- Dans la chaîne Bacon → Locke → Berkeley → Hume, nous en sommes au deuxième chaînon : Locke, totalement inconnu au bataillon, il faut bien le reconnaître.
- Qu'espères-tu en apprendre ?
- Vu que Bacon comme Descartes continuent à circuler sur le même ruban de Moébisu R↑ qu'Aristote, pas grand-chose de fondamental à vrai dire, quoique nous commencions à voir se dessiner une évolution intéressante au regard de notre topologie de l'Imaginaire.
- Je suis tout ouïe...
- En parcourant la querelle des universaux (i.e.: ce qui peut être dit de plusieurs), nous avons compris l'aporie du discours scolastique.
Depuis Parménide, tout "objet" de discours est singulier, et insécable, or donc comment un "concept universel" —comme l'espèce ou le genre— peut-il être "singulier" et s'appliquer à plusieurs ?
Il ne peut y être "dedans" puisque chaque sujet sensible, comment Socrate, qui il faut bien le dire est mis à toutes les sauces, pourrait-il être "partie de l'espèce "homme", puisque ce concept est lui-même singulier.
Réciproquement, "l'espèce homme" ne peut pas se déduire d'une "collection" de sujets sensibles, puisque en tant qu'objet de discours ce concept est singulier.
Bref nous avons pu, cependant, situer la place de ces catégories relatives à la substance, en ♢♻, dans ce schéma largement partagé tant par les Nominales que les Reales tardifs :
Schéma R↑ Aristote
♡⚤
♡♻
autres
catégories
♢⚤
⇙
♢♻
Substance
espèce genre
♧⚤
♧♻
Ce qui nous a permis ensuite de caractériser la révolution Cartésienne par une dualité assez claire entre ce qui relève :
En [⚤] : du discret tel que la logique, le temps séquentiel => la méthode;
En [♻] : ce qui caractérise l'objet => l'espace de la mesure.
- Du coup l'aporie scolastique disparaît corps et âme ?
- Oui, puisque Descartes décortique l'objet en autant de d'éléments que nécessaires pour en comprendre la "mécanique".
Ces fouilles m'ont permis de comprendre que l'espace en question relève plus de ce que nous considérons comme de l'analyse (un fil [♻] de notre trame Imaginaire torsadé par Leibniz et Newton, puis Riemann et Lebesgue), avec une "métrique" (à partir des "coordonnées cartésiennes") et une théorie de la "mesure".
- Rien à voir avec un quelconque intérêt porté aux "symétries" ?
- Non, il faudra attendre la théorie des groupes d'Évariste Galois et sa diffusion vers 1830 pour vraiment décoller de cet aspect "métrique".
- Et donc ?
- Repensant à Michel Foucault, j'ai bien en tête sa caractérisation de l'âge Classique par la mathèsis et la taxinomie, or nous l'avons déjà chez Descartes, c'est-à-dire en début de période.
- Et donc ?
- S'il y a "révolution" cartésienne", elle se situe à ce niveau : la prise de conscience de la différence temps/ espace, et non du côté du cogito qui est le contre-calque du canon déjà fixé au concile de Vienne : (j'en discute ici) (Note 1)
«Nous condamnons et réprouvons ceux qui soutiennent que l’âme rationnelle n’est pas la véritable forme du corps humain, par soi et essentiellement.»
Maintenant, la mathèsis n'est que le développement de la logique déjà définie par Aristote, un langage de niveau ♢⚤, ou l'on n'a aucun mal à situer au fil du temps, la mathématique selon Descartes ou la mathèsis selon Foucault.
Mais la taxinomie elle-même n'est pas sortie de rien : les tableaux de Francis Bacon appellent l'espace cartésien.
- Ah ! Tu arrives enfin à Francis Bacon !
- Oui, parce que finalement, et ce malgré sa méthode, Descartes part du mode sémantique (soit le Sujet intellectuel en ♡⚤ et Dieu comme principe unitaire en ♡♻) pour rendre compte de "l'essence" des objets. J'espérais, en remontant la chaîne de Hume, déjà rencontré en lisant les Mots et les Choses (cf. "De David Hume à Niels Bohr", vers Francis Bacon, qui met au premier plan d'expérience de l'objet, ce fameux basculement voie des mots— ⇅/ ⇆ —voie des choses ...
- Mais tu t'es rendu compte que lui aussi reste dans le circuit R↑. (cf. #1)
- Oui, effectivement. Ces tableaux pulvérisent l'objet singulier scolastique, sans que personne ne s'en émeuve, et son apport est repris du bout des lèvres par les philosophes "sérieux", sans lui en être gré, cependant il ne remet pas en cause le cadre aristotélicien.
- OK, merci pour ce point sur la situation, et donc Locke ?
— 🤖 : John Locke est un philosophe anglais du XVIIe siècle (1632‑1704), figure centrale de l’empirisme moderne, héritier critique de Francis Bacon et principal interlocuteur de Berkeley, qui radicalise et retourne certains de ses concepts (idée, substance, abstraction).[1][2][3][4][5] Qui est Locke ?
