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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #24 — Le Haut Moyen Âge—1— Reales/ Nominales

Mon fantasme...

Le 22/ 11/ 2025 :

Référence : 
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Sommaire Partie 3  p.158 — 217

  1. L'universel selon Boèce
  2. Les sectes du XIIe siècle
  3. Pierre Abélard et la critique du Réalisme
  4. Un autre Réalisme l'Ars Meliduna
  5. L'école Portétaine et les nouvelles collections

Cause et rationalité :

- Je repense à mon dernier article #23, en relisant le chapitre sur le Haut Moyen Âge, ce qui attire mon attention sur ce rappel à la "raison" introductif de l'auteur :

"C’est dans l’Occident latin, aux confins des XIe et XIIe siècles, que le problème de Porphyre est devenu la querelle des universaux. On peut s’étonner qu’il ait fallu attendre aussi longtemps. Cette longue latence du problème de Porphyre rappelle celle du principe de raison. Dans Der Satz vom Grund, Heidegger se demande ce que signifie l’interminable «temps d’incubation» qui sépare l’origine de la philosophie de l’énoncé du principe de raison : «Rien n’est sans raison, nihil est sine ratione.»" p. 155

- Je ne vois là rien de bien étonnant, c'est peut-être ce temps de latence qui te préoccupe, semblable à celui dans lequel nous sommes aujourd'hui entre une pratique quasi industrielle de notions relativistes et quantiques, quand la philosophie rame à contre-courant ?

- Oui, bien sûr, et c'est ce qui rend si urgent cette archéologie philosophique, mais justement, il faut nous méfier de l'utilisation réflexe des concepts les plus ancrés en nous.

Nous avons vu hier la grande différence entre ♢ et ♢ :

"La distinction entre les deux positions ♢⚤ et ♢ relevant —pour nous hic et nunc— de la différence entre nombres :

  • archimédiens (lié au multiple antique, et plus primitivement à la dichotomie des concepts, la dialectique platonicienne, la logique du premier ordre, la syllogistique) et
  • non-archimédiens (liés à une clôture impliquée par les notions de principe unitaire, de "tout insécable" platonicien tenu de Parménide, puis de participation au tout des néoplatoniciens)"

C'est en particulier ce qui permet de comprendre que les "concepts" émergent à partir de ♢↑♡ , quand la place des "idées" fluctue, d'un philosophe à l'autre, entre ♡ et ♡.

- Ce préambule pour arriver où ?

- Au concept de "raison". Ce mot reste ambigu, renvoyant tantôt :

  1. au logos Grec : parole et discours => de niveau [⚤];
  2. au sens de "rapporter à" : comme dans une fraction le numérateur au dénominateur  => de niveau [♻].

Le second point implique quelque part le choix d'un "maître étalon" auquel "rapporter" un jugement ou une mesure; quand le premier évoque un pur développement immanent, de l'ordre de la succession.

Une brève exploration de Perplexity montre aisément que cette dualité a très vite été perçue... Quelques jalons : 

"— 🤖 : Les Stoïciens identifient logos et raison cosmique : le monde est animé par un logos divin, et la raison humaine est une participation finie à ce principe rationnel universel.  Cette conception préparera la thématisation ultérieure d’une raison «naturelle» commune à tous les humains et en continuité avec l’ordre du monde. 

Dans le monde islamique médiéval, les philosophes (comme Avicenne et Averroès) intègrent la tradition aristotélicienne et néoplatonicienne, en définissant une âme rationnelle humaine hiérarchisée par rapport à l’intellect agent, ce qui contribue à une conception structurée des degrés de la raison.  Cette relecture arabe d’Aristote réentrera en Europe latine par les traductions du XIIᵉ–XIIIᵉ siècle et marquera durablement la conception scolastique de la rationalité. 

Kant distingue soigneusement entendement et raison : l’entendement produit les connaissances empiriques sous des catégories, tandis que la raison cherche l’inconditionné et produit des idées (âme, monde, Dieu) nécessaires mais non connaissables au sens strict.  Sa «critique de la raison» vise à montrer les conditions de validité de la raison théorique et pratique, et à fonder la moralité sur la raison pratique autonome." (lien ici)

Par ailleurs, en cherchant à qui se réfère Heidegger, il vient immédiatement qu'il s'agit de Leibniz, qui non seulement a introduit les infinitésimaux, mais encore, formalisait ce principe en cherchant à prouver l'existence de Dieu :

"— 🤖 : ...  Chez Leibniz, le principe de raison suffisante est l’un des «deux grands principes de nos raisonnements», avec le principe de non‑contradiction, et il se condense justement dans la formule «nihil est sine ratione». Des études sur les textes leibniziens soulignent que ce «quod nihil sit sine ratione» apparaît dès les écrits des années 1668‑1669 (Demonstrationes catholicae) comme un véritable principe, servant notamment dans les démonstrations de l’existence de Dieu." (lien ici)

Tu remarqueras que s'il s'appuie sur le principe de non-contradiction, il laisse de côté le tiers exclu (i.e. les deux étant au coeur de la logique du 1er ordre, en [⚤]). (Note 1)

- Bon, d'accord, cela renforce ton idée d'une dualité très profonde archimédien—[⚤]/[♻]—non-archimédien  et d'un positionnement de la "raison" en [♻], et ensuite ?

- Et bien si l'idée de "raison" chez Heidegger (voir ici) au sens de "ratio" (pour confirmation suivre le lien) est en mode [♻], il n'est pas sûr que celle de "cause" soit de même niveau :

"— 🤖 : ...  Heidegger montre justement que le «principe de raison» hérite de la métaphysique de la causa tout en ne s’y réduisant pas." (lien)

En parallèle, la notion de "cause", que nous avons déjà croisée incidemment, me semble également flotter entre ces deux niveaux: (Note 1)

"— 🤖 : En philosophie, la notion de «cause» se définit d’abord comme ce qui répond à la question «pourquoi ?» : ce qui produit un effet, fonde un état de choses ou donne raison d’un phénomène.  Historiquement, ce concept se transforme profondément, de la pluralité des causes chez Aristote aux analyses critiques de Hume ou Kant, puis aux conceptions contemporaines plus formalisées de la causalité." (lien)

Dans la mesure où Perplexity a ratissé suffisamment large pour nous y référer, nous retrouverions ici la "cause" comme réponse à une théorie, en regard d'un concept (ou idée) en ♡; et ce avec une grande résilience au fil du temps :

  • Platon/
    [⚤]/[♻] : "causes éponymes" et au Moyen Âge "cause d'imposition"
  • Aristote :  /
    /♧ : "cause formelle particulière de la «substantialité» du composé hylémorphique" (p. 101)
  • Tradition Médiévale/
      : intervention d'une intelligence "agent", et "rationnel" au sens vu ci-dessus, fondant le concept en retour : ♧/♡ ;
  • Méca Q : /  
    [♻] : la "mesure" d'une "quantité conservée" en réponse à une question, interprétation de Copenhague.

C'est un schéma très général, bien entendu, et nous entrerons dans le détail des discours le moment venu, mais d'une certaine façon, une "cause" est, par nécessité semble-t-il, "objectivée" en ♧♻ à un moment donné au même titre que l'objet auquel elle s'applique (Note 2):

  • au niveau [♻] : car elle est, d'une façon ou une autre, tirée (ou faisant partie)
    • 𓁜 d'un "tout" virtuel, que ce soit Dieu (cause de tout), une propriété universelle, ou un principe de conservation;
    •  réduit 𓁝♡↓♢𓁜 à un ensemble de potentialités (i.e. ∑p=1)
    • pour être "observable" comme actualisation d'une potentialité 𓁝♢↓♧𓁜

Tandis que dans un registre  lié à l'expérience du Réel, 

  • au niveau [⚤] : la cause en question
    •  précède l'effet (temps logique, ordre);
    •  devient discours (logos) ♧𓁜↑𓁝♢
    • discours ensuite jugé et questionné ​​​​​♢𓁜↑𓁝♡ pour lui donner sens 𓁝♡↑♡𓁜

- Avec un bouclage ♡𓁜/♧𓁜... Bon, soit, mais encore une fois, où nous mènent toutes ces réflexions ?

- Dans la formule latine "nihil est sine ratione", et à l'époque évoquée par de Libera, bien antérieure à Leibniz, je ne sais s'il faut entendre :

  1. "rien n'est sans cause" => en [♻];
    Renvoyant au fait que dans l'ordre de la succession, il y a toujours une cause tirée du Réel qui précède l'événement ♧ ;
  2. "rien n'est sans raison" => en [♻].
    Renvoyant à une raison première, servant de "maître étalon" ♡.

- La réponse n'est-elle pas, comme souvent, "les deux mon capitaine", avec une "prise de conscience" à la rencontre de deux mouvements orthogonaux ?

- Comme dans la Méca Q ?

- Oui, ou plus immédiatement dans le dialogue entre Platon et Aristote, ou Platon et les néoplatoniciens...

- OK, gardons ceci sous le coude, et avançons, car tu n'en ai toujours qu'au premier paragraphe !

