cooccurrence formelle où se réalise l'acte de penser

IV. LA THÉORIE DES UNIVERSAUX

  • Rupture avec al-Fârâbî et Avicenne
    • Chez al-Fârâbî : les universaux étaient mélangés aux premiers intelligibles (propositions premières), donnant une théorie ambiguë.
    • Chez Avicenne : distinction entre l'essence et l'existence, mais flou sur le statut ontologique précis de l'universel.
    • Chez Averroès : clarification nette du statut de l'universel en tant qu'abstraction des conditions sensibles.
  • Universaux comme natures simples
    Pour Averroès, les universaux sont :
    • Abstraits des conditions matérielles et singularisantes
    • Immatériels dans l'intellect (et seulement là)
    • Préexistants en puissance dans les sensibles
    • Actualisés par l'intellect agent agissant sur l'imagination
Point crucial : L'universel n'est pas une substance extérieure (contre le platonisme) ni une chose en elle-même, mais une forme intelligible produite par l'abstraction.

L'indifférence de l'essence (héritage avicennien)
Averroès reprend et précise la doctrine avicennienne de l'indifférence de l'essence :

L'essence d'une chose, considérée en elle-même, est indifférente à l'existence ou la non-existence. Elle ne porte en elle aucune détermination qui la rend nécessaire d'exister. C'est l'existence qui est ajoutée à l'essence par une cause externe.

Pour les universaux : Ce qui est universel, c'est l'essence, pas l'existence. L'existence fait toujours les choses singulières et particulières.

Le problème de l'intellect possible

Selon de Libera, Averroès pose un problème de philosophie de l'esprit fondamental :

Comment l'intellect possible humain peut-il être actualisé de manière stable si l'intellect agent (qui l'actualise) n'est qu'une puissance transitoire ?

Sa réponse :

  • L'intellect agent produit des habitus (dispositions stables, acquisitions mentales)
  • Ces habitus constituent l'intellect acquis (intellectus adeptus)
  • Cet intellect acquis représente la possession stable du savoir

Rapports entre sensation, imagination et intellection

Averroès élabore un modèle psychologique intégré :

Sensation (5 sens) ↓ Imagination (stockage des perceptions) ↓ [Intellect agent émet sa "lumière intelligible"] ↓ Intellect possible (actualisé, forme ses concepts) ↓ Intellect acquis (habitus du savoir) ↓ Science (déduction propositionnelle)

Caractère de la cooccurrence averroïste :

  • L'intellect agent agit simultanément sur imagination ET intellect possible
  • Les perceptions sensibles deviennent ipso facto pensées intelligibles
  • Il y a transformation, non-transmission ou transfert spatial

Impact sur la querelle des universaux

De Libera souligne qu'Averroès impose un tournant majeur pour le Moyen Âge :

Clarification du problème aristotélicien :
En distinguant appréhension simple, composition de concepts, et principes premiers, il offre un cadre conceptuel net absent chez Aristote lui-même.
Réfutation du platonisme résiduel :
L'universel n'existe que dans l'intellect (par abstraction) ; il n'y a pas de Formes séparées. C'est un renforcement de l'aristotélisme.
Problème médiéval :
Mais cette position averroïste crée une nouvelle tension pour les scolastiques latins : Si l'universel est seulement dans l'intellect, d'où vient son lien à la réalité ? Comment la science porte-t-elle sur le réel si ses objets sont abstraits ?

Transmission au Moyen Âge latin

De Libera note que les commentaires d'Averroès sur le De anima d'Aristote (et particulièrement les Commentaires 18 et 36) deviennent les textes fondamentaux pour la philosophie médiévale latine à partir du XIIIe siècle.

  • Albert le Grand dissociera ce qui reste lié chez Averroès : la problématique de l'origine de la pensée (Comm. 18) et celle de l'origine de la connaissance scientifique (Comm. 36), en posant trois "degrés" de l'intellect possible.
  • Thomas d'Aquin reprendra la doctrine averroïste mais la remodèlera dans une perspective théologique (intellect agent comme puissance de l'âme, infusion divine des espèces intelligibles).
  • Siger de Brabant et les averroïstes latins pousseront plus loin l'aristotélisme averroïste, créant la tension connue entre foi et raison.