Né en 1632 près de Bristol, Locke est formé à Westminster puis à Christ Church (Oxford), dans un contexte d’Angleterre puritaine et de révolution scientifique (Boyle, Sydenham, Newton).[2][6][1]
Il enseigne à Oxford, s’intéresse à la médecine et à la physique, fréquente les milieux expérimentaux, puis devient le théoricien d’un empirisme postcartésien et d’un libéralisme politique fondé sur les droits naturels (vie, liberté, propriété).[6][2]
Ses œuvres majeures sont l’Essai sur l’entendement humain et les Deux Traités du gouvernement civil, qui influenceront fortement les Lumières françaises et la philosophie politique moderne.[7][2]
Locke dans la lignée de Bacon
Bacon élabore un empirisme tourné vers la méthode scientifique : critique des «idoles» de l’esprit, valorisation de l’induction et de l’expérience contre la scolastique aristotélicienne.[8][9]
Locke reprend ce geste de rupture avec la métaphysique spéculative : il veut fonder une «science de l’entendement» qui examine les limites de nos facultés et les conditions de validité du savoir, à partir de l’expérience sensible.[10][11][2]
Mais là où Bacon s’intéresse surtout à la méthode des sciences de la nature, Locke fait de l’empirisme un programme proprement épistémologique : analyse de l’origine des idées, critique des idées innées, théorie de la connaissance probable plutôt que démonstrative.[11][2][7]
Position entre Bacon et Berkeley
Historiquement, la séquence classique est : Bacon (méthode empirique), Locke (empirisme de la connaissance), Berkeley (idéalisme/immatérialisme), Hume (scepticisme empiriste).[4][11]
Locke soutient que toutes nos idées viennent de l’expérience (sensation et réflexion) et que l’esprit est au départ comme une tabula rasa, ce qui refuse les idées innées cartésiennes tout en conservant une ontologie de substances matérielles et spirituelles.[1][4][7]
Berkeley reprend cette base empiriste mais critique la notion lockéenne de substance matérielle et l’idéation abstraite : pour lui, être, c’est être perçu, et il se sert des prémisses de Locke pour les conduire à l’immatérialisme, contre la matière lockéenne.[3][5][4]
Tableau des filiations (Bacon – Locke – Berkeley)
Auteur
Période / rôle
Point central de l’empirisme
Position sur la matière / les idées
Bacon
Début XVIIe, méthode scientifique
Induction, expérience, critique des « idoles »
S’intéresse à la méthode, suppose un monde matériel à connaître.[8][9]
Locke
XVIIe, fonde l’empirisme classique
Origine empirique des idées, tabula rasa, critique des idées innées
Admet substances matérielles et spirituelles, idées comme médiation.[1][7][4]
Berkeley
XVIIe‑XVIIIe, avant Hume
Tout est idée perçue, refus d’idées abstraites
Nie substance matérielle, immatérialisme (être = être perçu).[4][5]
Autres filiations philosophiques
Par rapport à Descartes, Locke conserve un sujet pensant mais refuse les idées innées et la métaphysique de la clarté et distinction : il propose une théorie de la probabilité et de la croyance plus modeste.[2][7][10]
En politique, il s’inscrit dans la lignée du droit naturel (Grotius, Hobbes) mais transforme le contractualisme en fondement d’un libéralisme : gouvernement limité, séparation des pouvoirs, droit de résistance à la tyrannie.[6][2]
Pour les Lumières (Voltaire, les encyclopédistes), Locke devient la référence d’un empirisme modéré et d’un libéralisme qui articulent expérience, tolérance religieuse et critique de l’absolutisme.[7][2]"(Sources : suivre le lien)
Le 10/ 04/ 2026 :
- En lisant cette présentation, je me dis qu'après tout, Locke a peut-être inauguré cette transition voie des mots— ⇅/⇆ —voie des choses, il faut donc creuser un peu plus son "Essai sur l'entendement humain".
— 🤖 : L’Essai sur l’entendement humain (1690) est le grand ouvrage où Locke expose son empirisme : il y décrit l’esprit comme «table rase» et cherche à déterminer l’origine, la nature et les limites de notre connaissance.[1][2][3]
But et structure de l’ouvrage
Le projet est de fonder une «science de l’entendement» : savoir jusqu’où nous pouvons connaître, sur quoi porte réellement notre savoir, et où commence l’opinion ou l’ignorance.[3][4][5]
L’ouvrage comporte quatre livres : I) critique des principes et idées innées, II) origine et classification des idées, III) théorie des mots et du langage, IV) degrés et étendue de la connaissance (certitude, probabilité, foi).[5][1][3]
Locke nie l’existence de «principes innés», qu’ils soient théoriques (logiques) ou pratiques (moraux) : s’ils étaient innés, ils seraient universellement connus, ce qui n’est manifestement pas le cas (enfants, «idiots», diversité des mœurs).[6][7][1]
Même l’idée de Dieu n’est pas innée : elle résulte d’une réflexion sur l’expérience du monde et non d’une inscription préalable dans l’âme.[7][1]
Locke introduit la tabula rasa : l’esprit à la naissance est vide d’idées, qui viennent toutes de l’expérience, par deux voies seulement, sensation (monde externe) et réflexion (activité interne de l’esprit).[2][8][9][10]
Il distingue idées simples (données passivement, irréductibles) et idées complexes (construction active de l’esprit à partir des simples : modes, substances, relations).[11][1][3]
C’est aussi là qu’apparaît la distinction fameuse entre qualités premières (forme, mouvement, solidité, mesurables et réellement dans les corps) et qualités secondes (couleurs, sons, saveurs, qui n’existent que comme pouvoirs de produire certaines idées en nous).[2][3][11]
Locke analyse le langage comme système de signes de nos idées et montre comment l’imprécision des mots produit beaucoup de pseudo‑débats métaphysiques.[1][5]
Il insiste sur le caractère arbitraire des termes généraux et sur la manière dont l’esprit forme des idées générales par abstraction, thème qui sera au cœur de la critique de Berkeley.[5][1][2]
Locke définit la connaissance comme perception de l’accord ou du désaccord entre nos idées (identité/diversité, relation, coexistence, existence réelle).[3][11][1]
Il distingue la connaissance intuitive (évidence immédiate, par exemple le fait que je pense), démonstrative (par chaînes de raisons, comme en géométrie) et sensible (certitude limitée de l’existence des choses extérieures).[11][1][3]
Au‑delà de ces cas, nous n’avons plus que de la croyance ou de la probabilité, mais Locke refuse le scepticisme radical : il demande simplement que l’on reconnaisse les limites de la certitude et que l’on se contente d’un savoir probable en science.[3][11]" (Sources : suivre le lien)
- En fait, vous poursuivez le même but, non ?
- Il semblerait, mais avant d'entamer une discussion sur le fond, à quatre siècles de distance, concentrons-nous d'abord sur la structure de sa topologie Imaginaire : comment s'articulent le Sujet ♡⚤, Dieu, ♡♻, l'objet ♧♻ et la parole ♧⚤ chez lui ?
- Comme tu le découvres aujourd'hui, je te propose d'adopter une méthode très scolaire, un livre après l'autre, nous y réfléchirons ensuite.
