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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #32 — XIIIe siècle — Thomas d'Aquin

Le 13/ 01/ 2026 :

Tout est à reprendre  concernant Avicenne: j'ai fait une énorme erreur d'interprétation en présentant Avicenne sur le cross cap dans le circuit ↻ ! 

(voir #33)

5. La scolastique latine du XIIIe siècle

 

Thomas d’Aquin et les universaux

Chez Thomas d’Aquin, la question des universaux est liée à une ontologie de l’essence (nature commune) d’inspiration avicennienne, plutôt qu’aux schémas porphyro‑boétiens traditionnels. Le texte clé est le De ente et essentia, où Thomas reformule le schéma avicennien des trois modes de considération d’une nature et l’articule à la théorie des cinq prédicables.

  1. Essence, nature commune et trois «états»
    Thomas reprend l’idée d’une essence ou natura communis que l’on peut considérer :  
    • selon son être dans les singuliers ;  
    • selon son être dans l’intellect ;  
    • selon une considération «absolue», où l’on ne retient que ce qui appartient à la nature par soi, sans décider de son mode d’être (dans la chose ou dans l’esprit).

Il distingue :

  • l’essence prise comme partie (per modum partis) : ce qui fait qu’une chose est telle (par exemple, ce par quoi l’homme est homme, abstraction faite de ce qui l’individualise);  
  • l’essence prise comme tout (per modum totius) : la formule complète (substance corporelle animée raisonnable) qui inclut forme et matière et peut être prédicable de chaque individu.

Thomas refuse d’accorder à la nature, considérée « en elle-même», un être propre séparé (esse essentiae) : elle n’est pas une Idée platonicienne, mais ce dont la définition ne dit pas encore si elle existe dans les choses ou dans l’intellect. La nature a seulement deux modes d’être effectifs : dans les singuliers et dans l’intellect, et, selon chacun de ces modes, elle est accompagnée d’accidents différents.

  1. Où sont les universaux ?
    La thèse proprement thomasienne est que l’universel, en tant qu’universel, n’existe que dans l’intellect : la *ratio universalis* est un accident qui accompagne l’être de la nature dans l’intellect.
    • La *natura in se considerata* n’est ni universelle ni singulière.
    • Dans les choses, la nature est singulière (chaque homme est cet homme).  
    • Dans l’intellect, la même nature devient universelle, parce qu’elle est connue comme commune et prédicable de plusieurs.

Thomas évite ainsi deux extrêmes :  

  • le réalisme platonicien (idées séparées) ;
  • un pur conceptualisme qui ferait de l’universel un simple concept sans fondement dans la chose.

La prédication essentielle porte, selon lui, sur la nature considérée absolument, mais celle-ci n’est universelle qu’en tant qu’intelligée (natura intellecta) : ce n’est ni le concept seul qui est prédicable, ni la nature telle qu’elle est individuellement dans chaque subjectum.

  1. Psychologie de l’intellection
    Cette doctrine des universaux est inséparable, chez Thomas, d’une psychologie de la connaissance :
    • l’intellect agent abstrait une espèce intelligible du phantasme (image sensible) et informe l’intellect possible ;
    • l’intellect possible forme alors un verbe mental ou concept quidditatif, qui n’est pas encore un énoncé, mais une « définition mentale » (ensemble de traits organisés : animal, raisonnable, mortel, etc.) ;
    • ce concept devient vrai ou faux seulement lorsqu’il entre dans une proposition mentale (composition/division).

Il y a ainsi deux «similitudes» : l’espèce intelligible (extraite du phantasme) et le verbe mental (concept) que l’intellect produit pour juger des choses. L’universel se situe au niveau de ce second moment : la nature, rendue présente dans l’esprit par une espèce, devient universelle par l’acte de l’intellection qui la constitue comme commune.


Le 09/ 12/ 2026 :

- Nous avons pu mettre en évidence hier (voir #30 et #31), une certaine confusion, persistante jusqu'à nous jours, concernant la démarche d'Avicenne et nous devrons aujourd'hui être particulièrement attentifs à l'approche de Thomas d'Aquin.

- Jusqu'à nos jours ?

- Oui, et c'est le problème. Non seulement la scolastique ne pouvait pas en prendre la mesure, mais également les historiens qui s'en font l'écho de nos jours.

- Tu n'exagères pas un peu ?

- Non, et cela n'a rien d'infamant au demeurant, c'est même le contraire qui eût été surprenant. Pour faire court :

1/ Avicenne est sur le cross-cap, dans une démarche de spin ↻, ou si tu préfères, sur le circuit que j'ai appelé "Quantique", parce que c'est celui de Bohr : (voir "GPS pour le cross cap")

Quantique / / /

2/ Ceci passe en particulier par la définition de l'objet, en [♻] comme un "observable", vide de toute idée de "substance" autre qu'une "quantité conservée" définie à partir de symétries.

3/ Avicenne le prend déjà en compte en comprenant le bouclage des 2 premiers mouvements comme le passage de l'essence /[♻]— à l'objet potentiel. Ensuite seulement —et Avicenne fut un scientifique opératif en ce sens— l'objet "potentiel" est testé pour vérifier son existence dans le mouvement [⚤]♧​​​​​[♻] .

4/ Dans une culture totalement étrangère à Avicenne; l'Occident depuis l'époque de Boèce et même, pour être précis, depuis le concile de Nicée en 325 et la trinité prise comme credo catholique, s'est réapproprié l'idée de "substance" grecque sous forme d'un Saint-Esprit comme copule ontologique entre le Père et le Fils : Jésus EST Dieu; et sa place est précisément en ♧ (dans la voie des mots, à la place de ladite substance). Nous en avons déjà discuté, mais je t'invite à y revenir pour en saisir toute l'importance au vu de ce qui va suivre (voir "débriefing").

Quand je dis qu'il n'y a rien de déshonorant à coller à ce point de vue séculaire, c'est qu'Einstein lui-même, qui fut pourtant l'un des pères de la mécanique quantique, n'arrivait pas à en démordre en disant que "Dieu ne joue pas aux dés".

- Ce à quoi Bohr répondit : "qui êtes-vous pour dire à Dieu ce qu'il doit faire ?" L'anecdote est connue.

- Bref, tout ceci pour dire que le point de vue que je présente ici sur Avicenne est lui-même novateur, et nous ne pouvons donc pas nous attendre à le retrouver chez Alain de Libera, ni ses prédécesseurs.

- Ni chez Thomas d'Aquin...

- Exact : Le problème étant que notre perception de Thomas d'Aquin est faussée par la paire de lunette qui nous est offerte... Et donc : soyons attentifs au récit qui nous en est fait.

LA DOCTRINE DES UNIVERSAUX CHEZ THOMAS D’AQUIN

"En bref, il lui faut expliquer, avec Aristote, en quoi la connaissance humaine est nécessairement dépendante de la sensation, c’est-à-dire, finalement, justifier l’empirisme aristotélicien sans sacrifier pour autant la dimension apriorique de la connaissance à une dérivation intégrale de l’intelligible à partir du sensible." p. 336

- Il s'agit donc :

  • d'adapter une démarche "immanente" , et en cela aristotélicienne, partant de ♧;
  • à une approche "transcendante" commune à l'Occident Chrétien , ;
  • en confondant la démarche théologique  , et l'approche platonicienne  au motif que les deux partent d'un "principe unitaire" en ♡

- L'auteur parle d'empirisme ?