Le problème de Porphyre :

- La question posée par de Libera est : "pourquoi 2300 ans de latence pour que la question des catégories pose un problème philosophique" ? Réponse simple proposée : "parce que la question ne se posait pas", rejoignant en cela me semble-t-il Wittgenstein pour qui il n'y a pas de question philosophique, mais des questions de langage... Toujours est-il qu'il est bon de se remémorer les trois problèmes auxquels il est fait ici référence (cf Note 1 de p. 42). 

"La grille néoplatonicienne [R] mise en œuvre dans l’Isagore a connu divers réaménagements, mais elle a conservé la même fonction heuristique. Ainsi, au Moyen Âge, le «problème de Porphyre» fonctionne comme un véritable programme narratif où s’articulent les possibilités conceptuelles et les thèses effectivement soutenues dans l’histoire.[...]

  • la première question porte sur le fait de savoir si les universaux existent réellement (utrum universalia existant in rerum natura)"

Là déjà, j'ai un gros problème d'interprétation du terme "existe" :

  1. Dans une acception, disons "lacanienne", il s'agit d'un trauma dû au Réel, faisant irruption dans l'Imaginaire, de ce type : [∃][⚤]𓁜. Il s'agit de l'interruption du rêve du Sujet, par ce qui lui est étranger. Avec [∃] marquant la frontière entre l'Imaginaire du Sujet et ce qui lui est extérieur ;

Manifestement, il ne s'agit pas de [⚤]

— 🤖 : en contexte médiéval, «rerum natura» désigne moins une nature autonome qu’un ordre créé : l’ensemble des créatures selon leur essence, leurs puissances et leurs fins, tel qu’il peut être décrit par la philosophie naturelle et intégré dans une cosmologie théologico‑métaphysique. (lien)
=> il s'agit d'existence impliquant une fermeture Imaginaire, au niveau [♻].

Poursuivons :

  • "puis, tout s’enchaîne. On demande notamment
    • s’ils existent à part des individus
    • ou seulement en eux (utrum habeant esse separatum a singularibus vel existant in suis singularibus), si
      • une seule et même chose peut exister à la fois en plusieurs individus —ou, plus précisément, si un même universel peut exister tout entier (secundum se totum) en chacun de ses particuliers sans y être numériquement multiplié.

Là encore, problème d'interprétation si l'on se reporte à ce que l'on vient de voir dans l'article #23:

- Nous sommes en univers néoplatonicien R, dans le but de réintégrer Platon et son principe unitaire en [♻]. L'existence d'un universel (au sens [♻]) ne souffre donc pas de difficulté, qu'il soit un ou multiple.

- Sans doute, mais remarque comme la question posée "un même universel peut exister tout entier (secundum se totum) en chacun de ses particuliers sans y être numériquement multiplié" résonne aujourd'hui de façon extraordinaire :

  • La question d'un "tout" renvoie au paradoxe de Russell sur l'existence d'un "ensemble de tous les ensembles";
  • d'autant plus qu'il est ici question de "dénombrable" (comme les éléments d'un ensemble), donc au niveau [⚤].

- Tu es hors texte !

- Je ne le pense pas; reviens à la thèse de Libera, selon qui une question philosophique n'existe pas "en soi", mais dépend d'un contexte historique. Il a sans doute raison, mais puisqu'il est adepte des études de temps long en philosophie, on pourrait remarquer que Gödel (à la suite de Russell) signe l'arrêt de tout un champ philosophique initié par Parménide "ce qui est est", avec la recherche du "vrai" chez Platon, et toute une construction qui commence à surgir des fouilles archéologiques, en particulier de celles qu'il entreprend.

- Tu paraphrases North Withhead :

“The safest general characterization of the European philosophical tradition is that it consists of a series of footnotes to Plato.” Process and reality 1929 

- Merci pour le rappel; toujours est-il que nous pouvons reprendre la théorie de Libera au vol : si Parménide aboutit à Gödel, ce qui formerait LE problème philosophique auquel sont encore attachées les philosophies occidentales, dans quel univers ce problème serait-il inexistant ?

- Gros malin, je te connais : il faut changer d'objet initial !

- Figure-toi que j'ai assisté hier à une présentation de Michiko Okano à la fondation du Japon de Sao Paulo, une amie de Midori. Elle nous a parlé du Ma 間, dans la cérémonie du thé, et cela m'a renvoyé à mes commentaires d'il y a 4 ans à propos de son article dans "Ma et Aïda" (voir "Réduction du Ma 間 à une approche sémiotique").

Or donc, là où l'Occidental veut traverser cette porte, pour identifier le Soleil, dans un effort désespéré pour passer de 𓁝[∅] à [∃]𓁜, ou en désespoir de cause, énoncer des lois: [♻]𓁜←𓁝[∅]; l'Oriental reste dans la posture 𓁝[∅] et comprend le vide comme gros de toute possibilité...

- Le vide quantique, le trou noir, le Big Bang  ?

- Disons que cette posture permet effectivement de les appréhender tranquillement (la théorie des catégorie nous y invite), quand Parménide nous complique la vie...

- «nihil est sine ratione.»

- Certes, mais pour nous, dans un retour au Réel :  /   avec, comme chez Dirac, un principe esthétique à la clef, c'est-à-dire, in fine et au plus fondamental, un principe de simplicité.

- Le principe unitaire ne l'est-il pas ?

- Un simplisme menant au complexe par la multiplicité, comme 0/1, c'est ce qu'il s'agit de dépasser...

- OK, et si tu revenais au texte en attendant ?

"À supposer que les universaux soient séparés des individus, on demande ensuite s’ils existent

  • seulement dans la pensée [i.e. : ] ou bien aussi
  • à l’extérieur d’elle (extra intellectum) [i.e. : ] ;
    si l’on admet qu’ils existent à l’extérieur de la pensée – thèse dite «platonicienne» [i.e. [♻] ]–, la question est de savoir
    • s’ils existent seulement en Dieu [i.e. : ] à titre d’Idées représentant les espèces des choses créées – thèse dite «augustinienne» – ou
    • s’ils possèdent une existence par soi extérieurement à la pensée divine – thèse des platoniciens modernes [i.e. : ♢], que développeront les Formalizantes comme Jérôme de Prague.

Où tu vois s'incruster le mode syntaxique médian ♢ au niveau même de la substance [♻], dans l'intellect agent, échappant à la logique déployée au niveau [⚤].

"La question 1 s’inscrit dans le cadre d’un premier aspect du débat d’Aristote avec Platon : les genres et les espèces ont-ils une existence réelle («subsistance») au titre de formes séparées ou existent-ils seulement dans l’esprit du sujet connaissant?"

Le temps d'incubation :

- Ceci étant mis en place, la question d'Alain de Libera n'est demeure pas moins, et marque un virage proprement "Occidental" par rapport à l'Orient Chrétien puis Musulman, marqué par la traduction de l'Isagore de Porphyre par Boèce (vers 504-510 lien)

"On disputera longtemps encore sur ce qui l’a déclenchée. Il est probable que, là comme souvent, la théologie trinitaire a joué un rôle déterminant. C’est le mystère de la définition grecque des trois «Personnes» comme «tres usie, id est tres substantie» qui, avec la question de savoir si les trois Personnes étaient «seulement une chose (una tantum res) ou trois choses distinctes (tres res per se)», a suscité la réponse de Roscelin de Compiègne, dénoncée par Anselme, selon laquelle il fallait bien que le Père, le Fils et l’Esprit fussent trois «choses» distinctes si l’on voulait éviter la conclusion, théologiquement funeste, que «le Père s’était incarné en même temps que le Fils»." p. 157

Nous cernons bien le problème entre ♡ et ♧ avec

  • une dualité Un/ multiple au sens d'Aristote
  • recouvrant une dualité idées/ substance au sens de Platon.

Plus loin : 

"... la question «qu’est-ce la substance ?» dont Aristote avait fait, dans sa Métaphysique, la question «éternellement poursuivie», a effectivement retrouvé une seconde jeunesse. Toutefois, si une crise a éclaté, c’est parce que les théories ontologiques et sémantiques d’Aristote se sont, à l’occasion, révélées insuffisantes, voire contradictoires. La lecture de l’Isagore a alors changé de statut." p. 158

- Avant de poursuivre dans cette voie purement grecque, j'aimerais quand même savoir si le questionnement surgit historiquement à cette période de la pensée, ou s'il faut creuser plus loin, du côté de Dumézil ?

- Il semble qu'il y ait une spécificité grecque, car les trilogies de dieux indo-européens relevées par Dumézil ne posent pas de question de "partition" : les dieux sont des individus séparés: (lien)

 — 🤖 : Au centre du mazdéisme, on trouve le dieu suprême

  • Ahura Mazda, souvent accompagné de deux figures majeures :
  • Mithra (dieu du contrat, de la lumière et du soleil) et
  • Anahita (déesse de l’eau et de la fécondité)

Jean Hautry, un continuateur de Dumézil a travaillé sur une comparaison entre la Sainte Trinité et cette tripartition divine indo-européenne, mais la différence semble bien marquée : (lien)

— 🤖 : Le mazdéisme propose une «tri-unité» plus proche du schéma trinitaire chrétien que les autres modèles indo-européens, notamment par l’articulation entre Ahura Mazdâ, son Fils (le Feu) et son Esprit, avec le feu comme substance consubstantielle au père.