Sur l'innéité des idées je retiens "le fait qu’il n’y ait pas d’idées innées ne veut pas dire qu’il n’y a pas de base commune, mais que cette base commune vient de l’expérience partagée, pas d’un contenu préinscrit dans l’âme",
Sur l'idée de Dieu, même approche immanente : "Dieu est accessible par la raison à partir de l’expérience, non par une idée innée ni seulement par la révélation." — 🤖 : En termes de syntaxe entropologique, Book I est très intéressant :
l’innéiste cartésien pose une structure symbolique déjà donnée,
Locke au contraire fait passer toute structuration (logique, morale, théologique) par le travail différé de l’entendement sur des matériaux empiriques."
- Il y a donc une véritable opposition à Descartes ?
- Oui et en lisant ceci, je repense à la dualité identité/ idempotence; qui m'avait beaucoup occupé à l'époque où je découvrais la théorie des catégories (Note 2).
- Je ne vois pas très bien où tu veux en venir ?
- En partant du haut (du mode ♡) Descartes démonte un "objet en éléments constitutifs déterminés, et pour le dire simplement vu ex post par le sujet : 𓁜, tandis que Locke revendique très fermement une "montée" à partir de l'expérience en ♧, l'objet étant appréhendé ex ante : 𓁝.
Pour en avoir une représentation un peu plus visuelle je te propose ce schéma : Locke—𓁝[objet]𓁜—Descartes.
Nous n'allons par remonter le fil jusqu'au bout, mais il est évident, à partir de là, que Locke va avancer à tâtons, et parler de façon rationnelle de "probabilités". Toujours pour t'en faire une idée : Locke—𓁝[∑p=[objet]=1]𓁜—Descartes.
Et puisque nous discutons ici de l'objet en [♻], dans une perspective de "géométrie de la mesure", le langage probabiliste va se déployer dans un espacede probabilités, dual de l'idée (temporel) de procédure en [⚤]: Locke—probabilités [♻]/[⚤] méthode—Descartes.
- J'ai orienté la discussion sur la question de l'éducation chez Locke, et demandé des précisions sur la dualité des qualités premières et secondes ((discussion ici).
Concernant le rôle de l'éducation, je retiens ceci :
"— 🤖 : Du point de vue de Locke, il n’y a donc pas d’«idée sans expérience» : il y a soit expérience directe, soit expérience médiatisée (témoignage, images, discours) qui réemploie des idées simples déjà issues de la sensation/réflexion pour construire des ensembles nouveaux; l’éducation est l’art de guider et discipliner ces constructions."
Concernant les qualités premières et secondes, j'ai en tête qu'elle doivent se situer en ♢
"— 🤖 : Locke appelle :
qualités premières celles qui sont «inséparables» d’un corps : extension, figure, mouvement ou repos, nombre, solidité; elles appartiennent réellement aux corps, qu’on les perçoive ou non, et les idées que nous en avons «ressemblent» à ces qualités (il y a une certaine homomorphie entre structure du corps et structure de l’idée).
Les qualités secondes (couleur, son, odeur, saveur, chaleur/froid, etc.) ne sont rien dans les objets eux‑mêmes «qu’un pouvoir de produire diverses sensations en nous» : ce qui existe dans le corps, ce sont toujours des arrangements de qualités premières (texture, mouvement des particules), lesquels causent en nous des idées de rouge, de sucré, de bruyant, qui ne ressemblent pas à quoi que ce soit de semblable dans la chose.
On pourrait dire :
les qualités premières sont «structurelles» et descriptibles en termes géométrico‑mécaniques;
les qualités secondes sont phénoménales, dépendantes du sujet, et ne renvoient qu’indirectement à la réalité corporelle, par la médiation de ces structures micro‑physiques.
Tableau : qualités premières / secondes chez Locke
idées «ressemblantes» :
la structure de l’idée
correspond à
la structure du corps.
Qualités
secondes
dérivés des 1ères
(couleurs, sons,
saveurs, odeurs,
chaleur, etc.).
Idées non ressemblantes :
pur effet subjectif
de structures
micro‑physiques.
Il me semble assez aisé de considérer :
En ♢♻ : les qualités premières;
En ♢⚤ : les qualités secondes.
D'où un rapprochement avec les catégories d'Aristote, que je tente de creuser :
"— 🤖 : Le parallèle avec Aristote est intéressant mais doit rester prudent :
Chez Aristote (Catégories), on a d’un côté la substance première (ce qui existe par soi, par ex. «Socrate»), de l’autre les accidents (quantité, qualité, relation, lieu, temps, etc.) qui «sont dans un sujet» sans être dits de lui essentiellement.
Locke ne reprend pas ce vocabulaire de substance/accidents au sens scolastique, mais son couple «qualités premières/secondes» peut être rapproché d’un découpage entre propriétés «fondamentales» et propriétés phénoménales : les premières ressemblent à des traits quasi‑substantiels (ce qui fait qu’un corps est corps dans une physique mécaniste), les secondes à des accidents sensibles, variables, dépendants de la relation au sujet.
Cependant, Locke reste dans une physique corpusculariste et non dans une ontologie des dix catégories : il ne cherche pas à classer tout ce qui est en genres suprêmes, mais à analyser comment certaines propriétés des corps expliquent causalement nos idées; la parenté est donc plus une analogie structurelle (fondamental / dérivé, réel / phénoménal) qu’une reprise directe de la logique catégoriale aristotélicienne."