- À tord : Galilée, lui, est empirique, en rapportant la chose en [♻] au sensible en [⚤] dans la voie des choses , mais en aucun cas Aristote qui développe entre l'objet et l'expérience le discours logique  ; comme il est "logique" que les graves tombent et les légers s'envolent ou que le repos soit l'état stable... Sans jamais soumettre ses théories à l'expérience ,  contrairement à Avicenne,

- Merci pour le topo, mais tu rabâches, avance un peu.

Les fondements anthropologiques de la théorie thomiste de la connaissance

"Une anthropologie non dualiste comme celle de Thomas est une anthropologie qui, fondée philoso-phiquement sur l’idée d’une naturalité de l’union de l’âme et du corps – c’est le point de vue d’Aristote contre Platon –, est aussi, par là même, capable d’expliquer théologiquement en quoi l’immortalité de l’âme [i.e.: en ] appelle impérieusement le don gratuit, mais promis, de la résurrection corporelle.[i.e.: en ]" p. 337

Rappelons le circuit d'Aristote :

Le lien immortalité de l'âme/♧résurrection corporelle est tout simplement la fermeture Imaginaire du ruban de Moébius R, sensée combler la béance entre Réel et Symbolique. (Note 1)

- Bravo pour l'interprétation lacanienne, mais tu conviendras avec moi que cette approche est d'une grande rigueur !

- Rigoureuse et élégante, d'où son attrait. Mais il faut également remarquer que ce retour à Aristote, ramène en toute lumière Chrétienne la théorie hylémorphique, qui devient ici la liaison de l'âme et du corps.

- Le hic dans l'histoire, si je puis me permettre, c'est l'éternité du corps :

"Le naturalisme aristotélicien – et, au-delà, l’idée proprement chrétienne d’une naturalité du rapport hylémorphique – est ainsi chez Thomas théologiquement attesté :

  • a/ par un désir naturel de félicité impliquant l’assomption d’un corps immortel et
  • b/ par un don préternaturel d’immortalité restitué à l’homme lors de la résurrection." p. 338

- Mon ami, nous sommes ici dans le domaine de la croyance. Tu peux donc l'assumer comme le choix d'une voie particulière en ♡, à partir duquel le fil du discours trouve son évidence. 

- Avec une jolie question à la clef : le circuit se boucle-t-il plus vite pour les "justes", ou faut-il attendre pour tous, la résurrection eschatologique finale?

"Ce problème de «pure théologie» est intrinsèquement lié à la question épistémologique de la connaissance et, plus spécialement, au problème de la distinction entre a priori et empiricité. De fait, le problème de la vision des «âmes séparées», antérieurement à la vision dite «bienheureuse» promise à l’homme après la résurrection, c’est-à-dire la réunion de l’âme et du corps, est un paradigme scientifique pour toute la théorie de la connaissance." p. 338

- J'avoue que je ne vois pas très bien ?

- N'allons pas plus vite que l'auteur. On peut cependant s'attendre à ce que l'aspect "empirique" —tel que l'entend de Libera— se développe au niveau [⚤], avec la notion de temps logique (terme lacanien) en ♧, et les a priori en question, se développant en [♻] en rayonnant à partir de ♡, hors temps.

"À partir de Thomas, les théologiens prendront l’habitude de poser le problème de la connaissance humaine en comparant

  • la connaissance de l’homme ici-bas [i.e.: en ♡] à celle
  • de l’âme séparée (et par extension de l’Ange, voire de Dieu) [i.e.: en ♡],

comme si :

  • la connaissance d’ici-bas, celle de l’homme âme et corps, était justiciable de l’empirisme aristotélicien, [i.e.: en R
  • par opposition à la connaissance des âmes des justes, avant la résurrection, justiciable, elle, du non-empirisme platonicien [i.e.: en R← approchée par R↓ chez les néoplatoniciens] .

Par la théologie, donc, et relancé sur un terrain nouveau, le débat d’Aristote et de Platon a connu un destin spécifique et un prolongement inattendu durant tout le Moyen Âge tardif." p. 338

À ce propos, Alain de Libera fait un lien vers Kant, qu'il serait intéressant de suivre à l'occasion :

"Il faut cependant bien comprendre le rôle de modèle joué par cette dissociation entre deux états de la connaissance humaine :

  • l’état de l’âme unie au corps, dans l’homme viateur ;
  • l’état de l’âme séparée du corps, chez le juste antérieurement à la résurrection.

C’est, mutatis mutandis, le même type de modélisation que celui qui permet à Kant de poser la question de la morale en distinguant l’homme,

  • être raisonnable dont l’entendement est assujetti à la sensation, et
  • l’«être raisonnable en général», rejeton sécularisé de l’âme séparée et de l’Ange." p. 339

- De Kant, on pourrait sans doute prolonger jusqu'aux observations récentes du fonctionnement du cerveau, passant ainsi d'une multitude de discours dans la voie des mots , à l'expérience dans la voie des choses .

- Ce qui clôt d'après toi le débat sur le constat de J.P. Changeux : la prise de conscience est la rencontre entre un :

  • la sensation <=> percept
  • "raisonnable en général" <=>  concept ?

- C'est un peu brutal, mais c'est l'idée.

- OK, pour la perspective, mais revenons à Thomas.

"L’originalité de Thomas est de maintenir jusqu’au bout la naturalité de l’union de l’âme et du corps, et d’affirmer que la connaissance de l’homme après la résurrection est supérieure à celle de l’âme séparée : c’est tout le sens du passage où il argumente avec Augustin contre Porphyre en affirmant que «l’âme séparée du corps ne peut obtenir la perfection ultime de la félicité», ce pourquoi Augustin, à la fin du De Genesi ad litteram, pose que, avant la résurrection, «les âmes des saints ne jouissent pas de la vision divine de manière aussi parfaite qu’après la résurrection de leur corps»"  p. 339

Plus près de nos préoccupations, cette posture de Thomas, résolument "anti-dualiste" :

"L’anthropologie thomiste est avant tout antidualiste : elle s’oppose résolument au «platonisme», c’est-à-dire à la doctrine, que Thomas connaît par l’intermédiaire de Némésius d’Émèse, qui affirme que l’âme est unie au corps «au sens où un moteur est dans un mobile» ou un nocher dans sa nef, sicut motor in mobili et non sicut forma in materia." p. 339

- Je me demande ce qu'il aurait pu penser du cycle de Carnot (1824), entre une source chaude et une source froide ?

- N'ironise pas, nous ne nous intéressons qu'au développement des idées philosophiques. Il est donc ici extrêmement rigoureux en serrant au plus près l'idée d'un principe unique : Dieu. Le corps colle à l'âme comme le Fils colle au Père. (Note 1)

Il s'oppose ainsi à ce qu'il comprend de Platon, d'Avicenne, bien entendu, mais encore d'Averroès.

Typologie de la connaissance intellectuelle

- Ici nous changeons de registre : il n'est plus question de la connaissance en soi, mais de la façon d'y accéder.

- Une certaine relativité ?