  • Haudry explore les rapports entre la mythologie du Feu divin, la passion ethttps://www.perplexity.ai/search/37c504b9-69cc-4479-861a-f8fc4fb4d492#7 la résurrection de dieux comme Prométhée et Dionysos, et leur réinterprétation dans le christianisme.
  • Il conclut en montrant comment certaines notions du mazdéisme se sont introduites dans le christianisme par l’intermédiaire du judaïsme tardif. (lien)

En voyant ainsi l'eau de Anahita remplacée par le feu divin, je me demande s'il n'y a pas chez les grecs un manque fondamental à penser le féminin ?

- Développe ?

- Là où la dualité Yin/ yang orientale associe "naturellement" masculin/ féminin, partir comme les Grecs du "Un" primordial posent la question du féminin comme accident, ou fracture. Dans le Banquet, c'est Aristophane qui présente le duo mâle/ femelle comme résultant d'une coupuree d'un être parfait. (lien)

- Il y a quand même le couple originel Ouranos (le Ciel) accouplé à Gaïa (la Terre);

- Oui, avec la castration du père par son fils Cronos, qui manquait d'air coincé entre eux deux... Il n'y a là rien de l'harmonie orientale. Pour recoller à notre discussion au sujet de la "réification" nécessaire de la "cause", en [♻] afin d'en faire un "objet de discussion" en [⚤]:

  • Par [⚤][♻] selon Platon;
  • Ou via Dieu selon les néoplatoniciens : ♧   /♧ . 

J'ai le sentiment que cette réification résulte d'une incapacité grecque à penser les mouvements du Yin au Yang... (Note 3)

- Bref la "substance" comme enkystement Occidental des "mutations" Orientales...

- ... Auxquelles nous force à revenir la théorie des catégories en général et Grothendieck en particulier... (voir la discussion en cours "De Fuxi à Grothendieck")

- Admettons, et où ceci nous mène-t-il ?

- Je suis tenté de le traduire ainsi sur notre corps cap :

Doctrine   Père
         
Fils   Saint-Esprit

Autrement dit : 

  • En ♡ : le Père comme principe Unitaire;
  • En ♧⚤ : le Fils, comme "expression" du Père;
  • En  ♧♻ : le Saint-Esprit comme "cause" de la Trinité.

Bon, ce n'est qu'une interprétation, mais elle colle avec la doctrine de Boèce (Note 5), et a le mérite de montrer la place nécessairement ambiguë de la doctrine :

  • En R : Dieu est à l'origine de la doctrine : [⚤]𓁜𓁝[♻];
  • En R : le Fils (et les Évangiles) mène par son existence à la doctrine : ♧;
  • En R : le Saint-Esprit est la cause de la doctrine dans ♧/.

- Bref, c'est la cohérence la plus incohérente qui soit...

- Avec une certaine constance néanmoins, que tu relèves aisément en faisant le rapprochement avec ce que nous avons déjà vu de l'esprit Grec. (voir "# 19 — Les structures platoniciennes")

concepts    
[⚤] νοήματα     [♻]
         
[⚤] φωναί   ὂντα [♻]
mots   choses

La grosse question, dès lors que tu es en R (Aristote) ou R (néoplatoniciens) étant la dualité Un—♡/♧—multiple, et l'incomplétude d'une approche purement logique ♧ —héritée d'Aristote (lien) via son Organon— d'une question de "partition" de niveau [♻].

- OK, je retiens de tout ceci que cette "substantification" en ♧ de la "cause" ou de la "raison suffisante" voire du Saint-Esprit, serait due à un biais proprement "patriarcal" hérité des Grecs ?

- Vois-le autrement : dans la nature, il n'y a que deux possibilités vitales de se perpétuer :

  • soit par la dualité sexuelle;
  • soit par partogénèse.

Les Grecs et l'Église ont choisi la partogénèse... Jusqu'à déclarer Marie, vierge, "aeiparthenos" par le Concile de Constantinople II, en 553. (Note 7)

- C'est une théorie qu'il faudrait étoffer.

- Perplexity (voir lien) ne retient pas grand-chose avant Hegel et Nietzsche.

🤖 :

  • Hegel offre une analyse philosophique de la famille grecque dans la Phénoménologie de l’esprit à travers la figure d’Antigone : la femme, cantonnée à la sphère privée et domestique, devient l’«ennemi intérieur» de la cité masculine, soulignant ainsi l’oppression inscrite dans l’ordre social grec.
  • Des philosophes modernes comme Nietzsche s’intéressent à la polarité et aux antagonismes de genre dans l’Antiquité, tout en critiquant parfois l’émancipation féminine sur d’autres bases.(lien)

Mais rien apparemment qui fasse le lien entre cet effacement du féminin et le principe Unitaire platonicien. (Note 4)

- Soit, c'est noté comme éventuel point de rupture Occident/ Orient, mais il est temps de revenir au texte.


Le 25/ 11/ 2025 :

- J'avoue ne pas m'être rendu compte sur le coup de l'énormité de ce que nous avons mis à jour hier !

  • À Nicée en 325 : La Sainte Trinité découle d'une philosophie grecque incapable de penser le mouvement, et la gestation d'un "objet" issu d'un duo;
  • Jésus en [⚤] n'est pas né d'un couple, mais par scissiparité d'avec le Père [♻]; (le verbe éponyme de Dieu dans une approche platonicienne R← par [⚤]/[♻]);
  • Le Saint-Esprit est la réification intellectuelle en [♻]♧ (toujours selon R par [⚤]/[♻])  de cette opération (comme "le chant" réifie l'action de chanter);
  • À Constantinople II en 553 : De ce fait Marie, n'ayant pu enfanter, est déclarée vierge CQFD !

- Bon, OK, ça risque de faire jaser, mais que fait-on ? Tu baTs le rappel ou on continue d'avancer ? Incidemment ta présentation d'aujourd'hui rend cette construction "rationnelle" dans une approche platonicienne R, ce qui t'avait échappé hier...

- Tu as raison : l'important pour nous était de bien situer Boèce et son apport à la scolastique par sa traduction de l'Isagore de Porphyre, vers 510 (lien). Nous en étions à la question de Libera : pourquoi un temps de latence de 5 siècles avant que ce texte cristallise la querelle des universaux?

- Peut-être est-ce dû précisément au fait que cette construction trinitaire ne posait pas de problème dans une approche R et que la redécouverte des néoplatoniciens en R allait questionner cette architecture ?

- Nous avons déjà vu la réponse ci-dessus : les catégories d'Aristote, impliquent une approche selon la voie des mots, permettant le mode syntaxique ♢ entre ♧ et ♡, allant au-delà de la simple cause éponymique platonicienne.

- Oui, oui, mais Boèce était lui-même imprégné par le néoplatonisme R, et donc la question demeure...

- Suivons de Libera pas à pas dans sa présentation.

  1. L'universel selon Boèce
  2. les sectes du XIIe siècle

L'universel selon Boèce :

"Plus que l’Isagore, c’est le commentaire de Boèce sur Porphyre qui a produit au Moyen Âge latin la question de l’universel. Jusqu’à la seconde moitié du XIIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à la traduction des nouvelles sources arabes (Avicenne) et aristotéliciennes (Logica nova, De anima, Metaphysica vetus), c’est avec Boèce et lui seul que les médiévaux ont eu accès aux données philosophiques de l’Antiquité et de l’Antiquité tardive. C’est par lui qu’ils ont pu connaître certaines thèses centrales de la critique aristotélicienne de Platon à une époque où ils ignoraient quasi tout du débat qui les avait opposés." p. 159

Boèce, Porphyre et le problème des universaux

- De Libera reprend ce qu'il a déjà présenté du problème de Porphyre (voir ci-dessus) et c'est un peu fastidieux de revenir toujours au même point. Nous en sommes toujours à l'introduction d'un mode ♢, toute la discussion concernant la distribution des rôles entre ce qui ressort des niveaux [⚤] et [♻]. L'auteur pointe alors le rôle spécifique de Boèce dans cette affaire :

"Il est en effet possible de maintenir à la fois que les genres et les espèces sont des incorporels en étant rattachés aux êtres corporels, qu’ils sont présents dans les sensibles tout en étant séparés. Il suffit, pour cela, de poser que l’esprit humain (animus) a la capacité de «réunir ce qui est séparé (disiuncta) et de séparer (resoluere) ce qui est réuni»." p. 161

Or ceci est très facile à rapprocher d'opérations mathématiques :

  • disiuncta : nous regroupons des éléments
    => nous partons de ♧ avec la théorie des ensembles,
    => la pensée discursive R se développant au plus près du Réel en ;
  • resoluere : nous distinguons des parties d'un tout
    => nous partons de ♡
    => la pensée procédant du tout vers les parties R en 

Les deux mouvements sont en rupture avec l'approche platonicienne originelle R et permettent le développement d'un discours que la cause éponyme escamotait. Tu remarqueras l'introduction du Sujet raisonnant (animus), qui justifie notre prétention à représenter ce discours dans son Imaginaire...