La pêche est intéressante. fouillons d'abord ce duo fondamental/ phénomène :
"— 🤖 : Chez Locke, le duo « propriétés fondamentales / propriétés phénoménales » est une articulation verticale : les premières sont le plan de la structure réelle des corps, les secondes le plan des effets sensibles produits en nous par cette structure.[1][2][3][4]
Propriétés fondamentales : le plan structural
Les qualités premières (propriétés fondamentales) sont extension, figure, mouvement/repos, solidité, nombre, texture corpusculaire.[2][5][1]
Elles sont «inséparables» des corps : un corps ne peut pas exister sans avoir quelque taille, figure, position, mouvement ou repos; ce sont de vraies propriétés, indépendantes de la perception.[5][6][1]
Locke les pense sur un modèle mécaniste : ce qui existe objectivement, ce sont des corpuscules disposés et en mouvement; tout le reste se déduit ou se construit à partir de cette base.[7][8][9]
Propriétés phénoménales : le plan des effets sensibles
Les qualités secondes (propriétés phénoménales) sont couleurs, sons, saveurs, odeurs, chaleur/froid, etc.[3][1][2]
Elles ne sont «dans» les corps que comme des pouvoirs (powers, dispositions) à produire certaines idées en nous, lorsque leurs qualités premières agissent sur nos organes.[6][10][1]
L’idée de rouge ou de sucré ne ressemble à rien qui serait «rouge» ou «sucré» dans la chose; elle est un pur effet subjectif de la structure micro‑physique (granularité, mouvements, collisions des particules).[9][2][3]
L’articulation : de la structure à l’effet On peut schématiser ainsi :
Niveau 1 (fondamental) : corpuscules avec leurs qualités premières (taille, forme, mouvement, arrangement).[8][1][7]
Niveau 2 (causal) : ces qualités premières agissent mécaniquement sur nos organes sensoriels (impact sur la rétine, tympan, peau, etc.).[4][3][9]
Niveau 3 (phénoménal) : cette interaction engendre en nous des idées de couleurs, sons, saveurs, qui n’ont pas la même structure que la cause, mais qui sont systématiquement corrélées à elle.[2][3][4]
Le lien entre les deux termes du duo est donc :
Asymétrie ontologique : les propriétés fondamentales sont réelles et nécessaires à tout corps; les phénoménales sont dérivées et dépendantes du sujet.[10][6][2]
Dépendance causale : toute propriété phénoménale renvoie, en dernière analyse, à une combinaison de propriétés fondamentales (la «vraie» explication est toujours en termes de corpuscules, figures, mouvements).[7][8][9]
Hiérarchie épistémique : nos idées de qualités premières sont plus «fiables» (elles ressemblent à la structure objective) que nos idées de qualités secondes, qui n’en sont que des signes sensibles.[11][3][7]
Tableau de l’articulation
Dimension
Propriétés fondamentales (premières)
Propriétés phénoménales (secondes)
Statut ontologique
Réelles, dans les corps indépendamment de nous [1][6]
Dispositions/pouvoirs, dépendantes d’un sujet percevant.[6][10]
Il y a chez Locke des déplacement extrêmement intéressant pour la suite !
- Qu'as-tu repéré ?
- En gardant notre intuition de départ :
En ♢♻ : les qualités premières;
En ♢⚤ : les qualités secondes.
On peut reprendre les 3 niveaux fondamental/ causal/ phénoménal de cette façon :
Niveau 1 (fondamental) : corpuscules avec leurs qualités premières (taille, forme, mouvement, arrangement).
=> confirmation de ♢♻ : comme "espace de mesure"
Niveau 2 (causal) : ces qualités premières agissent mécaniquement sur nos organes sensoriels (impact sur la rétine, tympan, peau, etc.).
=> le passage ♢♻↑♡♻/♧⚤ comme au plus proche du Réel au sens où nous l'entendons avec Lacan c.-à-d. à la frontière de l'Imaginaire/ Réel : ☯∃♧⚤𓁜
Niveau 3 (phénoménal) : cette interaction engendre en nous des idées de couleurs, sons, saveurs, qui n’ont pas la même structure que la cause, mais qui sont systématiquement corrélées à elle.[2][3][4].
=> le passage du trauma du Réel à l'Imaginaire ♧⚤↑♢⚤
Avec un déplacement fondamental de la prise de conscience de l'objet en ♧⚤𓁜, permettant de placer complètement le "phénomène" c.-à-d. le rapport du Sujet à l'objet au niveau [⚤].
- Mais l'objet est toujours considéré comme "corpuscule" en ♧♻, non ?
- C'est là où Locke n'est plus fidèle à sa démarche ! Les propriétés fondamentales sont "Réelles, dans les corpsindépendammentde nous".
Par ailleurs, Perplexity revient plusieurs fois sur la couleur, d'où ma question suivante concernant Newton :
"— 🤖 : Oui : Locke connaît le travail de Newton, y compris sur la lumière et les couleurs, et il s’en sert implicitement comme arrière‑plan scientifique, mais en le réinterprétant dans son propre cadre empiriste. Connaissance historique
Locke et Newton se connaissent personnellement et partagent des amis communs (Boyle, notamment) ; ils échangent des lettres et appartiennent au même milieu intellectuel anglais de la fin du XVIIe siècle.
Locke lit le premier Principia (1687) et est au courant des recherches optiques de Newton, même si son exemplaire des Principia semble peu annoté, ce qui suggère une réception sélective plutôt qu’un travail détaillé de physicien.
Lien avec la théorie lockéenne des couleurs
Dans l’Essai, quand Locke prend l’exemple du rouge ou du blanc produit par une pierre, il explique précisément que la couleur n’est pas «dans» la chose, mais résulte d’une certaine texture de particules qui, via la lumière, produit en nous l’idée de rouge ou de blanc.
Cette manière de penser les couleurs comme effets d’une texture corpusculaire, médiée par la lumière, est compatible avec la physique newtonienne de la lumière, tout en restant formulée dans les catégories de la philosophie des qualités premières/secondes plutôt que dans le langage mathématisé de l’Opticks.
En résumé : Locke n’est pas un théoricien de l’optique comme Newton, mais il connaît ses découvertes majeures et les intègre indirectement dans son schème : couleurs comme qualités secondes, produites par la structure corpusculaire des corps et le jeu de la lumière sur nos sens." (Sources : suivre le lien)
Creusons encore pour voir d'où vient cet attachement à l'aspect corpusculaire des objets.
"— 🤖 : Locke reprend l’idée corpusculaire dans le climat général de la « philosophie mécanique » du XVIIᵉ siècle, mais surtout à travers Boyle, avec un arrière‑plan baconien et gassendiste.