Synthèse structurelle

Ce qui fait l'importance d'Averroès pour de Libera est qu'il réorganise rationnellement l'ensemble des éléments :

Domaine Solution averroïste
Intellect agent Puissance de l'âme, non substance séparée
Universaux Abstraits du sensible, immatériels dans l'intellect
Premiers concepts Impartageables, infaillibles
Principes premiers Donnés par l'intellect agent comme instruments
Défense d'Aristote Contre le platonisme implicite chez al-Fârâbî
Lien sensation-intellection Modèle de cooccurrence formelle (simultanéité)

Conclusion provisoire

Averroès cristallise pour de Libera un moment de clarification majeur dans l'histoire du problème des universaux. Il ne résout pas les tensions (entre abstrait et réel, entre intellect agent et intellect possible, entre sensation et pensée), mais il les formule avec netteté et propose des outils conceptuels que le Moyen Âge latin doit ensuite adapter à ses propres enjeux théologiques et philosophiques.

Son héritage pour la querelle médiévale est double : un renouveau aristotélicien et un défi à relever (comment préserver la scientificité du savoir si ses objets ne sont que des abstractions ?).

Le 28/ 01/ 2026 :

- Bon, avant de revenir au texte d'Alain de Libera, nous pouvons déjà rapprocher ce résumé de ce que nous avions vu chez Avicenne (voir #28 Bis).

  Avicenne  
       
  𓁝∅ Donateur
de Formes
𓁝∅  
prédicat / Intention Essence Intellect agent
     
intellect possible   phantasma
  (↑)   (↑)  
voices Existence sensible
  𓁜   𓁜  
       
  de rem   en re  
  logique   noétique  

- Peut-être faut-il remonter à Aristote, puisque apparemment, Averroès reprend sa démarche R , contre une approche néoplatonicienne R ?

- Tu as raison : mettons tout à plat :

  Platon   Aristote     Avicenne  
Monde
des idées
[⚤] [♻]      Actuel     Essence
             
Monde
sensible 
[⚤] [♻]      Potentiel     Existence
Multiple   Un                    

et repartons du problème que nous avions pointé alors (cf. ici) :

Il y a déjà un premier problème pour passer d'Aristote à Avicenne concernant le concept d'essence :

  • Aristote déshabille l'objet  ♧♻ pour arriver à l'essence, et ensuite "en parler" par ♡/;
  • Avicenne habille l'essence ♡♻ pour arriver à l'existant en ♧.

- Tu es coincé avec ton existant en  ♧♻ , comment vas-tu en parler ?

- C'est là qu'Avicenne constate une similitude entre les niveaux [⚤] et [♻] : le Sujet parle en [⚤] comme le "donateur de forme" crée en [♻].

- J'ai compris : il part de l'intention portée en mode sémantique :

  • Le "donateur de forme" crée l'objet en "habillant" une forme vide ♡♻ ;
  • Le "sujet" s'interroge à partir de ♧/. (voir ici)
    • quid est res ?
    • quod est ?

1/ Les 3 opérations de l'esprit :

  • Appréhension des quiddités simples (saisie des concepts simples)
    • L'intellect agent agit sur les fantasmes (intentions imaginées)
    • Produit la première appréhension en actualisant l'intellect possible
    • Résultat : formation des concepts élémentaires, indivisibles, infaillibles

- Il y a déjà un point à éclaircir : tu avais situé "l'intellect possible" au niveau [⚤], en pensant à la manipulation des idées comme une construction de Lego, par exemple "une maison heptagonale", or ici il s'avère que la manipulation des fantasma est de niveau [♻].

- Tu as raison : j'oublie toujours cette "épaisseur" du langage, qui fait précisément que l'on s'intéresse à la substance ou l'essence des universaux. Il faut rectifier et considérer que "l'intellect possible" caractérise le mode ♢ en général : l'important est la dualité :
intellect possible / potentiel— ♢ / ♡ —actuel/ intellect agent.
Ceci rectifié, nous retrouvons bien :

  • sujets sensibles en ♧  fantasmes en ♢ quiddités en ♡;
  • passage en re — ♡ / — de rem où nous retrouvons les universaux simples (ce qui est dit de...) en ♧⚤.
  • Composition de concepts formant une unité proposée
    • Ouvre la possibilité du vrai et du faux
    • (Ce que de Libera identifie à la saisie de l'être pour le jugement)

Là il faut se forcer à comprendre que nous restons en [♻] : un jugement sur l'être ne peut que porter sur la chose elle-même, ce qu'elle est.
=> il s'agit donc d'une "composition" de concepts en ♢.

- Mais nous savons bien que les implications du concept de "continu" qui caractérise ce niveau [♻] depuis Aristote ne sont pas appréhendées.

- Exact, et cela devrait provoquer quelques difficultés par la suite, à nous de les identifier.

  • Raisonnement démonstratif
    • L'intellect agent dote l'intellect possible des principes premiers
    • Les premiers principes fonctionnent comme instruments pour l'intellect agent
    • Crée un habitus : la possession des principes du savoir

- Bon, là nous sommes bien dans l'utilisation de la logique, en ♢; non ?