- OK, mais c'est une représentation actuelle de Boèce, comment ceci se traduit-il des les termes de l'époque ? 

"Si l’esprit peut distinguer ce que les «sens lui transmettent comme mélangé (confusa) et attaché (coniuncta) aux corps» et ainsi «contempler (speculari) et voir la nature incorporelle par elle-même, sans les corps où elle est mêlée (concreta)», il a par là même le pouvoir de «considérer et de contempler» les genres et les espèces «en séparant les incorporels qu’il reçoit combinés (permixta) aux corps».
Autrement dit : les genres et les espèces n’existent pas séparément, telles les Idées de Platon, mais ils peuvent être séparés des corps et du sensible par la pensée.
Cette séparation est ce que le Moyen Âge appellera l’abstraction." p. 162

Il faut bien comprendre que le processus ne part pas directement de l'analyse de ce qui est donné à voir  en  , mais d'une abstraction de la forme à partir d'un mélange "substance+forme", qui marque proprement le passage / néoplatonicien soit ♧/♡.

- Nous retombons sur ce que nous avons déjà caractérisé...

- Oui, mais c'est une vérification toujours utile, et nous avons maintenant une datation historique du début de diffusion de cette approche dans la pensée Occidentale.

La formation de l'universel : la cogitatio collecta

 C'est ici qu'il faut nous reporter à notre double caractérisation des approches selon les mots R⇅, par rapport un celles selon les choses R⇆ (voir "#23 — récapitulation")

Le passage précédent ♧/♡, marquant l'abstraction, se double naturellement (que l'on soit aristotélicien ou néoplatonicien) d'un passage du multiple vers l'unité.

"L’universel est donc une synthèse, littéralement une collecte mentale : L’espèce est un concept formé (cogitatio collecta) à partir de la ressemblance essentielle (substantiali similitudine) d’individus différents (dissimilium) en nombre», plus littéralement : «que le nombre fait dissemblables»." p. 162

- OK, on a compris : tu retombes sur tes marques, et les universaux se retrouvent en ♡ mais où est la querelle dans tout ceci ?

- Il y a une dissonance entre cette construction à partir d'une origine substantielle de niveau [♻] en  et l'usage exclusif de la logique du 1er ordre de niveau [⚤] pour "en rendre compte", qui n'était pas conceptualisable à l'époque. 

- Tu veux parler d'une distinction entre :

  • une montée (immanence) aristotélicienne R en  
  • une descente (transcendance) néoplatonicienne R en 

tenant à la différence de niveaux [⚤] vs [♻] ?

- Exactement. À nous de voir comment les philosophes de l'époque tentent de se sortir de ce piège épistémologique.

"Ainsi définie, la cogitatio collecta est en toute rigueur un «concept» [i;e.: ], un Be-griff, une saisie synthétique du dissemblable sur la base d’une ressemblance; c’est un «rassemblement logique», le produit de ce que Syrianus appelait, un siècle avant Boèce, un «acte de rassemblement rationnel» [i;e.: ♧] (λογισμῷ ξυναιρεῖν)." p. 163

Mais comme le souligne de Libera :

"... il ouvre un espace plus problématique encore, car il donne à entendre qu’une même chose peut être à la fois singulière et universelle – une thèse qui sera revendiquée, reformulée ou rejetée d’un bout à l’autre du Moyen Âge, une thèse qui, en tout état de cause, ouvre la voie à une série de paradoxes où le réalisme et le nominalisme trouveront à la fois leur aliment et l’ultime raison de leur différend." p. 164

Autrement dit en opposition frontale à Platon, et donc au dogme trinitaire de l'Église, comme nous venons de le voir.

"Plus que du problème de Porphyre, c’est de la solution de Boèce que procède, on va le voir, l’impulsion initiale de la querelle des universaux telle qu’elle éclate dans le XIIe siècle latin." p. 164

Les sectes du XIIe siècle

"C’est à cette époque, en effet, que l’historiographie situe, autour des figures charismatiques de Roscelin de Compiègne et de Pierre Abélard, l’apparition du nominalisme comme doctrine d’ensemble sur les universaux. Mais c’est aussi, et surtout, parce que c’est à cette époque qu’apparaissent les termes latins Nominales et Reales pour décrire les camps supposés en présence." p. 164

- Là nous entrons véritablement dans le détail des sectes en présence :

"C’est sur ce fond de cinq sectes principales que se présentent la question des Nominales et des Reales (Gilebertini, Montani, Melidunenses, Adamitae ou Porretani, Albricani, Robertini, Parvipontani), celle de l’identification des Nominales à l’école d’Abélard et celle du nominalisme et du réalisme des deux grands groupes distingués." p. 166

La césure essentielle étant entre groupes  Nominales et Reales.

L'énigme des Nominales :

L'auteur insiste sur un distinguo entre le terme "Nominale" qui désigne historiquement une secte dont le dogme ne recoupe pas tout à fait ce qui deviendra les "nominalistes" en regard des "réalistes" plus tardivement.

"Si l’on met ensemble toutes les thèses attribuées aux Nominales portant directement ou indirectement sur les universaux, on obtient, selon nous, la liste suivante (cf. Iwakuma- Ebbesen, 1992) :

  • Certains noms sont universels (texte no 5).
  • Genre est un nom (textes nos 40a, 44c).
  • Les genres et les espèces sont des vocables ou des sons vocaux (texte no 4).
  • Rien d’autre qu’un son vocal n’est supposé par le nom «genre» (texte no 44d).
  • Aucune expression complexe n’est un genre ou une espèce (texte no 22b).
  • La plupart des touts sont leurs parties (texte no 11).
  • Dans une prédication, des termes sont prédiqués de termes et non des choses de choses (texte no 22a)." p. 167

Il y a sans doute une distinction entre "sons vocaux" et "noms" sur laquelle j'ai été un peu flottant jusqu'à présent :

"Les genres et les espèces étant également caractérisés par le terme vocabula, on peut se demander ce qui distingue les Nominales et les Vocales. Normore suppose que c’est avec Roscelin que les Vocales sont apparus, et avec Abélard et son groupe qu’on a commencé de parler de Nominales, puisque, pour eux, le genre n’était pas un son vocal, mais un mot (sermo) ou un nom (nomen)." p. 167

(a) De notre point de vue, ayant déjà caractérisé la nature du discours en R; nous pouvons très bien discriminer : 

  • En ∃𓁜 : les "vocales";
  • En ♧𓁜 : les "noms" vus comme simples étiquettes ou "signifiants" ;
  • En 𓁝♢ : les  "mots" pris comme "éléments de discours".

sans reprendre les développements précédents. Poursuivons :

"Ce n’est sans doute pas, toutefois, pour cette thèse précise que le groupe d’Abélard a reçu cette étiquette, mais parce qu’il soutenait que, derrière la diversité des genres grammaticaux, masculin (albus), féminin (alba), neutre (album), les noms demeuraient identiques. Une théorie – la théorie de l’unité du nom –..." p. 167

Il y a là un retour à l'aristotélisme, puisque nous revenons ici à une préoccupation directement centrée sur le discours lui-même   et non plus sur la nature mixte (substance+ forme) de l'objet en ♧♻ à l'issu de  .

Le problème que soulève de Libera est qu'en fait, Abélard n'est pas le seul à l'époque à suivre cette voie, et donc questionne sur ce qui véritablement le distingue des autres sectes en lice.

"Pour tenter d’éclaircir cet imbroglio, il faut revenir à l’ana- lyse des positions «sectaires» du XIIe siècle. C’est seulement sur cette base que l’on pourra ensuite exposer sereinement la doctrine d’Abélard sur les universaux pour montrer en quoi elle se rapproche et en quoi elle se distingue d’une théorie nominaliste au sens (historiographique) moderne du terme." p. 169

Les sectes, les reales et les nominales

- Là, franchement, je ne voudrais pas perdre notre fil rouge (à savoir assister à l'émergence du mode ♢ dans notre Imaginaire Occidental) dans les dédales de la scolastique. Je vais donc grappiller dans le texte le minimum vital susceptible de laisser quelques traces repérables dans mon Imaginaire d'ici deux semaines... En diagonale :

  • "L’appartenance à une «secte» (secta) se définit par l’adhésion à une «croyance» – une profession (professio), [...] constituée [...] de théorèmes (positiones) portant sur la Logica vetus.
  • Selon Ebbesen, les Nominales formaient une école en ce sens précis. Ils étaient nommés d’après le slogan Genus est nomen. [nous sommes en ]
  • [...] Sur cet ensemble de thèses, on peut opérer certains regroupements. Tous ne concernent pas les universaux. Deux groupes, [principaux] :
    • le premier est directement lié à l’exégèse de l’Isagore et des Catégories ;
    • le second, quantitativement moins important, relève de la méréologie [nous sommes en ], un domaine dépendant de Porphyre, mais aussi d’autres sources, notamment le De differentiis topicis de Boèce.
  • La liaison entre la problématique des universaux, [⚤] les problèmes méréologiques, effleurés par l’Isagore, [...] a des raisons théologiques, liées à la manière particulière dont Roscelin de Compiègne semble avoir argumenté sa théologie trinitaire.[voir ci-dessus la cohérence avec R]
  • Elle a aussi des raisons philosophiques intrinsèques qui expliquent pourquoi Roscelin a inclus des arguments méréologiques dans sa théologie de la Trinité :
    • les rapports entre universaux et particuliers/singuliers peuvent être dans une large mesure analysés en parallèle,
    • avec les rapports des touts et de leurs parties." p.170

Comme tu le vois, l'introduction de cette "mérologie" —ou science des parties— dans la discussion conforte notre caractérisation [⚤]/[♻], grosse de l'impossibilité de traiter du rapport du tout aux parties (en [♻]) à l'aide de la logique du 1er ordre (en [⚤]).