Sources principales de l’hypothèse corpusculaire
La «philosophie corpusculaire» est déjà largement installée au XVIIᵉ siècle : elle explique les corps comme agrégats de petites particules (corpuscules) dotées de figure, taille et mouvement, sur un fond d’atomisme ancien (Démocrite, Épicure) réélaboré par Gassendi et transformé par Descartes.[1][2][3]
Locke est plongé dans ce milieu : il lit et fréquente Robert Boyle, qui développe une chimie corpusculariste et critique l’hylémorphisme aristotélicien; les travaux montrent que Locke possédait de nombreux ouvrages de Boyle et qu’il s’inspire explicitement de sa « texture » corpusculaire des corps.[4][5][6][7]
Boyle comme médiateur décisif
Boyle reformule l’atomisme en termes de «corpuscularian hypothesis» : les propriétés observables d’un corps (dureté, couleur, solubilité, etc.) dépendent de la structure interne de ses corpuscules (taille, forme, arrangement, mouvement).[6][8][9][1]
Les commentateurs soulignent que Locke hérite précisément de cette manière de penser : il reprend l’idée de «texture» comme essence réelle d’un corps (constitution interne) et l’utilise pour distinguer essence réelle et essence nominale, qualités premières et qualités secondes.[7][8][10][6]
Intégration dans la philosophie de Locke
Locke adopte la thèse corpusculaire comme «hypothèse» scientifique la plus intelligible du moment : elle permet de rendre compte des qualités sensibles par l’arrangement de corpuscules, sans recourir aux formes substantielles scolastiques.[3][10][11][12]
Dans l’Essai, lorsqu’il parle de «figure, taille, texture et mouvement des parties insensibles des corps», il reprend directement le vocabulaire corpusculariste de Boyle : ces traits sont les qualités premières, base structurelle à partir de laquelle se produisent en nous les qualités secondes.[2][8][10]
Si on le formule dans ta perspective : Locke ne «découvre» pas la corpuscularité, il l’importe comme modèle physico‑ontologique déjà constitué (chez Boyle, Gassendi, la mécanique moderne), puis il en fait la charpente cachée de sa théorie des idées et des qualités." (Sources : suivre le lien)
- Voilà qui est extrêmement clair ! Locke redéfinit le parcours d'Aristote, sans casser la structure Imaginaire fondamentale !
- Tu peux préciser ?
- Très simplement :
Locke
Schéma R↑ Aristote
Locke
Prédicat
♡⚤
♡♻
actuel
cause
↑
↑
actualisation
Propriétés 2e
niveau 3
autres
catégories
♢⚤
♢♻
Matière
espèce, genre
Texture
Propriétés 1ères
Abstraction (L)
↑
⇙
↑
Abstraction (A)
groupement
niveau 2
quiddité
♧⚤
♧♻
Sujet sensible
corpuscule
niveau 1
Sur ce schéma tu vois immédiatement en quoi Locke s'oppose à la théorie hylémorphique d'Aristote, tout en suivant le même chemin !
Il s'oppose : le groupement de corpuscules pour faire la texture de l'objet est l'inverse de l'abstraction de la matière à partir de la substance (= matière + forme) de l'objet sensible;
=> l'objet devient (texture + propriétés 1ères)
Il s'accorde : l'objet est la cause (actuelle) agissant sur nos organes sensoriels.
Ceci dit, le parcours de niveau [⚤] i.e.: ♧⚤↑♢⚤↑♡⚤ reste encore très actuel...
- Bref, il n'y a toujours pas de changement de voie [⚤]♧←[♻]♧ ?
- Il faut laisser le temps au temps...
- Mais Locke ne parle-t-il pas lui aussi d'abstraction ?
- Effectivement, mais au niveau [⚤]: il y a un glissement de sens conséquent. Il n'est plus question d'abstraire—(A) la forme du sujet sensible, puisque Locke récuse la théorie hylémorphique, mais d'effacer les variations entre objets —repéré chacun par un tissu de corpuscules associé à des propriétés premières- pour en abstraire—(L) des propriétés secondes, vus comme tirées de notre expérience... (Note 3)
- Et qu'est-ce qui coince d'après toi ?
- Locke n'a pas encore pleinement conscience des potentialités liées à la distinction local— 𓁝/𓁜—global. À ce propos, je voudrais approfondir la dualité onde/ corpuscule, car après tout l'expérience des fentes de Young n'est plus très éloignée (en 1802).
"— 🤖 : Robert Boyle est une des grandes figures de la « philosophie mécanique » du XVIIᵉ siècle : il fournit le modèle corpusculaire qui sert de toile de fond à Locke, tandis qu’en optique, la théorie ondulatoire de la lumière sera défendue surtout par Huygens.