- Oui. Thomas distingue 3 types de "Sachants" :

  • Dieu qui sait tout, plaçons-le en ♡𓁜 ;
  • Les esprits purs ou anges ; navigant entre  ♢𓁜𓁝♡ ;
  • Les "âmes séparées", nous autres pauvres pêcheurs, navigant entre ♧𓁜𓁝 ♢ ;

- Es-tu sûr de l'existence de ce mode syntaxique ♢ intermédiaire ?

- Vérifions-le dans le texte :

  • Dieu :
    "il voit toutes les choses non en elles- mêmes, mais en lui- même, dans la mesure où son essence contient une similitude de tout ce qui est autre que lui (Summa theologiae, I, quaest. 14, art. 5). Cette « similitude » n’est pas une image, ni un exemplaire, au sens d’une Forme platonicienne réellement distincte de son essence, c’est une « cause productrice » (causa factiva)" p. 340
    À noter qu'ici l'"essence" des choses est divine en ♡, et n'a rien à voir avec l'approche d'Avicenne qui place l'essence en ♡.
  • Les esprits purs (sans corps) :
    "Les esprits purs ou Anges connaissent les choses naturelles non par leur propre essence, mais par l’intermédiaire de formes ou espèces infuses, «congénitales», per species sibi naturaliter congenitas, «ajoutées à leur essence», qui leur sont communiquées au moment de leur création et qui sont la source directe, purement intelligible, de leur connaissance.";  p. 340
  • Les âmes séparées (de Dieu) :
    "Les âmes séparées ont elles aussi une connaissance des choses naturelles par les «espèces» infuses qu’elles reçoivent «sous l’influence de la lumière divine», une connaissance qui, toutefois, reste «commune et confuse» (Summa theologiae, I, quaest. 89, art. 3)., qui leur sont communiquées au moment de leur création et qui sont la source directe, purement intelligible, de leur connaissance." p. 340

Où tu retrouves bien un accès différencié aux "espèces", cette catégorie aristotélicienne qui coince dans une approche purement "logique" des catégories (cf. la mérologie dans #31).

- À ceci près qu'Aristote y parvient par "abstraction" dans un mouvement ♧𓁜𓁝 ♢ ; quant ici l'âme séparée est sous la lumière divine : 𓁝♢𓁜.

- Oui, ce qui relativise le constat de l'auteur :

"C’est par rapport à ces trois formes de connaissance intellectuelle que Thomas définit, avec Aristote, la connaissance intellectuelle de l’homme ici-bas." p; 341

Ça me fait penser au "point de capiton" de Lacan : les deux pièces de tissus Thomas/ Aristote, se recordent par points (♧, ♢, ♡), mais la logique du bâti diffère complètement, en particulier l'approche immanente  d'Aristote est falsifiée.

- Et la branche logique d'Aristote (♧)?

- Thomas la conserve :

"La connaissance de l’homme en cette vie ne peut se faire par la contemplation directe de l’intelligible : l’union de l’âme et du corps exige un passage par le fantasme. Ce passage par le fantasme est ce que Thomas appelle la conversio ad phantasmata, qui est l’opposé de la connaissance per influentiam specierum a Deo." p. 341

Où tu retrouves le "fantasme" d'Aristote en ♢:

  • En ♢: conversio ad phantasmata;
  • En ♢ : connaissance per influentiam specierum a Deo

"Défendre la thèse aristotélicienne de la nécessité du passage par le fantasme contre l’interprétation platonicienne inconséquente [?] d’Avicenne, qui affirme que l’âme reçoit directement les espèces intelligibles du Donateur des formes à condition de s’y être préparée en se plongeant dans le sensible, revient ainsi à expliquer et à justifier la doctrine aristotélicienne de l’«induction abstractive» de l’intelligible à partir du sensible. Or cette doctrine réclame une clarification, car elle semble synthétiser sinon des éléments hétérogènes, du moins des étapes distinctes." p; 342

Il y a besoin de clarification en effet, et d'abord dans la présentation de l'auteur :

  1. Pourquoi qualifier l'approche d'Avicenne d'inconséquente ? Au contraire : il fait revoit le mouvement [⚤][♻] de Platon de tout une démarche à caractère scientifique (cf. #28); pour accéder à la connaissance de façon immanente [⚤][♻] (certes la connaissance suprême est en Dieu, mais c'est le Sujet qui s'en approche en fonction des capacités de réception qu'il a développées en lui);
  2. L'induction abstractive : Pour en parler, il faut distinguer la logique de niveau [⚤] et l'abstraction de niveau [♻].
    • Les fantasmes, sont de niveau [⚤], et traités par la logique; en ♢;
    • L'induction abstractive est de mode [♻] dans une approche immanente , où la forme est abstraite de la substance : ♧𓁜𓁝 ♢;
    • Thomas ne parle donc pas d'abstraction, mais de l'inverse(per influentiam) : 𓁝 ♢𓁜.

Maintenant; Thomas parle explicitement de ce qu'il définit comme "intellect formel", et qui se place, naturellement au niveau [⚤], avec une syntaxe en ♢ à base de syllogismes :

"L’intellect formel se divise en intellect simple et en intellect composé.

  • Le simple est l’intelligence des incomplexes. [i.e.: ♧]
  • L’intelligence des complexes est composée soit par le mode de l’énonciation, soit par le mode du syllogisme ou d’une autre espèce d’argumentation. En effet, l’intellect que l’on dit composé se divise
    • en l’intellect qu’on appelle intellect des principes, [i.e.: ♡] qui, sous quelque aspect nous est inné, dans la mesure où nous ne recevons pas ses principes d’un autre principe, mais par la science des termes – une science des termes qui naissent d’emblée en nous ; et en
    • l’intellect entré en notre possession à partir d’autres choses, [i.e.: ♢] celui qui, chez les Philosophes, est appelé intellect acquis, qui entre en notre possession par la recherche, l’enseignement ou l’étude1 .

Mon classement est à discuter, bien entendu, il y faudrait certainement clarifier les postures du Sujet pour affiner la présentation, mais je pense que l'on a ici une réappropriation de la pensée d'Aristote.

- Il faudrait être plus précis.

- Si tu y tiens :

Restait à expliquer ce que signifiaient les expressions «les simples» et «les complexes». Pour les logiciens, les simples étaient les termes [i.e.: ♧], et les complexes, les propositions [i.e.: ♡]– les énoncés affirmatifs ou négatifs auxquels l’esprit donnait ou non sa foi, c’est-à-dire son assentiment [i.e.: passage 𓁝♡𓁜]. Mais cette distinction était, chez Albert comme chez tous les philosophes, immédiatement recouverte et brouillée par une autre : l’intellection des simples ne pouvait être assimilée à une simple saisie des termes d’une proposition, Aristote lui-même reformulant l’expression «intellection des indivisibles» en lui substituant, à la fin de De anima  III, 6, intellection «ayant pour objet l’essence du point de vue de la quiddité». p. 345

Où tu retrouves l'essence comme quiddité en ♡, comme déjà vu chez Aristote, et le jugement d'une proposition comme le passage ex ante/ ex post 𓁝♡𓁜, etc.

La théorie de l’intellect formel et l’imbroglio aristotélicien

Ensuite le texte s'empâte un peu, faute je crois, de ne pas avoir formellement identifié cette distinction fondamentale entre :

  • En [⚤] : approche "logique";
  • En [♻] : approche "participative" :
    • les catégories : espèce et genre relatives à la substance chez Aristote, et
    • l'abstraction de ces catégories à partir des êtres "substantiels".