- Oui, mais Avicenne a laissé des traces importantes, qui contrarient une démarche purement aristotélicienne : il y est question de s'appuyer sur des "principes premiers".

- Et l'intellect agent n'est plus cantonné au niveau [♻] mais se retrouve ici aussi en [⚤] ?

- Voilà : autrement dit les deux intellects caractérisent chacun un mode, quel que soit le niveau :

  • En mode ♡ : Intellect agent ;
  • En mode ♢ : intellect potentiel.

- OK, mais ça n'explique pas le "choix" des "principes premiers" comme moteur de l'intellect potentiel 𓁝♡𓁜 ?

- Effectivement.

  • Avicenne partait, comme nous l'avons vu, d'un "donateur de forme", hors imaginaire —donc non représentable— pour expliquer une démarche similaire à chaque niveau [⚤] et [♻], et l'introduction d'une intention, ce que je rapproche de l'axiome du choix en mathématiques, et donne les "principes premiers" en 𓁝∅𓁜;
  • Platon utilisation la réminiscence pour arriver au mêmes principes par une voie différente [⚤]𓁜𓁝[♻].

Ce qui, bien évidemment, prête à confusion dès lors que tu ne distingues pas entre les deux voies ↓ ← et rapproches trop rapidement Avicenne de Platon (l'effet palimpseste)...

- Comme ce sera le cas au XIII siècle ?

- C'est justement ce qui constitue le problème de l'intellect acquis.

2 / Le problème de l'intellect possible

Comment l'intellect possible humain peut-il être actualisé de manière stable si l'intellect agent (qui l'actualise) n'est qu'une puissance transitoire ?

Sa réponse :

  • L'intellect agent produit des habitus (dispositions stables, acquisitions mentales)
  • Ces habitus constituent l'intellect acquis (intellectus adeptus)
  • Cet intellect acquis représente la possession stable du savoir

Avec à la clef un joli développement en perspective pour atteindre à l'habitus selon Bourdieu. (voir "La distinction #3")

- Ne te disperse pas ! 

- Oui, bon; Averroès introduit ici un concept qu'il faudra suivre de près. Il est de toute façon de mode sémantique ♡, reste à préciser son niveau, à suivre dans le texte de Libera...

3/ Caractère de la cooccurrence averroïste :

  • L'intellect agent agit simultanément sur imagination ET intellect possible
  • Les perceptions sensibles deviennent ipso facto pensées intelligibles
  • Il y a transformation, non-transmission ou transfert spatial

Il faudra vérifier comment Averroès articule cette "cooccurrence" qui chez Avicenne fait intervenir le "donateur de formes" hors Imaginaire, dans une démarche transcendante , dans une démarche aristotélicienne immanente .

4/ Les universaux :

  • Pour Averroès, les universaux sont :
    • Abstraits des conditions matérielles et singularisantes
    • Immatériels dans l'intellect (et seulement là)
    • Préexistants en puissance dans les sensibles
    • Actualisés par l'intellect agent agissant sur l'imagination
Point crucial : L'universel n'est pas une substance extérieure (contre le platonisme) ni une chose en elle-même, mais une forme intelligible produite par l'abstraction.

- Tu avais placé les universaux simples en ♧ ?

- Mea culpa : je ne suis qu'un produit de mon temps, et inconsciemment plus "nominaliste" que "réale". Là encore, je dois rectifier : pour Averroès, les universaux sont en ♢. Preuve :

  • Ils sont "abstraits" c.-à-d. obtenus par ♧;
  • Immatériels : chez Aristote l'abstraction de la "forme" ♢ de la substance ♧ laisse la matière au niveau "du monde sensible" (depuis Platon);
  • Préexistants en puissance :
    • En puissance : pas de problème puisque les modes ♧ et ♢ sont "potentiels" et que seul le passage au mode ♡ actualise les concepts;
    • Préexistants dans les sensibles : l'existence est un concept d'Avicenne, caractérisant le mode ♧ en opposition à l'essence en mode ♡ 

- Il y a une ambiguïté entre deux démarches et , non ?

- Effectivement, nous verrons ce qu'il en est en lisant de Libera. Mais puisque nous y sommes, continuons avec l'appropriation du concept d'existence par Averroès :

3/ L'essence :

"L'essence d'une chose, considérée en elle-même, est indifférente à l'existence ou la non-existence. Elle ne porte en elle aucune détermination qui la rend nécessaire d'exister. C'est l'existence qui est ajoutée à l'essence par une cause externe."