Boyle : qui il est et son corpuscularisme
Boyle (1627‑1691) est un savant anglo‑irlandais, pionnier de la chimie moderne (The Sceptical Chymist) et grand promoteur d’une philosophie «mécanique» et corpusculaire de la nature.[1][2][3]
Il rejette les quatre éléments et les formes substantielles aristotéliciennes pour une hypothèse corpusculaire : tout corps est composé de petites particules de même matière, différenciées seulement par leur forme, taille, arrangement et mouvement.[2][4][5][1]
Il propose ainsi d’expliquer qualités et transformations (chimiques, physiques) uniquement par ces paramètres mécaniques, inaugurant un style d’explication qui influencera toute la science moderne.[4][5][6]
Influence sur Locke
Les travaux montrent que la philosophie expérimentale de Bacon et surtout l’hypothèse corpusculaire de Boyle ont été «essentielles» pour la construction de la philosophie de Locke : ce dernier reprend l’idée que nous n’atteignons que certaines propriétés des corps via leurs effets sur nous, tout en postulant une constitution corpusculaire sous‑jacente.[7][8][9]
Locke se sert de ce modèle pour distinguer
essence réelle (texture corpusculaire) et
essence nominale (ensemble d’idées que nous associons à un nom), ainsi que pour formuler la distinction qualités premières/secondes.[10][11][7]
En contraste : la théorie ondulatoire de la lumière
Au XVIIᵉ siècle, l’idée «corpusculaire» ne vaut pas que pour la matière en général : Newton lui donnera une version spécifique pour la lumière (théorie corpusculaire de la lumière).[12][13]
En face, la grande figure qui défend une théorie ondulatoire de la lumière est Christiaan Huygens (1629‑1695) : dans son Traité de la lumière (1690), il conçoit la lumière comme une onde se propageant dans un éther, formulant le principe qui portera son nom (chaque point du front d’onde est source de petites ondes).[14][15][16]
Historiquement, la théorie de Newton (particules de lumière) domine d’abord, et ce n’est que plus tard, avec Fresnel, que la théorie ondulatoire de Huygens sera pleinement reconnue.[16][12]" (Sources : suivre le lien)
— 🤖 : "Dans le Livre III, Locke propose une théorie «mentaliste» du langage : les mots sont des signes arbitraires de nos idées, et beaucoup de difficultés métaphysiques viennent d’un mauvais usage de ces signes plutôt que de problèmes réels des choses.[1][2][3]
Ce qu’il dit du langage
Les mots sont des sons arbitraires institués pour marquer des idées dans l’esprit, puis pour communiquer ces idées aux autres; il n’y a aucun lien naturel entre un son et une idée donnée.[4][1]
Les termes généraux ne renvoient pas à des «essences réelles» toutes faites dans la nature, mais à des idées générales abstraites que l’esprit forme en omettant certaines différences et en retenant un faisceau de traits communs (ce qu’il appelle essence nominale).[5][6]
Les disputes philosophiques viennent souvent d’un « abus des mots » : on parle avec des termes sans idées claires correspondantes, ou bien on prend les mots pour des choses (par exemple «matière», «substance») et on croit résoudre un problème en le renommant.[3][7][8]
Ce qu’il y a d’original
Il systématise, au cœur d’un traité d’épistémologie, une théorie du langage comme médiation nécessaire de la connaissance : le Livre III est inséré entre le traité des idées (Livre II) et celui de la connaissance (Livre IV), comme si l’on ne pouvait pas passer de l’un à l’autre sans clarifier la fonction des mots.[9][10][4]
Il pousse très loin le nominalisme : les espèces (par exemple «homme», «or», «triangle») sont des constructions de l’esprit fixées par des noms; la distinction d’espèces n’est pas une structure «écrite» dans la nature, mais un outil de classement dépendant de nos pratiques linguistiques.[6][5]
Il articule cette théorie à son empirisme : les mots tirent ultimement leur signification d’idées simples qui viennent de la sensation ou de la réflexion, et il réclame qu’on n’emploie aucun terme sans pouvoir lui annexer une idée claire.[2][1][4]
De qui s’inspire-t-il ?
Il hérite du climat baconien : Bacon dénonçait déjà les «idoles du marché» liées aux mots; Locke reprend ce thème et le radicalise en l’intégrant à une analyse générale des abus de langage.[11][3]
Il est proche, sur ce point, de Hobbes et de la grammaire de Port‑Royal : langage comme artifice, institution de signes pour fixer et communiquer des pensées, nécessité de définir clairement les termes pour éviter les sophismes.[12][4]
Mais il reste plus nettement empiriste : là où Port‑Royal s’adosse à une logique d’idées innées et à une grammaire générale, Locke renvoie constamment à l’origine empirique des idées que les mots marquent.[4][11]
Qui il a inspiré (Condillac, Bentham…)
Condillac reprend explicitement la thèse lockéenne : au départ, les mots doivent être rattachés à des impressions ou idées déterminées, et les confusions viennent de ce que l’on parle sans ce rattachement.[4]
Mais Condillac renverse le rapport : alors que Locke suppose des idées «pré‑linguistiques» auxquelles on rattache ensuite des mots, Condillac fait du langage une condition de constitution et d’articulation des idées elles‑mêmes.[4]
Plus tard, Bentham et d’autres théoriciens des «fictions» poursuivent, dans une veine lockéenne, la critique des entités verbales qui créent de faux problèmes (par exemple, traiter certains noms abstraits comme s’ils désignaient des réalités substantielles).[13]
La discussion avec Berkeley sur les idées abstraites
Locke décrit l’abstraction ainsi : à partir de plusieurs individus (ce cheval, ce cheval, ce cheval), l’esprit omet certaines différences (taille, couleur, etc.) et retient un noyau commun qu’il fixe sous un terme général («cheval», «triangle», «homme»).[5][6]
Berkeley attaque frontalement cette doctrine dans l’Introduction aux Principles of Human Knowledge : il soutient qu’une «idée abstraite» au sens lockéen est impensable (on ne peut pas se représenter un triangle qui n’est ni équilatéral, ni isocèle, ni quelconque, tout en étant un triangle déterminé).[14][15]
Pour Berkeley, nos idées sont toujours singulières et concrètes; ce qui est général, ce n’est pas l’idée elle‑même mais l’usage qu’on en fait avec un mot général, appliqué à différents cas particuliers selon une règle.[15][14]
Ainsi, il conserve quelque chose de Locke (arbitraire du signe, rôle central du langage), mais refuse la métaphysique d’«idées générales» comme entités mentales intermédiaires; cela s’inscrit dans sa critique plus large de la «matière» lockéenne et des pseudo‑entités produites par l’abstraction.[14][15]
Dans ta perspective de syntaxe entropologique, cette opposition Locke/Berkeley sur l’abstraction est cruciale :
chez Locke, l’abstraction est une opération de l’entendement sur le matériau empirique pour fabriquer des classes et des essences nominales;
chez Berkeley, c’est un «mirage» linguistique qui masque le caractère toujours singulier de l’expérience." (Sources : suivre le lien)
En lisant cette présentation, je repense aux Nominalistes, et plus précisément à Occam.
- Comme c'était déjà le cas pour Francis bacon ? (cf. ici dans #1)
Francis Bacon
R2↑
R1↑
Intellect
Livre de la Nature
Livre de l'Écriture
♡⚤
♡♻
♡♻∞
♢⚤
⇙
♢♻
⇙
♢♻∞
♧⚤
♧♻
♧♻∞
expérience
création
- Oui, tout à fait : les deux reprennent la distinction d'Occam entre ce qui relève du "langage intérieur", et l'expression des idées. Disons que dans la continuité de Bacon, Locke se dégage un peu plus de la "création de Dieu", en exprimant sous forme procédurale (i.e.: l'agrégation de corpuscules en texture) ce qui relève de la "substance" chez Aristote. A priori, mais nous y reviendront dans l'article suivant, Berkeley saute cette étape pour se limiter au langage lui-même : le lange intérieur "est pur langage".