Je relève à la volée :

"Le rapport entre la formation de l’intellect et sa première opération, l’appréhension des quiddités, n’était pas défini – comment l’eût- il été, puisque la fonction de la notion d’intellect formel était précisément de masquer l’hiatus laissé par Avicenne entre le travail sur les formes sensibles et la réception de l’intelligible ?"

Là, je ne peux que m'inscrire en faux, non contre l'objet du texte, c.-à-d. la philosophie de Thomas, mais contre l'historien 𓂀de Libera, qui n'a pas saisi (c'est ma thèse 𓂀Hari) la radicale innovation d'Avicenne (cf. #28). (pour une vue d'ensemble de la circulation sur le cross cap voir "Un GPS pour le cross cap")

Avicenne (1) (2) (3) (4)

L'hiatus dont parle de Libera est le passage de la physique —mouvements (1) & (2)— à la métaphysique — mouvements (3) & (4)—; i.e. : /  ou si tu préfères : la jointure [⚤]/. Décortiquons-la une bonne fois pour toutes, afin de ne plus y revenir ensuite : 

  • L'intellect formel est dans le premier mouvement (1)  : ♧; avec l'essence comme concept au sens d'Avicenne en ♡;
  • mouvement (2) [⚤][♻] : dans lequel Avicenne passe
    • de l'objet "potentiel" [♻];
    • issu d'une essence conceptualisée en ♡/[♻]
    • à son "actualisation" (s'il existe) en [⚤];
  • mouvement (3) ♡ : dans lequel :
    • l'objet en ♧
    • est conçu par Dieu en ♡.

De l'un à l'autre, le point de vue change :

  1. Ce qui est une "conception de l'esprit", une potentialité intellectuelle est ou non vérifié;
  2. Dans la mesure où c'est "vérifié", c.-à-d. "actuel", alors c'est un "objet" conçu par Dieu;
  3. Pour le "comprendre", il faut passer en (4)
    => c'est ce qui bloque visiblement de Libéra;
  4. Le tout se boucle "naturellement de (4) sur (1) : ce que nous "voyons" vient de Dieu
    => bouclage final sur le cross cap : [♻]/.

La difficulté, bien entendu, est qu'une pensée se développant explicitement sur deux axes ne peut être représentée sur un seul axe. D'où l'impossibilité de "comprendre" la pensée de Platon R dans un cadre Aristotélicien R (les néoplatoniciens R en fournissent la preuve).

- Tu te répètes...

- C'est pédagogique.

- OK, mais nous nous intéressons à Thomas pour l'instant.

Objet et fin de la connaissance intellectuelle selon Thomas d’Aquin

- Le but de la connaissance, selon Thomas est "la vérité".

- Nous la connaissons déjà : c'est Dieu en ♡.

- Si fait, mais il convient de retrouver Aristote :

"Il y a certes une vérité antéprédicative [i.e.: ], une vérité des choses, au sens précis où une chose est vraie quand elle «a la forme propre à sa nature» (il y a de l’or vrai et de l’or faux). Mais la vérité, au sens d’Aristote, est prédicative [i.e.: ]. Elle n’est donc pas non plus dans l’appréhension de la quiddité d’une chose [i.e.: 𓁜]. Elle est dans la connaissance par l’intellect de la conformité de son intellection à la vérité de la chose [i.e.: 𓁝𓁜]. L’intellect n’appréhende pas cette conformité en tant qu’il connaît la quiddité d’une chose, mais «quand il juge que la chose est bien comme l’indique la forme qu’il appréhende de la chose» : ce n’est qu’à ce moment qu’il «connaît et dit la vérité». Cela, il ne le fait qu’«en composant et en divisant». La vérité est ainsi, à proprement parler, dans l’intellect qui compose et divise, et c’est en composant et en divisant des termes, des propositions, des syllogismes, que l’intellect réalise sa fin, non en connaissant son objet (Summa theologiae, I, 16, art. 1). Le trajet de la connaissance intellectuelle, d’un mot celui de la science, va donc de l’objet à la vérité par le raisonnement." p. 347

- Là je fais face à une difficulté ! (Note 2)

- Précise ?

- Je ne voudrais pas faire de contresens dans ma compréhension du vocabulaire :

  • Quiddité de la chose, je le vérifie encore par sécurité, et nous sommes bien en ♡;
  • "L’intellect n’appréhende pas cette conformité en tant qu’il connaît la quiddité d’une chose, mais «quand il juge que la chose est bien comme l’indique la forme qu’il appréhende de la chose»
    => la "forme appréhendée de la chose", c'est l'abstraction, que nous avons située dans ♧;
    => le jugement se situe donc dans ♢𓁜𓁝♡𓁜;
  • L'intellect le fait «en composant et en divisant»"
    => Il est ici question du tout et des parties, avec le connecteur , en mode syntaxique ♢;

- Tout ceci me semble un costume correctement coupé et monté ?

- C'est la suite qui coince :

"... et c’est en composant et en divisant des termes, des propositions, des syllogismes, que l’intellect réalise sa fin, non en connaissant son objet (Summa theologiae, I, 16, art. 1)"

"Composer et diviser" des "propositions ou des syllogismes, c'est ce que fait Zénon en ♢, et c'est ce qu'Aristote combat en introduisant le continu en [♻], pour ensuite parler de tout et de parties (Note 2).

Ça introduit une confusion dans la définition de "l'intellect".

- Tu chipotes, et je te propose de retenir ceci pour l'heure :

  • Sur R :(néoplatonicien)
    => La vérité antéprédicative concernant la chose : ♡;
  • Sur R : (Aristotélicien) les formes prédicatives :
    => La logique pour arriver à la quiddité de la chose ♧/;
    => L'abstraction de la forme de la chose : ♧.

D'ailleurs ça recoupe ce qu'en dit l'auteur :

"Au sens propre, l’intellection désigne donc deux sortes de saisies :

  • la première est l’«appréhension des quiddités» ; [i.e.: en ]
  • la seconde, «l’intellection de ce qui est connu à l’intellect [i.e.: en ] aussitôt (statim) qu’il connaît les quiddités des choses, comme le sont les premiers principes, qui sont connus au moment même (dum) où nous en connaissons les termes, ce pourquoi l’intellect est appelé habitus des principes»." p. 348

Le passage "aussitôt qu'il connaît les quiddités" exprime la jointure entre niveau [⚤] et [♻] :
quiddité — ♡/— substance, bien entendu.

"Le trajet de la connaissance est donc uniforme : il faut d’abord abstraire la quiddité de choses sensibles pour accéder aux principes connus par soi, c’est-à-dire connus par la définition de leur sujet. Quand Aristote laisse entendre que l’intellect a deux opérations,

  • l’une par laquelle il forme les quiddités,
  • l’autre par laquelle il compose et divise,

il donne un schéma valable pour toute la connaissance intellectuelle." p. 359

Très franchement je suis soulagé de ce final : je n'ai pas fait de contresens quant à la représentation de la circulation d'Aristote sur R ! Corrélativement, cela exprime clairement les limites de cette approche fluide de ce que serait la connaissance du monde : il y a belle lurette que la démarche scientifique a intégré une avancée saccadée, par essais et erreurs !

- Ce n'est pas le sujet, colle au texte !