- Nous retrouvons bien ici chez Averroès le duo essence/ existence, qui s'articule chez Avicenne comme opposé au duo d'Aristote :

  • Avicenneessence—♡existence;
  • Aristote : potentiel— ♧ —actuel.

Définir les universaux en ♢ offre une sorte de plateforme intermédiaire, à la fois potentielle et indifférente à l'existence (i.e. avec ou sans référence en ♧). Quant à la "cause extérieure" faisant passer de l'essence à l'existence, elle échappe au circuit aristotélicien pur et dur...

- En résumé ?

- Je crois que les clarifications en question tiennent à la position ♢, celle des phatasma chez Aristote, permettant de présenter les universaux "de re" qui soient potentiels, et indifférents à l'existence ou non de référés.

- Passons au texte !

L’UNIVERSEL SELON AVERROÈS

L’abstraction comme dépouille du fantasme et la théorie des deux sujets

En manière de préambule, Alain de Libera nous donne d'entrée de jeu un tableau très clair des concepts utilisés par Averroès :

"La théorie d’Averroès est formulée dans le cadre d’une doctrine de l’âme et de l’intellect caractérisée par les thèses suivantes :

  1. l’individu humain est constitué par une âme sensitive individuelle, étendue et unie au corps selon l’être
    => soit âme en ♡ ; unie au corps en ♧; selon l'être ♡ (actualisation)
  2. l’intellect «matériel» ou «possible» est une substance séparée et éternelle, séparée du corps, unique pour tous les hommes et qui n’est pas forme substantielle du corps ; 
    => soit substance séparée du corps au rang du "possible" d'Aristote en ♢
    => ambiguïté avec principe Unitaire de Platon, séparé en [♻].
  3. l’intellect agent est une substance séparée qui a pour fonction d’abstraire les universaux d’images individuelles ; 
    => on retrouve l'intellect agent d'Aristote en ♡♻ qui "abstrait" les concepts des images ♢
  4. la connaissance individuelle s’effectue chez l’homme par l’intermédiaire des images individuelles ;
    => confirmation que nous parlons bien des choses "en re" en [♻], à partir des "phantasma" d'Aristote ♢;
    => l'accumulation stock le "savoir" en ; en duo avec l'intellect agent ♡;
  5. cette connaissance est appelée «intellect spéculatif» ou théorétique, lequel est individué et «corruptible» du fait de son union avec les images ;
    => l'intellect spéculatif est caractérisé par l'abstraction ; en opposition avec l'intellect "possible" ;
  6. une fois la connaissance humaine accomplie,
    • l’intellect «matériel» s’unit à
    • l’intellect agent et forme avec lui
    • l’«intellect acquis», intellectus adeptus. C’est dans cet état que consiste la félicité suprême de l’homme."

=> soit une action de l'intellect agent sur l'acquis  ♢; qui est acquis en   ♡"p. 262

Tentons d'en faire un schéma cohérent, ce qui vaudra mieux qu'un long discours :

Averroèse    
Essence âme
Intellect agent 
intellect acquis 
Actuel
      p
o
t
e
n
t
i
e
l
  phantasma 
intellect matériel
 
     
Existence sensible
corps
de rem   en re  
logique   noétique  

L'auteur fait remarquer qu'Averroès va plus loin qu'Avicenne dans la définition de , mais qu'il redéfini l'abstraction d'Aristote en reprenant le passage de l'existence à l'essence d'Avicenne (dépouillement de l'existant pour en trier l'essence "indifférente"):

"...elle ne présente pas l’abstraction comme une induction abstractive [i.e. Aristote: ]: l’intelligible n’est pas tiré de la perception de ressemblances entre des images, c’est le produit du «dépouillement» d’une image singulière [i.e.: Avicenne ]. Je n’ai pas le concept d’homme en l’abstrayant d’une pluralité d’images d’hommes singuliers, mais en retirant à une image singulière tout ce qui la fait singulière." p. 263

D'où la théorie des deux sujets ayant deux actions complémentaires :
=> Aristote— abstraction  /  habillage — Avicenne.
L'auteur cite directement Averroès :

"Puisque intelliger, comme le dit Aristote, c’est comme comprendre par les sens, et que comprendre par les sens s’accomplit par l’intermédiaire de deux sujets […] il est également nécessaire que les pensés en acte aient deux sujets,

  • dont l’un est le sujet par lequel ils sont vrais, à savoir les formes, qui sont des images vraies,
  • et le second, celui qui fait de chaque intelligible un étant du monde [réel], et c’est l’intellect matériel.