- On tourne en rond...

- Heureusement ! Ça conforte notre mise en scène du drame, mais au-delà, il sera intéressant de suivre nos scolastiques dans leurs efforts pour se sortir d'un piège dont ils ne pouvaient avoir conscience avant Leibniz.

Thèses des Reales sur les universaux :

- Au nombre de 4, chacune présentée comme en opposition à une thèse des Nominales. 

"C’est le cas, notamment, de ⟨ThR3⟩ : «De l’impossible rien ne suit», une réponse de bon sens à la surprenante règle des Nominales, également connue sous le titre de «Conséquence des Adamites» (Consequentia Adamitorum), selon laquelle «de l’impossible suit n’importe quoi», une règle dont l’exceptionnelle fortune théorique a duré jusqu’à la fin du Moyen Âge" p. 171

N'est-ce pas extraordinaire ?

- De quoi parles-tu ?

- Notre objet initial vide [∅] d'où tout peut advenir en théorie des catégories, forme avec son dual [∃] une métaphore mathématique moderne du Yin/ Yang millénaire des Orientaux. Ce que je trouve extraordinaire dans ce rappel historique, c'est de constater que l'incapacité Grecque à concevoir une quelconque dualité, conduit tout le monde, aussi bien Nominales que Reales, à opposer au "Un" chapeautant tout, non pas le vide, mais l'impossible !

Il y a de ce fait une clôture absolue, irréfragable, du discours sur lui-même qui le rend —par nécessité— totalement inconsistant (cf. Gödel) !

- Pas tout à fait : les Nominales concevaient malgré tout une création aléatoire à partir de l'impossible...

- Mouais, il faudrait en discuter avec des logiciens. Comment le concept "impossible" peut-il être utilisé dans une proposition ? Et avec des psychanalystes éventuellement, car il y a dans cet "impossible" face à la virilité (la vertu Latine) du "Un", comme une castration, là où le vide appelle un dialogue Yin/ Yang (Note 6) et la fécondité de l'entre-deux. En tout cas, il est significatif que le zéro venu des Indes, ne se soit imposé dans la pratique du calcul en Occident qu'aux forceps à partir du XIIè siècle (lien).

- Bien noté, et si tu avançais un peu ?

- Continuons :

"L’énoncé de ⟨ThR1⟩ est que les genres sont des choses [i.e. de niveau [♻]]. Cette théorie est celle qu’Abélard n’a cessé de pourchasser sous les diverses formes que son premier maître, Guillaume de Champeaux, et ses continuateurs lui ont données." p. 172

Bon, là, pas de surprise. 

"Si l’on admet que les informations fournies par Abélard, jointes à celles, plus tardives, transmises par Jean de Salisbury, ont une valeur historique et chronologique, on considérera que le réalisme a été la première doctrine d’ensemble professée au XIIe siècle.
Cette primauté s’explique par le fait que le réalisme médiéval articule en doctrine positive le schème conceptuel mis en œuvre dans le Ménon.
Et le fait lui-même s’explique :

  • ⟨a⟩ parce qu’au XIIe siècle tout ce qu’on pouvait entendre d’Aristote et de Porphyre était déjà, grâce à Boèce, pénétré de platonisme, et
  • ⟨b⟩ parce que le schème conceptuel du Ménon est une structure argumentative, un argument récurrent qui constitue le geste fondateur du réalisme comme catégorie transhistorique à l’intérieur du champ historique ouvert par le débat Aristote-Platon." p. 172

Nous retrouvons la thèse de l'auteur concernant l'importance du Ménon tout au long de la période (voir "#19- Les structures platoniciennes").

  • Sur ⟨a⟩, nous avons vu que la doctrine Chrétienne issue des conciles de Nicée et de Constantinople II "colle" à l'approche platonicienne;
  • Sur ⟨b⟩, nous avons vu de quelle façon la maïeutique de Socrate permet de guider l'apprenti selon les vues du maître, ce qui est le propre de la dispute au sens scolastique.

Deux remarques à relever au passage :

  • Une allusion à Frege , qui nous renvoie au Cercle de Vienne et au Wittgenstein du Tractus, ce qui nous donne un fil intéressant à suivre,
  • L'idée que l'arrêt de cette utilisation de la dialectique à la Socrate, dans le Ménon, sera la marque d'un changement épistémologique (ἐπιστήμη), ce qui nous replace sur les brisées de Foucault.

Thèses des Nominales sur les universaux

- Les thèses avancées :

  • "⟨ThN1⟩ , nous nous accordons à penser que les universaux comme les genres et les espèces sont des noms [i.e.: de niveau [⚤]]; deuxièmement
  • ⟨ThN2⟩ , nous posons contre l’opinion des Reales que rien n’est en dehors du particulier» (nihil est praeter particulare)." p. 173

Si je considère les nominales dans la voie des mots, je comprends ⟨ThN2⟩ comme le fait chaque existant en ♧ a sa substance propre (et ne participe pas d'une substance universelle)... À vérifier.

"Ce texte prouve qu’il y a bien une opinion des Reales à laquelle s’opposent les Nominales. Cette opinion ThR2⟩ peut être reconstruite ainsi : «Il y a quelque chose en dehors du particulier» (aliquid est praeter particulare). C’est-à-dire une thèse affirmant, comme Aristote dans les Seconds Analytiques, mais sans connaître ni le texte, ni le contexte de cette affirmation, qu’il y a une «unité sortie de la pluralité», (unum praeter multa) et que cette unité «à part» est l’universel. Plusieurs témoignages confirment que les Nominales professent une thèse nominaliste sur les universaux : Godefroid de Saint-Victor, dans son énumération des sectes du XIIe siècle, leur attribue la thèse que le «genre est un nom» (genus est nomen)." p. 173

Si j'interprète correctement le texte, sans le tordre à mes propres vues, il vient que les Nominales récusent le niveau ♢ où, précisément, l'intellect agent aurait pu créer des "genres substantiels" dans un enchaînement de "participations" : ♡ .

- Donc pas de méréologie ?

- Je découvre le texte comme toi, suivons le guide.

"Cette thèse ⟨ThN1⟩ est liée au problème de la prédicabilité de l’universel, i.e. à la question de savoir ce qui fait de l’universel un prédicable." p. 173

Bon, ça semble cohérent : les Nominales se situent pleinement dans la voie des mots et s'il y a langage à développer, se sera uniquement au niveau [⚤], reste à savoir :

  • s'ils envisagent le mode intermédiaire ♧;
  • s'ils sont en R ou R.

Avec une confirmation, page suivante :

  • "⟨ThN3⟩ : «Dans la prédication, un terme est prédiqué d’un terme, et non pas une chose d’une chose.» Le texte no 22a d’Iwakuma-Ebbesen, i.e. l’Anonyme de Munich (ms. Clm 14458, f o 56rb) dit en ce sens : «À la différence des Reales qui disent que la prédication consiste à prédiquer une chose d’une chose (rem de re), nous disons qu’elle consiste à prédiquer un terme d’un terme» (terminum de termino). Cette alternative renvoie de nouveau à un texte aristotélicien, cette fois disponible, le Peri hermeneias, et à la nécessité d’interpréter la définition de l’universel qui y est proposée : Universale est quod est natum praedicari de pluribus." p. 174

- Je m'étonne de cette compartimentation stricte : pourquoi s'interdire de parler en [⚤] d'une chose en [♻] ?

- Peut-être que les Nominales surdéterminent la méthode néoplatonicienne qui, à ce que j'avais compris précédemment, consistait à "abstraire" la forme singulière des objets —i.e.: (forme+substance) selon un principe hylémorphique— ce que nous avions bien repéré par ♧/♡ ? D'ailleurs la formule Universale est quod est natum praedicari de pluribus ne s'y oppose pas. Suivons de Libera pour voir ce qu'il en est.

"La troisième thèse fondamentale des réalistes est donc ⟨ThR3⟩ : «Dans la prédication une chose est prédiquée d’une chose, non un terme d’un terme.» On peut se demander en quoi ⟨ThR3⟩ peut bien apparaître comme une interprétation plausible d’Aristote. Ne va-t-il pas de soi que non seulement une chose ne peut être prédiquée, mais qu’Aristote lui-même ne saurait avoir envisagé, même une seconde, la possibilité d’une telle prédication ?" p. 174

J'avoue être un peu perdu : nous avons là une reconstruction de la ⟨ThR3⟩ (sans doute non archivé) comme dual de ⟨ThN3⟩ mieux documenté; mais la reconstruction me laisse dubitatif, d'autant plus, qu'effectivement, et c'est ce que nous venons de voir : "Ne va-t-il pas de soi qu'[...]une chose ne peut être prédiquée"...