"Les termes dont la définition est connue de tout le monde sont tirés de la connaissance sensible [i.e.: de niveau [⚤]]. Tous les intelligibles premiers sont acquis sur le modèle de l’appréhension des quiddités. C’est donc sur l’appréhension des quiddités que Thomas centre sa défense de l’empirisme aristotélicien contre toutes les formes de résurgence du platonisme qui le parasitent." p. 349


Le 12/ 01/ 2026 :

L’appréhension des quiddités : espèce intelligible et verbe mental

- Je retrouve, chez Thomas aussi bien qu'Aristote, une thèse qui nous est familière : il y aurait une communauté, ou plutôt, comme l'écrit de Libera, une synergie entre le processus d'intellectuation et la sensation :

"Thomas reprend l’analogie de la pensée avec la sensation, en l’inscrivant dans le cadre général du processus menant de la connaissance sensible à la connaissance intelligible. Le processus aboutissant à la formation de l’image devient ainsi le modèle structurel du processus allant de l’image au concept." p. 350

- Effectivement, ça ne diffère pas des remarques faites par les neurologues d'aujourd'hui (voir : "Les neurones de la lecture - Dehaene #3").

- Oui, et ça nous ramène à notre façon de former des "images" de nos expériences du Réel.

"La tradition interprétative arabe d’Aristote avait insisté sur la distinction entre la sensation proprement dite, l’information ou «immutation» de l’appareil sensoriel par la forme du sensible (species sensibilis), et la formation, c’est-à-dire l’opération de l’imagination entendue comme exercice d’une vis formativa, d’une capacité de former une «idole» de la chose, de la produire ou de la re-produire en l’absence de tout stimulus direct." p. 350

C'est ici l'occasion de préciser la symétrie entre les deux processus, en partant de l'hypothèse que les "images" ou fantasmes se forment en ♢ (je ne perds pas de vue la taxinomie qui nous attend à l'Âge Classique) : 

    Aristote        
vis formativa   immunation       abstraction
idoles quiddité   essence 
vis formativa      
fantasma catégories accidentelles espèce & genre
    immunation   abstraction
    species sensibilis   substance

Voici pour Aristote, passons à Thomas :

"Ces deux éléments sont repris analogiquement par Thomas dans l’analyse de l’intellection comme les deux moments, les deux faces d’un même acte. Telle que la comprend Thomas, l’intellection des simples suppose deux éléments :

  • a/ l’information de l’intellect possible par une espèce intelligible (résultant de l’abstraction opérée par l’intellect agent) ;[i.e.: en ♡; le "possible" est lié chez Aristote au niveau [♻] cf. Note 2]
  • b/ la formation sur cette base de ce que, détournant une expression d’Augustin, il appelle «verbe mental» ou «concept» ou «verbe conçu». [i.e.: passage du niveau [♻] au niveau [⚤]]

Ce «verbe conçu», que l’on peut aussi désigner du nom d’«intention» [i.e.: c'est le raboutage ♡/], n’est pas pensé selon la métaphore optique qui commande la théorie de l’intuition de l’essence [i.e.: ♧], de la contemplation de la nature dans sa séparation éidétique [i.e.: en ]. Ce qui se dit dans le verbe est pensé sur un mode componentiel, [i.e.: en ] comme une définition mentale, comme l’ensemble des traits que l’intellect peut «composer et diviser» ensuite dans une assertion. Le «verbe conçu» est ce que l’intellect forme en lui-même et pour lui-même en vue du jugement [i.e.: en 𓁝𓁜].p. 351

- Ça à l'air de coller avec la thèse d'Aristote, non ?

- Oui, et il y un rapport au Sujet que Thomas installe explicitement, et se retrouve facilement sur notre schéma de l'Imaginaire de Thomas (nota : j'ai rajouté "attention" pour situer notre propre duo intention/ attention):

                  Thomas        
concept
verbe conçu
𓁝𓁜 jugement  𓁜  
mode componentiel ⇙ intention abstraction
[attention] 𓁜    

Ceci mis en place, il y a dans le texte même de Thomas quelque chose de plus subtil:

"Il y a dans la partie sensitive [i.e.: de niveau [⚤]] de l’âme deux sortes d’opérations.

  • L’une réclame seulement une modification (immutatio) : c’est ainsi que l’opération du sens s’accomplit en ce qu’il est modifié (immutatur) par le sensible.
  • L’autre opération consiste dans une formation : c’est comme cela que la faculté d’imaginer se forme pour elle-même l’idole d’une chose absente ou qui, même, n’a jamais été vue auparavant.

L’une et l’autre opération est réunie (coniungitur) dans l’intellect.

  • On observe d’abord une affection (passio) de l’intellect possible, dans la mesure où il est informé par une espèce intelligible.
  • Ainsi informé, il forme à son tour une définition, une division ou une composition, qui sont signifiées par des mots (voces).

Ce que signifie le nom, la ratio, c’est la définition. Ce que signifie la proposition, c’est la composition et la division opérées par l’intellect.

Les mots ne signifient donc pas les espèces intelligibles, mais les moyens dont l’intellect se dote (sibi format) pour juger des choses extérieures.

Cf. Thomas d’Aquin, Summa theologiae, I, 85, 2 ad 3m." p. 351

Il y a dans "l'immutatio", quelque chose qui ressemble au trauma du Réel, très lacanien pour le coup, non ?

- Je ne te suis pas ?

- Mais si : pour "modifier" quoi que ce soit, il faut partir d'un présupposé, un concept ou une image déjà formée.

- Il ne part pas d'un "Réel" extérieur à l'imaginaire...

- Certes, mais des sensibles, ce qui est au contact, en ♧.

Plus intéressant, si tu as gardé en tête un minimum de ce que nous avons vu de la cohomologie (je ne renvoie pas à "La cohomologie et toutes ces sortes de choses", tout est à reprendre !) :

  • Formation <=> C'est le champ des "possibles" dans la montée ♧; jusqu'aux idoles fantasmées si l'Imaginaire est débridé;
  • immutatio <=> apparaît comme une restriction amenée par le sensible. Pour aller au bout de la logique, il faudrait retrouver les deux pas (1) & (2) de la démarche expérimentale d'Avicenne : on ne peut pas tout dire de la nature, elle résiste, elle est contravariante, dans la voie des choses ⇆, forclose dans une démarche limitée à la voie des mots ⇅.

- Le rapport avec la cohomologie ?

- La contrainte opérée par les cochaines en cohomologie me fait penser à cet "immutatio", et ça nous ramène au jugement, qui se fait en exerçant la logique sur le champ des possibles pour être exprimé (voces). Ce qui me donne envie de compléter notre tableau précédent de cette manière :

    Thomas    
         
  verbe conçu  
logique   Formation
     
    immutatio
voces   species sensibilis

"Bien que les formules utilisées par Thomas soient ambiguës, il semble que ce soit l’intellect possible qui accomplisse les deux opérations décrites comme «conjointes» ou «réunies»" p. 351

- Ce n'est pas tout à fait ce que tu as décrit...

- Effectivement : j'ai en tête cette conception de la démarche cohomologique, avec un "foisonnement", par exemple lorsque chaque point en ♧⚤ est vu comme un "représentant" d'un groupe (ex: ℤ) en ♢ avant d'être "restreint" par une cochaine. Il y a bien l'idée d'un élément (le point) faisant partie d'un tout (le groupe), mais cela n'a rien à voir avec la nécessaire continuité de niveau [♻], définie par Aristote pour contrer Zénon. (Note 2)

- Et qu'est-ce qui te chagrine ? 