Il n’y a en cela aucune différence entre le sens et l’intellect, si ce n’est que

  • le sujet du sens, par lequel il est vrai, est extérieur à l’âme, alors que
  • le sujet de l’intellect, par lequel il est vrai, est à l’intérieur de l’âme." p. 264

Donc, si nous nous cantonnons au niveau [♻] (aucune différence entre le sens et l’intellect), alors ce qui est

  • extérieur à l'âme est en ♢ ;
  • intérieur à l'âme est en ♡ .

"De fait, sans l’intention imaginaire qu’il intelligibilise en acte en la «dépouillant», l’intellect agent ne saurait produire de forme intelligible en acte susceptible d’être reçue par l’intellect «matériel». La doctrine d’Averroès vise donc à rétablir la dimension empirique de l’aristotélisme, à renouer le fil de l’intelligible et du sensible, à abandonner l’interprétation dualiste néoplatonisante d’Avicenne, sans sacrifier à l’empirisme et au naturalisme. Averroès est l’adversaire de toute pensée de l’intelligible sur le mode de la donation avicennienne." p. 265

- Il y a malgré tout quelques difficultés : d'après ce que j'avais compris de ta présentation, l'acquis est bien "actualisé" en ♡ ; mais le "matériel" restait potentiel en ♢ ? Et à quelle interprétation dualiste d'Avicenne fait-il allusion ?

- Oui, ça mérite de s'y arrêter un peu.

  Avicenne   Averroès  
 
Donateur
de forme
         
             
        âme
Intellect agent 
intellect acquis 
intellect
possible
      phantasma 
intellect matériel
 
        sensible
corps

 

Il y avait un aspect plus "nominaliste" chez Avicenne, en ce sens que sa "maison heptagonale" pouvait passer (à nos yeux de 2026) comme un "jeu de mots", ou des choix de signifiants ♧ dans des catégories  sont liés par une syntaxe; et c'est lié précisément à la similitude entre les voies [⚤] et [♻], découlant d'un même principe unifiant, à savoir le "donateur de formes" hors Imaginaire, échappant de ce fait au discours. (Note 1)

Pour échapper à cet aspect transcendant, et revenir à Aristote, tu vois qu'Averroès passe ce qui était de l'ordre de  en . Et il ne s'agit pas d'un oubli, mais d'un effort conscient pour "forclore" ce "jeu syntaxique".

L’abstraction comme dépouille du fantasme et la théorie des deux sujets

- Il y a une difficulté malgré tout : dans le passage ♡, Avicenne utilise la "logique", en sachant que ses "constructions", bien que semblables aux phantasma en , diffèrent de celles-ci. or, en ramenant tout en , Averroès se trouve confronter à cette collision :

  • Abstraction : ♧;
  • Intellect agent—♡—intellect matériel

Et de ce joli carambolage résultait le fait qu'il n'y a plus besoin de recourir aux sens pour acquérir de la connaissance. 

"deux conséquences absurdes :

  • a/ l’homme n’aurait pas besoin des sens et de l’imagination pour «comprendre les intelligibles» ;
  • b/ l’intellect «matériel» n’aurait pas besoin de «s’orienter vers les formes sensibles».

Deux conséquences, et non pas une, car l’intellect «matériel» n’est ni une faculté de l’âme ni la forme du corps, mais une substance séparée : Averroès peut donc bien dire, de son point de vue, que l’homme et l’intellect matériel sont également assujettis au sensible." p. 265

Au passage tu vois comment se confirme la place de cet intellect matériel, qui n'est pas dans l'âme (en ♡) ni dans la forme du corps (en ♧) mais substance séparée du corps (au sens d'abstraction d'Aristote au niveau des phantasma) soit en ♢.

"il ne faut pas en déduire que les «intentions imaginées» sont le «seul moteur de l’intellect matériel», la seule cause qui le fasse passer de la puissance à l’acte. Car, si tel était le cas, on aurait deux autres absurdités :

  • c/ il n’y aurait pas de différence entre universaux et individus – nul ne formerait donc d’universaux ;
  • d/ l’intellect se réduirait à l’imagination – ce qui est la doctrine d’Ibn Bâjja (Avempace) identifiant l’intellect matériel à la faculté imaginative «en tant qu’elle est préparée à ce que les intentions qui sont en elles soient intelligées en acte» (Crawford, p. 397)." p. 265

Il y a ici une réappropriation de l'intention d'Avicenne, qui se traduit par un acte à partir du mode  ♡.