 - Nous touchons sans doute du doigt la difficulté de l'archéologie philosophique touchant cette période.

- De Libera s'en sort par la bande, en se référant à au texte l'Ars Meliduna  le plus abouti de la secte des   Melidunenses (parmi les Reales), dont je te fais grâce pour aboutir à ceci :

"la discussion porte sur les termes et les choses au sens de «signifiés des termes». Le débat des Nominales et des Reales ne porte donc pas brutalement sur la question de savoir si la prédication joue entre des choses ou des mots, mais si ce qui est prédicable est le terme lui- même ou le signifié du terme." p. 175

D'un coup tout s'éclaire ! nous n'en sommes plus à chipoter sur le niveau suivi ([⚤] ou [♻]) dans la voie des mots R↑ ou R↓, mais à se disputer sur la voie suivie, entre :

  • celle des choses (a priori R) néoplatonicienne ou
  • celle des mots (a priori R) platonicienne !

- Et sur quoi bases-tu cette brillante déduction ?

(b)- J'ai mis 2 jours à l'expliquer à R-Claude (voir ici dans "Les automatismes de répétition") ! Il faut élargir notre représentation de l'Imaginaire en y incluant les bords :

A   B
[∃]♡    /[⚤]♡   →   [#]♡  [♻]/♡   → [∅]
     
       
     
[∃]♧   /[⚤]  →   [#]♧   [♻]/♧ →   [∅]
D   C
  • Lorsque tu es dans la voie des choses  ; le bord de [⚤] est [∃]. : l'existence de l'objet endeça de ton Imaginaire, dans le "Réel" : le référé "réel" du signifiant;
  • Lorsque tu es dans la voie des mots , le bord de ♧ n'est autre que ∃ les "vocales" que nous venons de voir ici (a).

- Mais à cette époque, personne ne faisait la différence entre l'existence, hors Imaginaire, infra-langage si je puis dire, et la "substance" en réponse à une question, au-delà du langage (et de la logique du 1er ordre) au niveau [♻]...

- Sans doute, mais l'intention est bel et bien là, et dicte la voie suivie. Or ici,

  • Celle des Reales, comme de Platon est de se référer aux "choses" hors de la représentation,
  • Celle d'Aristote, des néoplatoniciens et des Nominales est d'arriver à un "prédicable". 

- C'est intéressant nous aurions donc, une réplique entre Reales / Nominales de la partie jouée entre Platon/ Aristote ?


Le 25/ 11/ 2025 :

- Pas si simple :

"Selon l’Ars Meliduna, les partisans de la prédicabilité des seuls termes, autrement dit les Nominales, s’opposent à Aristote, et ce parce que leur thèse revient à affirmer que «seuls les termes sont universaux ou singuliers», ce que nie Aristote." p. 175

- On peut poser que : 

  • Aristote parle de l'objet constitué comme "objet de discours" (substance + forme) en ♧;
  • Les Nominalistes s'en tiennent
    • aux termes singuliers en ∃↑♧
    • aux termes singuliers en ♡

"La question est ainsi de savoir si

  • ce qui est prédiqué, c’est le terme signifiant «substance, animée, sensible», à savoir le terme animal prédiqué d’un autre terme, par exemple Socrate, dans «une proposition vraie, affirmative, au présent, au moyen du verbe substantif», c’est-à-dire de la copule est – une telle proposition étant vraie si les deux signes linguistiques sont coréférentiels, i.e. renvoient à la même chose singulière –, ou si
  • ce qui est prédiqué, c’est le signifié du terme «animal» considéré comme une chose, une réalité (quel que soit le type de réalité recouvert par le mot «réalité», par exemple une forme), prédiquée d’une autre chose (par exemple la chose singulière signifiée par le nom propre «Socrate»), au moyen du verbe est, signifiant ici non plus l’identité entre deux termes coréférentiels, mais l’inhérence d’une forme caractéristique à une chose singulière." p. 175

Chose intéressante : on voit apparaître une discussion sur le verbe être, qui se poursuivra à "L'Âge Classique". Foucault parlait déjà à cette occasion d'une organisation ternaire des signes...

"Depuis le stoïcisme, le système des signes dans le monde occidental avait été ternaire, puisqu'on y reconnaissait le signifiant, le signifié et la «conjoncture» (le τύγχανον)."

- Et tu te demandes s'il ne faut pas faire le rapprochement avec la Sainte Trinité : 

  • Le fils (par scissiparité ou participation) : le signifiant;
  • Le Père : le signifié;
  • Le Saint-Esprit : la copule "être".

- Avoue que c'est cohérent, non ? En tout cas, chez les Reales, la structure du système de signes colle avec la Sainte Trinité : (Note 8)

Doctrine   Père   prédicat   signifié
            copule espèces  genre
Fils   Saint-Esprit   signifiant   est

Tu peux l'interpréter dans le cadre de la théorie hylémorphique d'Aristote :

  • En ♢ on peu médiatiser les catégories par une relation d'appartenance type espèces ⊂ genre;
  • L'objet en ♧ "est" i.e.:  (forme substance) dans ♡♻ ou ♢;
  • Le prédicat en ♡ s'exprime par "l'objet est forme+substance" dans la passage ♧/;
  • L'expression est actualisée en ♧ dans le passage ♡.

- On peut même repérer sur ton schéma les deux discours Reales & Nominales

  • Pour les Reales : "est" se situe en ♧ ;
  • Pour les Nominales : il s'agit d'une égalité entre deux termes (a est b <=> a=b) dans le seul fil de discours de niveau [⚤]; considéré, éventuellement comme une articulation syntaxique, en ♢.

Retenons de tout ceci que :

  • Les Reales sont dans R, partant de  ;
  • Les Nominales sont dans R, partant de  .

Problèmes méréologiques 

- J'espère que tu es assez à l'aise maintenant avec la différence essentielle entre niveau [⚤] et niveau [♻] pour comprendre que si l'idée de "partition" est de niveau [♻] donc allant de soi pour les Reales, (i.e. le "tout" est donné avant les parties") il n'en va pas de même pour les Nominales (i.e.: qui partent des seuls éléments vocaux en ♧). Et c'est un problème qui va occuper toute l'époque médiévale :

"Dès la réponse de Syrianus aux critiques aristotéliciennes de la théorie des Idées, le rapport tout- parties a joué un rôle central dans la discussion de l’hypothèse d’un universel séparé. La méréologie n’est plus jamais sortie de l’histoire des universaux. On a vu tantôt quelle place elle tenait dans le nominalisme de Goodman. Il faut dire maintenant quelle place elle tient dans la philosophie médiévale. Il suffit, pour cela, d’évoquer Guillaume d’Occam, dont on marquera ainsi, par avance, l’originalité." p. 176

Et nous arrivons vite au problème du choix en mathématique :

  • "Dans le nominalisme classique d’un Locke ou d’un Hume : ceux- ci considèrent que l’objectivité de la ressemblance entre les choses singulières (inter res), qui rend inutile l’existence d’universaux in rebus, a un statut fondationnel irréductible ;
  • pour Occam, au contraire, «l’appréhension de la ressemblance, loin de fonder la subsomption de deux objets sous un même concept spécifique, la présuppose», en sorte que, chez lui, à l’opposé de ce que soutiendra la philosophie des ressemblances de Locke jusqu’à Price, «c’est plutôt que l’inverse»" p. 177

Occam a tout de suite mis le doigt là où ça fait mal : toute démarche "immanente", de type R nécessite un choix du Sujet de type 𓁝♡♢𓁜 afin de fixer le cadre de son expression. Bien que l'axiome de choix défrise bon nombre de matheux, il faut quand même choisir une algèbre  𓁝♡𓁜, une topologie 𓁝♡##𓁜 ou une métrique 𓁝♡𓁜 pour s'exprimer. C'est particulièrement évident en cohomologie (sur ).

Or donc, c'est ce que nous retrouvons ici chez Occam, et c'est un point de repère historique important à relever. Apparemment, il s'agit ici d'une reconstruction de la philosophie de la notion de "cospécificité" chez Occam faite par Panaccio, 

"qui lui permet de mettre à contribution à la fois les particularités majeures de l’ontologie d’Occam (essentialisme, substantialisme, hylémorphisme) et la notion de similitude maximale (sur laquelle repose la définition de la cospécificité), «relation objective d’équivalence (réflexive, donc symétrique et transitive), entre les parties essentielles» (constitutives) «de certains êtres individuels distincts». Or, et c’est là le décisif, la notion de similitude maximale ainsi comprise est méréologique. Indépendante du substantialisme et de l’hylémorphisme, elle peut ainsi être conservée dans le seul cadre d’un essentialisme méréologique, et, «quelle que soit l’ontologie sur laquelle on la greffe», fournir encore aujourd’hui une réponse occamiste aux difficultés rencontrées par la notion classique de ressemblance. Cela ne signifie pas que l’occamisme soit un essentialisme méréologique, mais que l’essentialisme méréologique est le noyau dur de l’occamisme." p. 177-178

Pour la première fois, nous voyons apparaître la notion de symétrie !