- Nous avions situé "l'intellect" en ♡, comme acteur de "l'abstraction", or ici, nous serions plutôt au niveau en ♡ d'un intellect "logicien" qui juge d'un discours...

- Attends la suite pour vérifier tout ceci, et il y a peut-être effectivement quelque ambiguïté chez Thomas ?

"L’opération de l’intellect possible est ainsi double, ce n’est pas la simple réception d’une forme, c’est aussi la production d’un contenu mental, présenté comme une «définition mentale», la «raison» signifiée par le nom, c’est-à-dire le «λόγος [i.e.: en ♧] de l’essence [i.e.: en ♡]» dont parlaient les Catégories."

- Tu voilà rassuré ?

- Oui, nous sommes bien au niveau [⚤], à condition de comprendre "intellect possible" en  par opposition à l'intellect en acte en .

- À part ces embarras de vocabulaire, ce n'est pas trop difficile à suivre... Continuons.

- Il faut revenir sur la distinction aristotélicienne entre "simples" et "composés" :

— 🤖 : Aristote distingue, en De anima III, 6, deux types d’intellection : celle des simples (ou «indivisibles») et celle des composés [5]. Les simples sont les notions élémentaires, saisies sans affirmation ni négation, tandis que les composés sont les contenus de pensée où l’intellect assemble ou divise ces simples, sous la forme de jugements susceptibles d’être vrais ou faux.[5]

Intellection des simples

  • L’intellection des simples porte sur des «indivisibles» : par exemple le concept de «homme», de «blanc», ou une essence prise isolément, sans encore les rapporter l’un à l’autre.[5]
  • Dans ce mode, l’intellect n’affirme ni ne nie ; il appréhende seulement «ce que c’est» (l’eidos, la quiddité) sans se prononcer sur l’être ou le non-être de ce qu’il pense, de sorte que le vrai et le faux n’y interviennent pas encore.[5]

Intellection des composés

  • L’intellection des composés consiste à composer ou diviser ces simples : par exemple penser «l’homme est blanc», «l’homme est un animal», «le non-blanc n’est pas homme», etc.[5]
  • Ici, l’intellect exerce l’acte qui donnera naissance au logos apophantique : il y a déjà structure sujet/prédicat, donc possibilité de vérité ou de fausseté, l’intellect pouvant se tromper dans cette opération de composition ou de division.[5]

Portée de la distinction

  • La distinction marque chez Aristote la différence entre intellection purement noétique (vision simple de l’intelligible) et pensée propositionnelle/judicative : la première est condition de la seconde, mais seule la seconde relève du vrai et du faux.[5]
  • Elle prépare ainsi le lien entre psychologie de l’intellect et logique : l’âme pensante, en composant les simples, produit les énoncés (logoi) dont traite l’Organon, et dont la science démonstrative fera usage dans le syllogisme.[5] (Sources : suivre le lien)

Pour être plus proches d'Aristote, repris par Thomas, il faudrait distinguer deux chemins parallèles :

Thomas / Aristote
         
     
      intellection judicative
Formation
intellection noétique
immutatio
  composés/ catégories
         
simples      

Et c'est sur la seconde branche ♢ :

  • que vont se composer les propositions ♢𓁜𓁝♡;
  • qui donneront lieu à des jugements 𓁝♡𓁜;
  • fondés ♡𓁜𓁝♢⚤ sur l'emploi de la logique pour analyser les éléments de discours.

- Les simples peuvent également être hors du sensible, comme "homme".

- Oui, et tu fais bien d'y insister : Nous sommes ici dans la voie des choses, c.-à-d. que l'objet initial, avant ♧, n'est pas de l'ordre d'un trauma tel que [∃]𓁜[⚤]𓁜, mais reste de l'ordre de la parole, des "voces" ♧𓁜𓁜, comme l'enfant est baigné dans Lalangue.

- Et donc ?

- C'est cette langue qui lui donne le simple "homme".

- Sauf que Thomas ne peut pas le concevoir ainsi...

- Bien entendu, mais c'est Adam qui, par délégation divine a nommé toutes les choses que Dieu a créé (voir ici). Il y a donc un fil direct qui ramène le nom (λόγος [i.e.: en ♧]) de l’essence ([i.e.: en ♡]) à la place du "signifiant". 

Aristote / Thomas
    Essence
   
λόγος    

Tu retrouves bien l'idée que dans ce schéma direct l’intellect n’affirme ni ne nie ; il appréhende seulement «ce que c’est» [en mode sémantique ♡]  (l’eidos, la quiddité) sans se prononcer sur l’être ou le non-être de ce qu’il pense, de sorte que le vrai et le faux n’y interviennent pas encore.

Le point important est que Thomas s'intéresse aux processus mentaux, en s'éloignant des "formes" platoniciennes : le sujet "pense en actes", et c'est déjà une belle avancée !

Le problème de l’universel : nature commune et essence

"La problématique des universaux n’occupe pas une place centrale dans la pensée de Thomas. C’est dans un texte de jeunesse, le De ente et essentia, qu’il en a donné la formulation la plus complète. L’horizon de sa problématique n’est pas Porphyre et Boèce, mais Avicenne et la scolastique des années 1250." p. 355

Il retient :

  1. Les 3 états des universaux (ante rem / in re/ post rem);
  2. Les 3 manières avicennes de considérer la nature 
    • "Selon l'être qu’elle a dans les singuliers,
    • selon son être intelligible,
    • selon une considération absolue portant seulement sur ce qui lui appartient par soi"

"L’originalité de Thomas n’est ainsi ni dans la thèse de l’indifférence de l’essence ni dans la distinction de ses états. Elle ne réside pas non plus dans la torsion qu’il impose à l’universel ante rem en l’assimilant aux Idées divines [i.e.: en ♡] , mais

  • A dans la manière dont il reformule la doctrine avicennienne de l’essence [i.e.: en ♡] et
  • B dans l’articulation de l’essence et des prédicables porphyriens [i.e.: en ♡] .

Utilisant une distinction, probablement extrapolée d’Albert le Grand, entre

  • l’essence prise comme partie et
  • l’essence prise comme tout,

il complexifie en une typologie des divers modes de considération de l’essence le schéma avicennien des trois modes de considération de la nature. Une essence peut, en effet, être considérée :

  1. comme partie (per modum partis) ;
  2. comme séparée (en tant que «chose» existant hors des singuliers) ;
  3. comme tout (per modum totius), c’est-à-dire :
    1. en elle-même (selon sa «raison» propre),
    2. selon l’être qu’elle a en ceci ou en cela, c’est-à-dire :
      1. selon l’être qu’elle a dans les singuliers,
      2. selon l’être qu’elle a dans l’esprit.