  • 𓁝♡♢𓁜 : intention aboutissant aux universaux ♢ chez Averroès et au universaux composés  chez Avicenne;
  • 𓁝♡♧𓁜 : l'union de l'âme au corps (selon l'être; précédant ici l'existence, n'en déplaise à Sartre);

Il faut donc une "tension" entre deux intelligences l'une en ♡, l'autre en ♢ pour actualiser une pensée (intellect acquis ♡) à partir des phantasma. Et je trouve très subtil cette idée de l'intellect possible identifié à la forme du corps, (abstrait de l'homme-sujet sensible) en ♧ comme il se doit.


Le 29/ 01/ 2026 :

- Tu t'amuses bien, là ?

- J'ai le sentiment que le temps passé à revisiter Aristote et Avicenne commence à porter ses fruits ! Mais revenons à notre sujet. 

"Pour Averroès, il n’y a pas d’autre moyen d’accéder à l’intelligible que l’image, car il n’y a pas de pensée sans dépouillement, mais l’image seule ne suffit pas. Comme Kant, mais avec d’autres instruments, Averroès pose que, si une intuition sans concept est aveugle, un concept sans intuition est vide.
[...]
Il appartient à l’imagination [i.e. : ] d’être le lieu où se décide le partage de l’intelligible et du sensible. L’empirisme d’Averroès est fondé sur le rôle pivot de l’imagination, doublement

" p. 267

- J'ai passé un peu vite sur le double aspect de la connaissance, qui utilise de concert l'objet ♧ et et ses formes en ♢.

"La pensée, c’est-à-dire l’intelligible en acte, a toujours deux sujets :

  • l’un, l’intellect matériel, qui assure la subsistance réelle de l’intelligible, qui fait de l’intelligible une «forme existante», disons un être formel ;
  • l’autre, le fantasme, qui en fait un être objectif, autrement dit un concept représentatif, aléthique, c’est-à-dire dévoilant (intellectus verus).

Toute pensée est pensée de quelque chose, au double sens subjectif et objectif du génitif :

  • subjectif, car il faut un pensant ;
  • objectif, car il faut un pensé." p. 267

- On commence à voir une sorte de relativité dans cette dualité objectif/ subjectif, non ?

- Oui, on encore le couple conscient / inconscient du psychanalyste...

- La question demeure : sommes-nous actuellement les descendants d'une perspective qui se met en place depuis cette époque, ou bien ces derniers ont-ils rencontré sur leur parcours un "point de résistance" qu'ils ne pouvaient continuer d'ignorer, et que nous aurions intégré consciemment depuis lors ?

- Une sorte de remémoration ?

- Non je parle de quelque chose de plus organique, en repensant à ce que Dehane explique concernant les zones corticales dédiées à la lecture qui ont squatté une zone du cerveau antérieurement dédiée à la vue.

- Tu reviens à ton idée de palimpseste (voir ici) ?

- Oui, quelque chose de ce genre, fortement lié à un principe économique : le recyclage des idées, le "bricolage" de Lévi-Strauss... Et c'est exactement ce que nous faisons en plaçant l'un sur l'autre les schémas de Platon, Aristote, Avicenne et maintenant Averroès. Chaque point du quadrillage (([⚤]; [#]; [♻]) X (♧; ♢; ♡)) est un peu comme un marigot auquel viennent d'abreuver tous les animaux de la savane. Les lions et les gazelles s'y rencontrent en suivant des chemins différents, mais l'existence et la distribution des points d'eau sont d'ordre géologique et climatique, indépendamment de leur utilité...

- On s'éloigne là...

- Hum... Avicenne avait  également  sa dualité : une similitude entre ce qui est de la chose et ce qui est dit de la chose, et une intention qui s'exerçait à partir de ♡ ou de ♡...

- Quand chez Averroès elle s'exerce entre ♡ et ♢ ...

- Oui : pour éviter le passage ♡ impossible sans "donateur de formes" Averroès reste strictement dans la voie des mots ♡↓↑, mais garde une dualité équivalente.

(x)Et si tu remontes à la source tu trouves des dualités similaires chez Aristote (potentiel/ actuel) et Platon (un/ multiple) qui sont comme le duo source chaude/ froide en thermodynamique...  Vois-tu ce que je cherche à dire ? Même en proclamant haut et fort qu'il n'y a qu'un principe unitaire "expliquant tout", dans la pratique, et dès que tu ouvres la bouche pour tricoter ton discours, il faut bien qu'il aille d'un point à un autre : au multipledu même, du potentielà l'actuel, du sensibleà l'intelligible, ou comme ici, de l'objectifau subjectif...

- Et de l'inconscient au conscient ?

- Tu vas un peu vite en besogne mon ami ! Nous avons encore quelques siècles à traverser avant d'en discuter... mais tu peux déjà penser au duo —neurologique celui-ci— présenté par J. P. Changeux : percept/ concept, qui lui est lié à l'architecture de notre cerveau.