- Occam serait sur le cross-cap, en [#]?

- On se calme ! Non, il est toujours sur   , dans la voie des mots, il s'agirait donc ici de principes syntaxiques, en ♢. Elle est donc ici, la réponse des Nominalistes à l'approche ontologique des Reales... Avec une possible déprise du carcan de l'Église, (note : la vie même d'oscar n'a pas été de tout repos; voir ici...)

Roscelin et le vocalisme 

- Il est ici question des rapports tout/ parties et un/ multiple.

- Il y a de quoi se perdre entre

  • Les voies suivies R← / R↓ et
  • Les niveaux où nous nous situons [⚤] ou [♻].

- Effectivement, et nous ne sommes pas déçus du voyage :

"Le point de départ est le De differentiis topicis de Boèce et les commentaires boéciens de Catégories, 6. La thèse de Boèce, qui sert ici de référence principale, est la proposition du Commentaire sur Catégories, 6, où il explique : «Dès qu’une chose est, elle est soit un, soit plusieurs» (unum vel plures)." p. 178

- Remarque qu'il ne peut pas faire beaucoup mieux comme lapalissade !

- Non, tu ne regardes pas où il faut : la question porte ici sur l'être, en ♧.

- Donc une "multitude de parties" ♧𓁜𓁝♢  ou le tout lui-même ♢𓁜 ?

"Certains lecteurs médiévaux comprennent que, dès qu’une chose est, «elle est quelque chose d’un, en tant que simple [donc ici en ], et plusieurs choses, en tant que composée» [donc notre tout décomposable en ] ." p. 179

- C'est ce que toi, tu comprends, avec les Reales, mais un Nominaliste va penser "multitude d'éléments" en ♧𓁜; et là il va y avoir dispute sous l'arbre à palabres...

"D’autres déplacent le problème du niveau des choses à celui des mots. Dire qu’une chose est un, c’est dire qu’un certain terme, par exemple le nom propre «Socrate» [un signifiant en ]  «appelle», c’est-à-dire dénote une chose individuelle, qu’il «a un seul appellatum»."  p. 179

J'ai l'oeil tiré par ce "dénote" qui me renvoie immédiatement à Lévi-Strauss pour qui le récit mythique "connote" un Symbole.

- En posture 𓁝 par rapport au symbole, si je me souviens bien ?

- Oui et si l'on garde la même structure "mythique", c.-à-d. la possibilité de connoter un objet donné par divers noms (comme une pomme peut être étiquetée "pomme", "apple" en Anglais ou "苹果" en Chinois); il faut alors comprendre :

quiddité    
     
nom   objet

Mais il y a d'autres chemins possibles :

"Dire qu’une chose est plusieurs, c’est dire qu’un autre type de terme, par exemple le nom «peuple», dénote plusieurs choses, qu’il a «plusieurs appellata» (Anonymus D’Orvillensis, ms. Oxford, Bodleian, D’Orville 207, f o 7rA)." p. 179

Autrement dit, en prolongeant jusqu'en ♢, tu peux passer d'une multitude d'objets d'une espèce (ou d'un genre donné) à désigner l'espèce ou genre en question en tant "qu'objet substantiel de discours" :

quiddité    
  espèces  genre
nom   objet

Mais je m'éloigne du texte : de Libéra parle de dénoter en posture 𓁜; ce qui en ♧𓁜 laisse le Sujet à la limite réelle de son Imaginaire, et nous ramène à la discussion de ce matin (b)

  • En R : l'intention dans la voie des choses : [∃][⚤]𓁜 ;
  • En R : l'intention dans la voie des mots : 𓁜.

À noter que la position d'objet final du référé permet d'y associer autant de référants que l'on veut.

- Reviens au texte !

- D'accord, mais tu vois la plasticité de notre Imaginaire qui peut discuter pratiquement à l'infini des diverses situations. De Libera nous parle d'un cas extrême :

"La thèse de Roscelin, selon laquelle «tout» n’est qu’un mot et aucune chose n’est constituée de parties, a souvent été tournée en dérision, notamment par son élève Abélard.
[...]
«Estimant dans sa dialectique qu’aucune chose n’a de parties, il [Roscelin] ruine la Sainte Écriture avec une telle impudence que, dans le passage où il est dit que le Seigneur mangea une partie d’un poisson grillé (Lc 24, 42), il est forcé de comprendre qu’il s’agit d’une partie de cette expression «poisson grillé» et non d’une partie de la chose.»" p. 179

C'est une position malgré tout intéressante, car elle revient à l'idée originelle de Parménide concernant l'idée d'insécabilité de l'être. Ce faisant, il reporte le problème au niveau [⚤], mais nous avons déjà dit les limites de l'exercice...

"Le vocalisme de Roscelin, réduisant les universaux à des flatus voci, [donc en ], est considéré comme le point de départ historique de la querelle des universaux. Mais ce qui compte, en réalité, c’est que l’affirmation vocaliste porte sur la nature des touts et sur le lien établi explicitement avec la thèse selon laquelle aucune chose n’est constituée de parties, i.e. selon laquelle il ne faut pas prendre comme une «chose» distincte de ses parties le tout qu’est une maison, autrement dit comme une chose qui resterait la même chose en cas d’ablation d’une de ses parties. La thèse de Roscelin est qu’une maison dont on a ôté le toit ne s’appelle plus «maison», mais « maison- incomplète »." p. 180

Tu remarqueras au passage que "maison-incomplète" implique la possibilité de "compléter" la dite "maison-incomplète", sinon la locution n'a aucun sens...  Mais nous ne sommes pas là pour discuter philo, juste à tester notre topologie... De Libera poursuit avec Abélard élève critique de Roscelin :

"Pour Abélard, les noms s’attribuent aux choses selon leur signification, c’est-à-dire selon la définition de la chose, par exemple, pour homme, «animal, sensible, raisonnable, mortel », c’est- à-dire selon l’essence de la chose, qui persiste indépendamment de l’altération qualitative ou de la diminution quantitative subie, au long du temps." p. 181

Nous retrouvons ici, dans l'exercice de la définition, une articulation des mots entre eux, d'ordre syntaxique en ♢ ; sur le mode additif, et potentiellement indéfini «animal, sensible, raisonnable, mortel mammifère, engendré, possédant un ADN, etc...», irréductible à une "participation" en ♢.

- Bon, OK, je crois que l'on a fait le tour, non ?

- Oui, de Libera anticipe un peu sur une topique du tout. Restons sur ceci :

"Un contemporain de Roscelin, Garland le Computiste, distingue en ce sens le tout intégral et le tout universel, et Abélard lui-même l’utilise abondamment."

Nous y reviendrons au siècle suivant.

L'aporie méréologique du sujet de la rationalité 

La question du tout/ partie trouve une résonance dans la distinction âme/ corps; à savoir:

  1. Est-ce l'âme ou le corps qui est le siège de la "raison;
  2. l'âme est-elle multiple (un corps / une âme) ou bien une, opposée à la multitude des corps.

La discussion se développera au XIII è, mais de Libera le note juste ici pour indiquer qu'elle trouve ses prémisses plus tôt.

"Ici, il suffit de noter que les médiévaux ont toujours eu des difficultés à confronter l’Arbre logique de Porphyre avec la réalité physique. Que ce soit au niveau de la distinction entre deux types de touts ou à celui de l’aporie du sujet de la rationalité, le rapport inconsistant du logique et du physique au sein de l’univers porphyrien a été mis dans une lumière spéciale par les problèmes méréologiques, indépendamment ou en complément de ce que les médiévaux pouvaient développer dans le cadre tout différent, principalement appuyé sur les premiers chapitres des Catégories et du De interpretatione, des rapports entre mots, concepts et choses.
Il est temps d’en venir à Abélard.
" p. 185

- J'allais le dire !

- Amen

Hari

Note 1 : du 24/ 11/ 2025

- Je le note au passage :

  • si la raison "suffisante" est subordonnée à un principe supérieur (soit l'existence de Dieu, une propriété universelle, voire un principe de conservation) au niveau [♻];
  • la raison "nécessaire" doit se trouver du côté [⚤].

- Qu'as-tu en tête ?

Basile Pillet - Cohomologie des figures impossibles
Basile Pillet

- Le raisonnement cohomologique : une cochaine peut être vue comme une "contrainte" restreignant des potentialités, autre façon de parler de raison "nécessaire". Repense au triangle de Penrose de ce point de vue. (voir ici)

De ce point de vue, une "cause" pourrait être assimilée à une "raison nécessaire".

- Questions de vocabulaire qu'il serait bon de clarifier... Perplexity renvoie la discussion cause/ raison (voir lien) à :

  • Aristote
  • Descartes
  • Leibniz
  • Schoppenhauer
  • Kant

Il faudrait balayer tout ce spectre académique pour présenter une thèse à peu près sérieuse !

Note 2 :

- Pense par exemple en Méca Q aux interactions entre fermions exprimées comme des échanges de bosons. Il y a bien là une "objectivation" sous forme de boson de la "cause" d'une mutation entre deux états. 