Le mode 2 correspond à l’Idée platonicienne. Thomas n’en affirme pas l’existence, il pose au contraire que l’Idée correspond à une manière de considérer une essence, se réservant, dans le point B de tester sa légitimité." p. 356

Ça devient vite du charabia (qui pourrait faire l'objet d'exercices dans l'utilisation de notre topologie), mais l'essentiel est sans doute dans ceci :

"Il distingue clairement les parties essentielles d’un composé – sa forme (la «forme de la partie») et sa matière (l’autre partie) – et la «formule du tout». On sait que Thomas professe la doctrine de l’unité des formes substantielles, selon laquelle il y a pour chaque composé une seule forme donatrice d’être." p. 357

Ce qui montre :

  1. Qu'il est ici pleinement au niveau [♻];
  2. Qu'il n'a pas encore la possibilité d'articuler le tout et les parties en ♢ en utilisant le connecteur .

J'avoue que je commence à fatiguer : nous avons vu me semble-t-il l'essentiel, et le reste n'en est qu'une suite de conséquences.

- Une petite dernière ?

- Prends celle-ci par exemple:

"Pour pouvoir être prédiquée d’une pluralité de sujets, l’essence ne doit pas avoir d’être propre. En revanche, elle a «un être double», c’est-à-dire deux êtres :

  • l’un dans les singuliers,
  • l’autre dans l’âme,

et «selon chacun elle est accompagnée par des accidents». L’être qu’elle a dans les singuliers ou dans l’âme n’appartient pas à la nature en elle-même (considérée selon sa notion, son λόγος- formule, propre)." p. 361

L'être double est facilement représenté dans notre schéma précédent où l'essence: 

  • est dans l'âme ♡
  • est dans les "singuliers" en collant au revers de λόγος- formule :
  • est "accompagné" (connecteur +) par des accidents en ♢ ;
  • de niveau [♻]) => n'appartient pas à la nature en  [⚤]
  • Proposition 3.2.2 "l’universalité convient seulement à l’essence selon l’être qu’elle a dans l’intellect coulent de source." CQFD p. 362
Aristote / Thomas
    Essence
   
λόγος  

Au passage tu remarqueras la différence avec Avicenne où l'essence est en ♡...

Je retiens de tout ceci que "la nature" à laquelle se réfère Thomas, est celle de notre contact au Réel, en ♧.

- Amen

Hari

Note 1 :

Pour suivre l'émergence de la question "ontologique" dans la philosophie Occidentale, il n'est peut-être pas inutile de garder en tête ces schémas :

  Aristote  384- 322 av. J.-C.
forme    
logique abstraction
sensibles   substance = forme+matière
         

 

  Nicée 325
(néoplatoniciens)
Credo : Jésus est Dieu
Jésus est la parole de Dieu
Bible   Père
   
Fils   EST = St Esprit

 

 

  Thomas  1224-1274
union de l’âme et du corps
eschatologie individuelle résurrection du Christ
Bible   Âme
   
Corps   Homme = corps ET âme

Je ne voudrais pas insister, mais Avicenne (980‑1037), lui, voit l'objet en  comme une "potentialité"  qui s'actualise dans le mouvement ♧. C'est si radicalement nouveau, qu'il faudra attendre l'interprétation de l'école de Copenhague de la Méca Q (dans les années 1927-1932) (justifié par les expériences d'Alain Aspect entre autres vers 1980-1982), pour y revenir... 

Note 2 :

- Je dois absolument préciser la distinction entre [⚤] et [♻] : j'ai retenu pour l'heure 

  • [⚤] : discontinu
  • [♻]: mesure/ continu, avec ultérieurement une évolution
    • [#] : continu (la forme)
    • [♻]: mesure (la quantité conservée)

Ensuite, en pensant au calcul infinitésimal de Leibniz ainsi qu'aux nombre p-adiques, bien plus tardifs, mais reliés à l'approche de Grothendieck, j'ai tenté :

  • [⚤] : archimédien;
  • [♻] : non-archimédien.

Mais cette dernière distinction est trop spécifique : il faut revenir à l'idée générale que le "topos" de Grothendieck (en [♻]) est le "lit commun du discret (en [⚤]) et du continu en [#])".

Cette dualité discret / continu serait plus primitive, avant même la dualité partie/ tout.

C'est ce à quoi j'arrive au fil de cette discussion avec Perplexity, en commençant par le commencement : la logique d'Aristote et la syllogistique :

— 🤖: Les principaux types de syllogismes, en logique classique, sont le syllogisme catégorique, le syllogisme hypothétique et le syllogisme disjonctif.[2][3]

Syllogisme catégorique

Le syllogisme catégorique relie trois termes au moyen de trois propositions catégoriques (majeure, mineure, conclusion) du type «Tout A est B, or C est A, donc C est B».[9][3] Il exprime des relations d’inclusion ou d’exclusion entre classes (tout, aucun, quelque) et se décline en figures et modes selon la place du terme moyen et le type des propositions.[1][10]

Syllogisme hypothétique

Le syllogisme hypothétique (ou conditionnel) met au moins une prémisse sous la forme «si … alors …» et en tire une conclusion déductive.[2][3] Il exploite des schèmes comme le modus ponens («si P alors Q ; or P ; donc Q») ou le modus tollens (« si P alors Q ; or non-Q ; donc non-P »).[3]

Syllogisme disjonctif

Le syllogisme disjonctif présente une alternative du type «A ou B» et conclut en éliminant l’une des branches ou en affirmant l’une d’elles.[2][3] Les formes usuelles sont par exemple «A ou B ; or non-A ; donc B» ou, plus problématique logiquement, «A ou B ; or A ; donc non-B» selon que la disjonction est exclusive ou non.[3]

Figures et modes (catégoriques)

Dans les syllogismes catégoriques, on distingue des figures selon la position du terme moyen (sujet ou prédicat dans la majeure et la mineure).[10] En combinant les quatre types de propositions (A, E, I, O) avec les quatre figures, on obtient théoriquement 256 formes dont une minorité seulement est valide (19 modes effectivement concluants chez Aristote).[10][5]

Autres distinctions

On peut encore distinguer les syllogismes selon la quantité (universels vs particuliers) et la qualité (affirmatifs vs négatifs) des propositions, ce qui donne les quatre formes de base A, E, I, O.[1][6] Par extension, on parle aussi de polysyllogismes ou sorites lorsque plusieurs syllogismes sont enchaînés pour former une argumentation en série.[10] (Sources : suivre le lien)

Les syllogismes hypothétiques et disjonctifs sont de pure logique, au niveau discret [⚤]. Ce sont les syllogismes catégoriques (avec un rapport potentiel entre "tout"/ "partie") qui posent problème, avançons :

— HS : que sont les quatre formes de base A, E, I, O ?

— 🤖: Il s’agit des quatre formes classiques de propositions catégoriques du carré logique, codées par les voyelles A, E, I, O.[1][5]

Les quatre formes

  • A : proposition universelle affirmative, de la forme «Tous les S sont P» (ex. : « Tous les hommes sont mortels »).[3][5]
  • E : proposition universelle négative, de la forme «Aucun S n’est P».[3][5]
  • I : proposition particulière affirmative, de la forme «Quelques S sont P» ou «Certains S sont P».[3][1]
  • O : proposition particulière négative, de la forme «Quelques S ne sont pas P» ou «Certains S ne sont pas P».[3][6]

Quantité et qualité

  • A et E sont des universelles (portant sur la totalité du sujet), I et O des particulières (portant sur au moins un sujet).[2][7]
     
  • A et I sont affirmatives (elles attribuent le prédicat au sujet), E et O sont négatives (elles le refusent au sujet).[3][6]" (Sources : suivre le lien)

Et je me traite d'idiot : nous en avons déjà parlé au sujet du carré sémiotique qui tire sa source du carré logique d'Aristote. (cf. "Le carré sémiotique #2").