- OK, il y a donc ici en germe, chez Averroès, un rapport objectif/ subjectif promis à un brillant avenir, mais si tu avançais un peu ?

 - En le critiquant, Thomas d'Aquin, que nous verrons ensuite plus en détail, fait une remarque intéressante : pour penser, le Sujet doit se représenter comme objet de son discours.

"Thomas d’Aquin donne une description rigoureuse du circuit de l’intellection assurant la connexion de l’homme et de l’intellect : « L’espèce intelligible qui s’unit à l’intellect possible, en tant qu’elle est sa forme et son acte, a deux sujets :

  • l’un qui est le fantasme lui-même,
  • l’autre, qui est l’intellect possible.

L’intellect possible est donc continué à l’homme par sa forme au moyen des fantasmes » (per formam suam mediantibus phantasmatibus). C’est cette double médiation qui fait que «l’homme individuel intellige, quand l’intellect possible intellige» (De unitate, § 62)." p. 266

Nous y reviendrons en temps utile, mais note que l'homme était déjà envisagé comme objet de discours à l'époque d'Averroès...

- Autrement dit l'aspect "révolutionnaire" de l'apparition du sujet comme objet d'étude à l'Âge Moderne, selon Foucault, avait déjà mijoté en coulisses pendant au bas mot 4 siècles (voir ici).

- On a compris : ce qui nous apparaît superficiellement comme "révolutionnaire", est un surgeon d'un rhizome déjà bien vivace, avance !

"Pour Averroès, il n’y a pas d’autre moyen d’accéder à l’intelligible que l’image, car il n’y a pas de pensée sans dépouillement, mais l’image seule ne suffit pas. Comme Kant, mais avec d’autres instruments, Averroès pose que, si une intuition sans concept est aveugle, un concept sans intuition est vide. Il appartient à l’imagination [i.e.: ♢ ]d’être le lieu où se décide le partage de l’intelligible [i.e.: ♢] et du sensible [i.e.: ♧]. L’empirisme d’Averroès est fondé sur le rôle pivot de l’imagination, doublement requise en toute intellection, par l’homme pour avoir part à la pensée, par l’intellect matériel pour avoir quelque chose à penser." p. 267-269

- Bon, je résume:  le texte développe les arguments d'Averroès pour rejeter la dualité monde des idées/ monde du sensible de Platon, en suivant Aristote sur le ruban R. Le point délicat étant de parvenir à un savoir "acquis" stable (actuel pour Aristote) en ♡ à partir du sensible, corruptible en ♧. Pour retrouver in fine l'auteur :

"Il y a là un problème inhérent à la nature même de la psychologie intentionnelle, qu’aucune théorie médiévale, y compris le nominalisme, n’arrive à résoudre sur le terrain où il se pose." p. 275

- Nous pourrions annoter le texte de l'auteur en indiquant les postures associées aux concepts. Ce serait un exercice un peu scolaire sinon scolastique, qui ne nous apporterait pas grand-chose.

- Donne les grandes lignes tout de même.

- Il y a plusieurs critiques mais je garderais celle de Leibniz, parce qu'il nous faudra y revenir, lorsque nous sortirons du Moyen Âge :

Elle justifie une absurdité plus grande encore que le platonisme : l’unicité de l’intellect matériel, que Leibniz appellera « monopsychisme1 ».

"En disant que le pensé est une unique espèce immatérielle existant dans l’intellect, ils ne se rendent pas compte que, d’une certaine manière, ils en reviennent à la doctrine de Platon, pour qui la science ne peut porter sur les choses sensibles, puisque toute science porte sur une forme unique séparée. Car cela ne change rien de dire que la science que l’on a de la pierre porte sur la forme unique [i.e.[⚤]/[♻]de la pierre séparée ou de dire qu’elle porte sur la forme unique de la pierre qui est dans l’intellect [i.e.: ♧]: dans l’un et l’autre cas, en effet, il s’ensuit que les sciences ne portent pas sur les choses qui sont ici-bas, mais seulement sur des choses séparées [en [⚤]♡ chez Platon et en ♢♻ chez Averroès].
Or, comme Platon soutenait que ces formes immatérielles subsistaient par soi, il lui était facile de poser aussi simultanément plusieurs intellects participant à la connaissance par la forme séparée et unique d’une vérité unique [réminiscence]. Mais, comme ces gens-ci [les averroïstes] placent ce genre de formes immatérielles – qu’ils disent être pensées – dans l’intellect, il leur faut bien admettre qu’il y a en tout et pour tout un intellect, non seulement chez tous les hommes, mais dans l’absolu." p. 278

- Tu faisais remarquer à l'instant (cf (x)) que derrière cette unité se cachait une dualité en action ?