Note 3 :

Je ne voudrais pas m'appesantir plus que nécessaire sur le débat, mais enfin lorsque, toujours dans le Banquet, il est question d'amour, il s'agit encore de rapports masculins. Et si Socrate pratiquait sa maïeutique, accouchant métaphoriquement de jeunes hommes, sa femme Xanthippe, qui lui donne effectivement trois fils est juste qualifiée d'acariâtre... 

— 🤖 : Dans Le Banquet de Platon, l’amour évoqué concerne principalement les relations entre hommes, sous la forme du «paiderastia» grec : l’amour entre un homme mûr et un jeune garçon considéré comme modèle éducatif et affectif dans la société athénienne. Les discours font l’éloge de l’amour masculin, vu comme le plus noble et spirituel, notamment dans les interventions de Pausanias, Socrate et Agathon (lien)

Note 4 :

Par curiosité, j'ai poussé un peu mes recherches, toujours via Perplexity, pour voir si les "gender Studies" à la mode américaine donnaient quelque chose d'intéressant (lien). Oui, mais a priori n'allant pas jusqu'à lier l'idée de "substance" à la gestation elle-même. À tout hasard, j'ai envoyé un email à l'adresse de Cornelia Möser, philosophe, Chargée de recherche CNRS, HDR, qui sait ?

Note 5 :

Boèce rédige des traités théologiques sur la Trinité, la personne du Christ et contre Nestorius et Eutychès, ici dans son Opuscula sacra vers 519‑524 ici).

À rapproché de la foi trinitaire adoptée au concile de Nicée en 325 voir ici et ici.

Note 6 :

C'est le moment de replacer mon couplet sur Lao Tseu : (voir "Lao Tseu dans un miroir")

"Trente rais se réunissent autour d’un moyeu. C’est de son vide que dépend l’usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases. C'est de son vide que dépend l'usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage vient du non-être." (Tao Te King)

Note 7 : du 27/ 11/ 2025

- Ce matin, en repensant à cette idée saugrenue de la "partogénèse de Jésus", qui m'était venue, je me suis fait cette réflexion : dans les 10 catégories d'Aristote, il n'y a aucune catégorie sexuelle spécifique ! 

— 🤖 : Les dix «praedicamenta» :

  • Substance (οὐσία, ousia)
  • Quantité (ποσόν, poson)
  • Qualité (ποιόν, poion)
  • Relation / le relatif (πρός τι, pros ti)
  • Lieu / endroit (ποῦ, pou – «où»)
  • Temps / moment (πότε, pote – «quand»)
  • Position / posture (κεῖσθαι, keisthai – «être placé»)
  • État / possession (ἔχειν, echein – souvent rendu par «avoir», «être chaussé, armé», etc.)
  • Action (ποιεῖν, poiein – «faire»)
  • Passion / affection (πάσχειν, paschein – «subir, être affecté»)

J'ai insisté :

— 🤖 : Aristote situe la différence sexuelle dans un système de contrariétés :

  • le mâle est associé au chaud, à l’actif, à la forme et au principe moteur (il fournit la semence qui donne la forme), tandis que
  • la femelle est associée au froid, au passif, à la matière (elle fournit le matériau nourricier, le sang menstruel).

Cette opposition ne définit pas deux espèces, mais explique les rôles différents dans la génération et les caractéristiques physiques et psychologiques distinctes. (voir lien)

Où l'on retrouve sa théorie hylémorphique : l'objet est la réunion (substance + forme), avec quelques conséquences qui perdurent dans nos cultures actuelles:

— 🤖 : Cette théorie biologique et métaphysique conduit Aristote à affirmer une infériorité naturelle de la femelle, qu’il décrit parfois comme un «mâle manqué» ou «défectueux» en raison d’un développement embryonnaire incomplet (manque de chaleur). Toutefois, il reconnaît aussi que la femelle remplit une fonction naturelle nécessaire à la reproduction et à la vie de l’espèce. Ces vues ont profondément marqué la philosophie médiévale et la pensée occidentale sur les sexes.

Dans ces conditions, ils était difficile d'associer Jésus à quelque chose d'aussi éloigné de Dieu que la "substance" et la corruption du monde sublunaire... 

Note 8 du 28/ 11/ 2025 :

- Par curiosité, j'ai regardé ce qu'il en était du verbe "être" tel que nous le comprenons en Occident Chrétien comme construction onto-logique, et ce qu'il en est dans des cultures proches par un accord sur un même principe unitaire en ♡ —mais sans Christ révélé— à savoir les Hébreux et les Arabo-Musulmans. Suivre le lien vers Perplexité).

Je trouve intéressant l'absence d'équivalent d'une constitution ontologique du verbe "être" en ♧; mais uniquement (et éventuellement), comme copule logique de niveau [⚤].

À remarquer particulièrement :

  • En Hébreu : la copule entre un sujet et un prédicat comme 3e personne (ce qui serait notre Sujet 𓁝𓁜 faisant la liaison);
  • En Arabe : la copule rendue par le concept "vide".

- Ne t'arrêtes pas en si bon chemin, quid des racines grecque et latine ?

- Il semble y avoir une racine indo-européenne qui ait transité jusqu'à nous. (voir lien)

"— 🤖 : ... Tout cela est antérieur au christianisme : les paradigmes de εἰμί/εἶναι en grec et de sum/esse en latin sont pleinement en place dans les textes pré‑chrétiens, et leur origine indo‑européenne est indépendante des débats théologiques ultérieurs.

Ce que le christianisme et la scolastique vont faire, ce n’est pas créer ces verbes, mais charger l’“être” – en particulier l’esse latin – d’une élaboration métaphysique et théologique (ens/esse, actus essendi, etc.) à partir d’un matériau linguistique déjà très ancien, où “être”, “devenir” et “se tenir” sont étymologiquement distingués mais aisément re‑articulables dans les constructions conceptuelles."

Et pendant que nous y sommes, terminons par Parménide :

— Q : Quels sont les vers exactes, en Grec de Parménide relatifs à son assertion "ce qui est est, ce qui n'est pas n'est pas", avec traduction littérale. Je m'intéresse aux divers sens de être".

— 🤖 : Le vers que tu vises est généralement localisé au fragment DK B2, où Parménide oppose deux «voies» : celle de ce qui est et celle de ce qui n’est pas.[1][2]
Ce qui se rapproche le plus de la formule «ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas» est la paire d’énoncés structurés sur
ἔστι / οὐκ ἔστι et surtout le syntagme ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι μὴ εἶναι, qui condense les diverses valeurs d’«être» (être, ne pas être, ne‑pas‑être).[1][2]

  • Fragment B2 : le cœur de l’alternative

Le début du fragment B2, dans une reconstruction standard, comporte notamment la séquence :  
- ἡ μὲν ὡς ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι μὴ εἶναι…[1]

Traduction littérale, mot à mot (en gardant la structure) :  

  • ἡ μὲν — «l’une (des voies), d’une part »  
  • ὡς ἔστιν — «comme (le fait) qu’(elle) est»  
  • τε καὶ — «et aussi»  
  • ὡς οὐκ ἔστι μὴ εἶναι — «comme (le fait) qu’il n’est pas [possible] de ne pas être» (litt. : «comme il n’est pas [le cas] de ne‑être »).[1]

On peut donc proposer une traduction très littérale de l’ensemble de la proposition :  
« L’une [des voies], à savoir comme elle est et comme il n’est pas [le cas] de ne pas être. »[1][2]
C’est ce membre qui est souvent «lissé» dans les traductions en français par une formule du type «la voie selon laquelle ‘ce qui est est’ et il est impossible que ce qui est ne soit pas», mais le grec joue réellement sur trois formes d’“être” : ἔστι, οὐκ ἔστι, μὴ εἶναι.[1]

  • Autres vers essentiels sur «être»

Deux autres fragments sont centraux pour les usages de ἐστίν / εἶναι chez Parménide :  

  1. B3 : τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι.[3][4]
    Littéral : «Car le même est (ἐστίν) à la fois (τε) penser (νοεῖν) et être (εἶναι). »  
  2. Une formule rapportée par Simplicius (souvent rattachée à B8) :
    χρὴ τὸ λέγειν τε νοεῖν τ’ ἐὸν ἐμμέναι· ἔστι γὰρ εἶναι, μηδὲν δ’ οὐκ ἔστιν.[5][6]
    Littéral : «Il faut que dire et penser se tiennent à l’étant (τὸ ἐόν) : car il est (ἔστι) [pour] être (εἶναι), mais rien en revanche n’est (οὐκ ἔστιν).»  

Dans ces vers, ἐστίν / εἶναι peuvent se lire à la fois :  

  • existentiellement (ce qui est, ce qui existe),
  • prédicativement (ce qui est tel),  
  • et presque «véridiquement» (ce qui est le cas),  

d’où la plasticité extrême du verbe «être» dans le poème, précisément au cœur de ton intérêt sur les divers sens de «être».[5][2] (pour les 20 sources suivre le lien)

- Il est intéressant de constater que nous avons déjà chez Parménide les deux niveaux [⚤] et [♻] clairement identifiés...

- Je crois qu'il y a là matière à méditations, nous y reviendrons certainement...

- Et tu te

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