- Autrement dit, nous sommes toujours dans la pure logique, au niveau [⚤] ? Es-tu rassuré ?

- Oui et non, il reste les paradoxes de Zénon, qui font penser à des séries convergentes, et potentiellement aux infinitésimaux.

- Voyons comment Aristote traite la chose :

— 🤖: Aristote répond aux paradoxes de Zénon en montrant qu’ils reposent sur une mauvaise conception de l’infini, du continu, du temps et du mouvement.[1] Son argument consiste à redéfinir le mouvement comme actualisation d’une puissance dans un continu divisible à l’infini seulement «en puissance», non comme un ensemble d’éléments indivisibles déjà séparés.

Préparation conceptuelle (continu, infini, temps)

  • Aristote commence par définir les notions de continu, de contact et de consécutif, pour montrer qu’une grandeur ou une durée ne peut pas être composée d’éléments indivisibles (points, instants). Il soutient que «il est impossible qu’un continu soit composé d’indivisibles», ce qui vise directement l’hypothèse zénonienne d’un temps fait d’instants juxtaposés.  
  • Il distingue :
    • l’infini en acte (qu’il refuse) et
    • l’infini en puissance :

une ligne ou un intervalle de temps sont indéfiniment divisibles, sans être déjà faits d’une infinité d’éléments séparés. Le temps est défini comme «nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur», donc corrélatif à un mouvement continu et mesurable, non une somme d’instants immobiles.

Réponse à la Dichotomie

  • Aristote reconstruit le raisonnement de Zénon : pour atteindre un terme, il faut d’abord parcourir la moitié de la distance, puis la moitié de ce qui reste, et ainsi à l’infini, d’où l’impossibilité d’achever le mouvement.[1] Il fait apparaître le présupposé problématique : l’idée qu’«il est impossible de parcourir complètement une infinité de choses» considérées comme déjà données une à une.[1]
  • La solution tient en deux points :
    • le mouvement est un processus continu, et
    • la division en une infinité de segments n’est qu’une opération de pensée, non une série d’«étapes» réellement successives à franchir.[1]

En termes modernes (que le texte évoque explicitement), cela revient à dire qu’une série infinie de segments de plus en plus petits peut avoir une longueur totale finie (par exemple 1/2 + 1/4 + 1/8 + …).[1]

Réponse à Achille et la tortue

  • Aristote reformule l’argument : le rapide doit toujours d’abord atteindre le point d’où est parti le lent, si bien que le lent a toujours une avance.[1] Là encore, la progression est décrite comme une succession infinie de points de rattrapage, comme s’il fallait épuiser une liste infinie de positions distinctes.[1]
  • En appliquant sa conception du continu, Aristote montre qu’il n’y a pas deux infinis indépendants (division de l’espace et division du temps), mais une seule trajectoire continue où les distances parcourues et les temps correspondants sont proportionnés : on peut donc rattraper en un temps fini une avance finie.[1]

Réponse à la Flèche

  • Le paradoxe suppose que le temps est composé d’instants, et qu’à chaque instant la flèche occupe un espace égal à sa propre grandeur, donc est «au repos» : somme d’instants immobiles = mouvement impossible.[1] Aristote fait ici jouer sa thèse que le temps n’est pas une collection d’instants, mais un continu dont l’«instant» est seulement la limite entre un avant et un après.[1]
  • En niant que le temps soit constitué «en acte» d’instants juxtaposés, il nie la prémisse sur laquelle s’appuie le «syllogisme» de la flèche : ce n’est pas parce que, dans l’abstraction mathématique, on peut isoler un instant, qu’il existe un état réel du mobile qui serait strictement immobile à ce «moment» pris comme chose.

Réponse au Stade

  • Zénon prétend montrer qu’une même durée serait à la fois double et moitié d’elle-même à partir du défilement de rangées de corps égaux se croisant dans le stade.[1] Aristote explique le raisonnement en distinguant les vitesses relatives : la rangée B voit défiler dans le même temps la moitié de A et la totalité de C, d’où l’apparente contradiction.[1]
  • L’analyse aristotélicienne dissout le paradoxe en soulignant que la durée est une, mais que la relation de vitesse change selon le référentiel (corps immobile ou corps en sens contraire), ce qui exclut qu’une même durée soit littéralement à la fois le double et la moitié de soi.[1]

Statut logique de la réfutation

Aristote lui-même parle de «raisonnements» (logoi) de Zénon et montre, pour chacun, quelles prémisses implicites (sur l’infini, le continu, le temps) rendent la conclusion contradictoire avec l’expérience du mouvement.[1] Ces raisonnements peuvent être reconstruits en forme déductive (proche du syllogisme), mais sa stratégie consiste moins à les «syllogiser» qu’à réformer les concepts physiques sous-jacents, de sorte que le schème déductif ne produise plus de contradiction. (Sources : suivre le lien)

- Conclusion ?

- Il est très clair qu'Aristote doit introduire le continu en [♻] pour réfuter les paradoxes de Zénon, de nature logique en [⚤], maintenant, c'est bien à partir de la notion de continu, qu'il aborde la question du tout et des parties :

— 🤖: Oui, Aristote parle explicitement du tout et des parties, et ce précisément dans le contexte où il traite du continu, de l’infini et des arguments de Zénon sur la divisibilité. [2][1]

Le tout comme continu

  • Dans la *Physique*, Aristote soutient qu’un continu n’est pas un simple agrégat de parties déjà séparées, mais une totalité dont les parties sont seulement « en puissance » tant qu’on n’a pas opéré la division. [2]
  • Il en résulte qu’un «tout» continu (ligne, temps, mouvement) précède, selon l’être, les parties que l’intellect peut y distinguer : les parties ne sont pas données comme de petits touts juxtaposés, mais comme des résultats d’une opération de découpe conceptuelle. [2]

Parties en puissance / en acte

  • Aristote oppose
    • un tout composé de parties «en acte» (par exemple un tas de cailloux, où chaque élément subsiste séparément) au
    • tout continu, dont les parties ne deviennent déterminées qu’au moment où l’on trace une division. [2]
  • Cette distinction lui permet de répondre à Zénon : traverser une ligne finie ne signifie pas parcourir une infinité de parties préexistantes en acte, mais accomplir un mouvement unique dans un continu divisible à l’infini seulement en puissance. [2][1]

Tout, infini et réfutation de Zénon

  • Dans l’analyse de la dichotomie et d’Achille, Aristote montre que Zénon traite le tout (la distance totale, le temps total) comme déjà subdivisé en une infinité de parties actuelles, ce qui rend le mouvement impossible. [1]
  • En rétablissant la priorité du tout continu sur ses parties et en distinguant l’infini par division de l’infini par les extrémités, il soutient qu’un tout fini peut être divisible à l’infini sans cesser, comme tout, d’être parcouru en un temps fini. [2][1]

Si tu veux, on peut ensuite regarder comment cette théorie tout/parties dans le continu se compare à celle du tout politique ou du tout substantiel chez Aristote (métaphysique, biologie, politique)." (Sources suivre lien)

Je pense avoir raccroché les wagons : [♻] est bien le niveau du continu et de la distinction tout/ parties. Ouf !

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