- À ce sujet le renversement opéré par Condillac —abondamment cité par Foucault dans Les mots et les choses— me semble aller dans le même sens que Berkeley, non ?
— 🤖 : "Il y a clairement des convergences entre Condillac et Berkeley sur le rôle du langage dans la formation des idées, mais plutôt au niveau de «problèmes communs» et de diagnostics proches que d’une filiation directe bien documentée comme pour Locke–Condillac. Historiquement, Condillac se présente surtout comme le continuateur de Locke, mais sa manière de recentrer tout sur le langage le rapproche de certaines intuitions berkeleyennes.
Points d’accord de fond Condillac / Berkeley
Tous deux refusent l’idée d’«idées abstraites» au sens fort de Locke : des contenus mentaux généraux, séparables des cas particuliers; Berkeley le critique explicitement, et Condillac, dans sa pratique, ramène systématiquement les contenus de pensée à des transformations de sensations concrètes.[1][2][3]
Tous deux donnent au langage un rôle constitutif très fort : Berkeley montre comment nos habitudes linguistiques nous font croire à des entités abstraites (triangle en général, matière, etc.), et Condillac soutient que l’usage des signes est le principe qui développe la «semence» de toutes nos idées et des opérations de l’esprit.[2][3][4][5]
Dans les deux cas, le langage est à la fois la condition de la pensée «élevée» (raison, généralité) et la source de mirages : mauvaises abstractions, entités verbales, «fictions» métaphysiques.[3][4][5][2]
Divergences importantes
Condillac est d’abord un «lockéen» radicalisé : il se présente comme un supplément à Locke, reprend l’anti‑innéisme et l’origine empirique des idées, mais va plus loin en ramenant toutes les opérations mentales à la sensation et en faisant du langage le principe de leur développement.[4][5][6][7]
Berkeley, lui, reste centré sur la question métaphysique de la matière et de l’immatérialisme : le travail sur le langage (contre les idées abstraites, contre certains usages de termes comme «matière») sert principalement à dissoudre le réalisme matériel et à défendre que « être, c’est être perçu ».[8][2][3]
Condillac n’adopte pas l’idéalisme de Berkeley : il reste attaché à une âme substantielle et à un monde extérieur, même si tout le contenu de la vie mentale est reconduit à la sensation et aux signes; son «sensualisme» est plus psychologique et analytique que métaphysique.[5][9][4]
Filiation ou non-filiation ?
La filiation explicite, Condillac la revendique avec Locke : son Essai sur l’origine des connaissances humaines est explicitement présenté comme un supplément à l’Essay, et il discute Locke sur le rôle du langage (en lui reprochant de le traiter trop tard, après les idées).[6][10][5]
Pour Berkeley, la situation est différente : il réagit lui aussi à Locke, mais plutôt en Angleterre/Irlande et avec un agenda théologique et métaphysique propre; la réception de Berkeley en France existe, mais elle est beaucoup moins massive et structurante que celle de Locke au milieu du XVIIIᵉ siècle.[10][11][8]
Les études contemporaines soulignent davantage des parallèles que des traces directes : Condillac se rapproche de Berkeley lorsqu’il réévalue le rôle du langage, par exemple en corrigeant sa propre théorie des couleurs sous influence berkeleyenne, mais il n’y a pas, comme pour Locke, de revendication systématique ni de «programme Condillac = disciple de Berkeley».[9][1][2][4]
Contexte historique de la (non) rencontre
Locke est diffusé en France très tôt (Voltaire contribue à le rendre «à la mode») et devient l’arrière‑plan commun des débats sur l’empirisme, la psychologie, le langage; Condillac s’inscrit dans ce contexte «lockéen» devenu presque doxa philosophique.[5][9][10]
Berkeley, plus marginal, est surtout connu pour son immatérialisme, souvent caricaturé comme paradoxe ou «système» extravagant; sa réflexion fine sur le langage et les idées abstraites est moins immédiatement intégrée dans les débats français que sa thèse choc contre la matière.[11][8][10]
Les rapprochements Condillac–Berkeley sur langage et abstraction sont donc, pour une large part, des reconstructions ultérieures : ils répondent aux mêmes questions (comment du général, du conceptuel, du métaphysique surgit à partir d’un fond sensible ? quel rôle du langage dans cette montée ?), mais dans des milieux et des projets théoriques partiellement disjoints.[1][2][3][4]
Pour ton travail entropologique, on pourrait dire :
Locke pose un schème «idées → langage»;
Berkeley et Condillac, chacun à leur manière, retournent ce schème en donnant au langage un rôle beaucoup plus génératif dans la constitution des idées générales." (Sources : suivre le lien)
Bon, c'est un filon qu'il faudra suivre, mais nous voyons bien un déplacement progressif du discours depuis Occam "de rem" en [⚤], pour se détacher par paliers de l'objet "in re" en [♻], et une structuration de plus en plus fine du tronçon ♧⚤↑♢⚤↑♡⚤ (signes↑syntaxe↑sémantique).