- Oui, et c'est bien cette contradiction qui "travaille" leurs thèses de l'intérieur. Attendons d'arriver à l'époque de Leibniz pour voir ce qu'il en adviendra.

Retenons pour l'instant qu'Avicenne, pouvait "approcher" de la connaissance de l'objet en jouant sur deux intellects sensible↓ intelligible, en bouclant en retour —i.e.: passage à la limite d'un automatisme de répétition— l'intelligible sur le sensible ♧/, possibilité qui échappe à Averroès, bloquant la pensée au niveau [♻].

Ceci dit, la première critique de Thomas concerne l'objet du savoir, qui n'est pas "la chose" en ♧. mais porte sur sa "quiddité" en ♡.

La seconde est une critique de la théorie des deux Sujets (i.e.: en ♡/ actif  et en ♢ / passif).

"Pour Thomas, si une même espèce intelligible est simultanément

  • forme d’un intellect possible séparé [en ] et
  • contenue dans les images ou intentions imaginaires de l’âme, [en ]

cette coprésence ne peut suffire à faire penser l’homme, à provoquer un acte de pensée singulier chez un individu singulier. Au contraire, elle est ce qui empêche de le considérer comme pensant. Le défaut de la théorie d’Averroès est que ce qui est censé assurer la continuité de l’âme humaine avec l’intellect matériel séparé est ce qui la rend impossible : pour qu’il y ait forme intelligible en acte informant l’intellect matériel [i.e.: ], il faut que cette forme ait été abstraite de l’intention imaginée. Or cette abstraction est une séparation. La forme intelligible ne peut donc être jointe à l’intellect matériel qu’en étant disjointe de l’imagination." p. 280

- Ça demande à être développé !

- L'abstraction aristotélicienne est avant tout une action consistant à "séparer" , par exemple, séparer la "matière" de la "substance en ♧, pour obtenir la "forme" en ♢. Nous sommes ici à l'étage au-dessus, si je puis dire, pour comprendre la relation entre l'intellect agent (avec intention/ âme) en ♡ et l'intellect passif (dans le champ des formes séparées) en ♢ ...

Or, si l'intellect "en acte" est obtenu par "abstraction" de l'intellect "possible" —saturant l'imagination ♢— dans le mouvement ♢, la forme intelligible est à l'intellect matériel, comme la forme de l'objet l'est à la matière pour former sa substance (théorie hylémorphisme) à l'étage inférieur.

Le problème, avec un principe unitaire qui règle tout, c'est que les formes sont nécessairement dans l'intellect agent en ♡, lui-même dans l'âme de l'individu comme un "tout insécable", depuis Parménide. Or, comment ces formes pourraient-elles "faire partie" de l'intellect agent, si celui-ci est abstrait de l'imaginaire (amalgamant formes et intellect possible) en ♢ ?

C'est à ce genre d'impasse que je faisais allusion ce matin (cf (x)).

- Tu y vois des symptômes ?

- Oui :

  1. La dispute porte sur des concepts d'appartenance et de partition, qui sont effectivement de niveau [♻], sans toutefois que les outils y afférant, aient été développés en ♢ (i.e.: non limités à la logique du 1er ordre);
  2. Un principe unitaire ne peut rendre compte du "mouvement";
  3. Malgré ces handicaps, nous voyons les scolastiques "tourner autour" de ♢, comme des gazelles autour d'un point d'eau;
  4. Avec des apports majeurs comme la relativité de l'objet par rapport au sujet et l'intention... 

Conclusion de l'auteur :

"Le circuit de l’abstraction, de la réception et de l’union décrit par Averroès ne peut fonctionner. L’image ne peut être actualisée sans être séparée de l’imagination et, une fois séparée, elle ne peut assurer ce qu’Averroès veut lui faire assurer : la «continuité de l’homme avec l’intellect par la forme de l’intellect au moyen des fantasmes». La double médiation postulée par Averroès est fonctionnellement impossible : dès qu’elle est activée l’image coupe le circuit de la pensée." p. 281

- Il s'agit là de disputes scolastiques qui n'apportent pas d'éléments nouveaux dans les débats. Nous y reviendrons si vraiment nécessaire, mais pour avoir déjà lu la suite, il me semble que nous aurons l'occasion d'y revenir en détail.

- Passons donc à la suite !

- Amen

Hari

Note 1 :

Est-il besoin de rappeler ici que ce "hors discours" est nécessaire pour assurer la consistance du discours ? je te renvoie aux théorèmes de Gödel, que nous avons déjà croisé à l'occasion sur ce blog... 

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