— 🤖 : "Pour ses contemporains et pour le XVIIIᵉ siècle, le Livre IV a été perçu comme une avancée majeure qui rompt avec la scolastique tout en restant encore marqué par certains schèmes classiques (gradations de certitude, modèle géométrique de la démonstration).[1][2][3]
Contenu et originalité du Livre IV
Locke définit la connaissance comme perception de l’accord ou du désaccord entre idées, et il distingue trois degrés de certitude :
intuitif,
démonstratif,
sensible.[4][5][6]
Cette définition (connaître = percevoir un lien évident entre contenus mentaux) est typique du XVIIᵉ siècle : on la retrouve chez Descartes et, plus tard, chez Hume, mais Locke l’articule à un empirisme radical et à une théorie explicite du probable (l’«assentiment» proportionné à l’évidence).[6][7]
Rupture avec la scolastique et héritage grec
Locke se présente lui‑même comme un destructeur de la maison aristotélico‑scolastique : critique des formes substantielles, des essences fixes, de la syllogistique comme instrument de découverte.[3][8][9]
En ce sens, le Livre IV est une avancée : il remplace l’idée de science comme système déductif à partir de définitions et de premiers principes par une cartographie des degrés de certitude et par une reconnaissance structurée de l’ignorance et du probable.[9][1][3]
Mais il reste tributaire de la tradition : la hiérarchie intuition / démonstration / connaissance sensible, le modèle géométrique de la démonstration, l’usage de la preuve de Dieu comme cas paradigmatique montrent encore l’attachement à un idéal de certitude inspiré, en arrière‑plan, par les mathématiques grecques et leur réception scolastique.[5][10][6]
Perception et influence à l’époque
L’Essai, et spécialement le Livre IV, devient très vite un texte de référence : au XVIIIᵉ siècle anglophone, son influence est considérée comme presque aussi décisive que celle de Platon ou d’Aristote pour l’Antiquité.[2][1]
Son geste principal – limiter la prétention de la raison, distinguer nettement savoir strict et croyance probable, et faire du probable la norme raisonnable en matière de science et de vie pratique – nourrit directement la philosophie des Lumières (Voltaire, Encyclopédie), la théorie de l’enquête et, plus tard, les empiristes écossais.[1][2][3]
Beaucoup y voient une libération vis‑à‑vis des dogmatismes scolastiques et théologiques : la raison humaine est redéfinie comme une faculté finie, mais autonome, qui doit apprendre à «mesurer sa portée» plutôt qu’à mimer une science parfaite de type aristotélicien.[10][2][3]
Inspirations de Locke sur ce thème
Locke s’inscrit dans le paysage cartésien : il reprend une définition «internaliste» de la connaissance (évidence de l’accord des idées) et l’idée qu’il faut repartir de la conscience de soi et de Dieu comme points de certitude maximale.[3][5][6]
Bacon l’inspire sur le plan méthodologique : valorisation de l’expérience, méfiance envers les systèmes spéculatifs, rôle de la probabilité et de l’induction plutôt que de la déduction pure dans les sciences de la nature.[1][3]
Il dialogue aussi implicitement avec la scolastique en déplaçant la notion d’«évidence» : ce n’est plus l’évidence d’une définition essentialiste dans un cadre de démonstration syllogistique, mais l’évidence d’un lien perçu entre idées, toujours rattaché à leur origine empirique.[9][3]
Ceux qu’il a inspirés
Les Lumières anglaises, écossaises et françaises reprennent son cadre : distinction savoir/croyance, importance du probable en science, limitation de la métaphysique aux frontières de ce qui peut être justifié en termes d’idées claires et de preuves.[2][3][1]
Humeradicalise la partie «probabiliste» : là où Locke maintient encore un certain optimisme sur la connaissance de la substance, de la causalité et de Dieu, Hume montrera à quel point ces notions reposent sur des habitudes de croyance plutôt que sur des démonstrations.[11][6]
Kant, de l’autre côté, se confronte indirectement à Locke en prenant au sérieux le programme de «critique des limites de la raison», mais en refusant de réduire la connaissance à la seule perception de l’accord des idées : il réintroduit des structures a priori qui manquent chez Locke.[12][13]
Ceux qui l’ont combattu (ou corrigé)
Leibniz répond point par point dans les Nouveaux essais sur l’entendement humain : il reproche à Locke de mal comprendre l’inné (comme contenu déjà formé) et de ne pas voir que les vérités nécessaires (logiques, mathématiques, métaphysiques) supposent des principes a priori que l’expérience ne peut fournir.[14][12]
Berkeleycritique l’appareil d’«idées abstraites» et surtout la possibilité de penser une substance matérielle inconnue mais support des qualités : pour lui, l’épistémologie lockéenne mène à des confusions qu’il faut dissiper en renonçant à la matière.[14][2]
Certains contemporains plus orthodoxes s’inquiètent du statut de la connaissance sensible et de la probabilité : Locke, en donnant un statut épistémique à la «sensitive knowledge» de l’existence des choses extérieures, tout en limitant fortement la certitude métaphysique, est accusé tantôt de scepticisme, tantôt d’affaiblir les preuves traditionnelles de Dieu et de l’âme.[15][10][2]
On peut donc dire que le Livre IV est à la fois une avancée (il institue une épistémologie empiriste centrée sur la finitude, les degrés de certitude et la probabilité) et un texte encore pris dans le vieux rêve d’une science certaine à la manière des Grecs, dont il reconduit la forme (intuition/ démonstration) tout en en changeant la matière (les idées dérivées de l’expérience)." (Sources : suivre le lien)
- Je crois qu'il n'y a pas trop de commentaires à faire ?
- Si ce n'est Leibniz qui conduira à un changement de paradigme important. Il n'y a pas d'immanence pure, sans un choix du cadre de représentation. Nous voyons poindre chez Leibniz une discussion beaucoup plus moderne, qui mènera à l'axiome de choix, et aux théorèmes d'incomplétude de Gödel...
- Ou vu différemment : il y a une dialectique entre l'intention du Sujet qui dirige son attention sur l"objet.
- Oui, par ailleurs, Leibniz en introduisant le calcul infinitésimal permettra de passer du discontinu (les éléments corpusculaires) au continu (aspect local/ global du monde ondulatoire).
- OK, on en reste là ?
- Disons que ce survol m'a permis de prendre un peu plus conscience de ma vaste ignorance ! Ceci dit, l'exerciez nous aura permis de confirmer notre hypothèse de base : jusqu'à Hume, il est peu probable d'assister à la bascule voie des mots— ⇅/⇆ —voie des choses...
- À suive avec Berkeley qui s'invite avec force dans la discussion !
Le livre "Conceptual Mathematics: A First Introduction to Categoriese", de F. William Lawvere et Stephen H. Schanuel est à mon sens un outil indispensable à tout philosophe en herbe un peu conséquent...