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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

De Bacon à Hume #3 — Berkeley

Le 11/ 04/ 2026 :

- Au fil des deux articles précédents (cf; #1 & #2), commence à se dessiner une histoire qui serait un glissement par étapes du réalisme tardif Oxonien (cf. Wyclif dans #40) vers un nominalisme qui remonte à Occam. (cf. #36, #37 & #38).

- Qu'entends-tu par "glissement par étapes" ?

- Le plus simple est de revenir au schéma d'Occam (cf. #37) :

  • 1er circuit : rapport discours intérieur—[⚤]/[♻]—objet :
    =>  départ aristotélicien
  • 2e circuit : rapport vocês—[⚤]/[⚤]—intentiones:
    => production d'un discours
  • 3e circuit : rapport écrit—[⚤]/[⚤]—voix :
    => représentation du discours
R3        
    R2    
        R1
écrit   voces   intentiones   objet
♡e   ♡v   ♡i  
♢e ♢v ♢i
♧e   ♧v   ♧i  

Chez Francis Bacon, il y aurait juste un glissement "Reale" : (cf; #1 )

  • 1er circuit : rapport de la "nature"—[♻]/​​​​​[♻]à la création (actuelle)
    =>  la création à la limite d'une répétition 
  • 2e circuit : rapport de l'intelligible—[⚤]/​​​​​[♻]à la "nature"
    => processus de formation des idées toujours dans la répétition.
Francis Bacon
R2    
    R1
Intellect   Livre de la Nature   Livre de l'Écriture
   
   
expérience   création

C'est en quelque sorte comme si le "Livre de la Nature", de Bacon était une structuration des "intentiones" d'Occam. Et nous avons vu que ceci correspondant à une "mise en tableaux de l'expérience de l'objet, conduisant à caractériser le niveau [♻] par un "espace de mesure", dual d'une approche discrète, logique et procédurale et temporelle en [⚤].

Nous avons vu Chez Locke une formalisation plus poussée de cette dualité, dans laquelle cependant le niveau [♻] reste encore, si je puis dire "Reale". Je m'étais arrêté ç ce schéma comparatif avec Aristote : (cf; #2),

Locke Schéma R Aristote Locke
  Prédicat   actuel cause
      actualisation  
Propriétés 2e
niveau 3
autres
catégories
  Matière
espèce, genre
Texture
Propriétés 1ères
Abstraction (L)   Abstraction (A) groupement
niveau 2 quiddité   Sujet sensible corpuscule
niveau 1

- Tu veux dire que Locke abandonne le premier circuit R1 pour se concentrer sur R2↑ ?

- C'est ce qu'il m'a semblé : on se concentre sur l'interprétation du "Livre de la Nature", en laissant le "Livre de l'Écriture" à la théologie...

- Et nous en venons à Berkeley...

- Oui, et nous l'avons déjà vu dans l'article précédent s'opposer à Locke dans ce qui a semblé un détachement plus radical encore de toute trace de Réalisme, c'est ce que je te propose de vérifier maintenant, en commençant le plus scolairement qui soit à prendre connaissance du personnage.

— 🤖 : George Berkeley est un philosophe irlandais du tournant XVIIe‑XVIIIe siècle, situé entre Locke et Hume : il reprend l’empirisme, mais le radicalise jusqu’à nier la matière et à défendre l’immatérialisme, résumé par la formule esse est percipi aut percipere.[1][2][3]

Qui est Berkeley ?

  • Berkeley naît en 1685 près de Kilkenny, étudie à Trinity College Dublin, devient membre du clergé anglican puis évêque de Cloyne, et meurt à Oxford en 1753.[2][4][1]
  • Sa formation se fait dans un milieu très ouvert aux thèses modernes : Locke y est déjà lu, de même que la physique newtonienne, ce qui explique qu’il dialogue à la fois avec l’empirisme, la science moderne et la théologie.[5][2]
  • Ses œuvres majeures sont le Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge (1710) et les Three Dialogues between Hylas and Philonous (1713), où il formule sa critique de la matière et des idées abstraites.[6][7]

Dans la lignée de Bacon et Locke

  • Comme Bacon et Locke, Berkeley part de l’idée que la connaissance vient de l’expérience sensible et qu’il faut se méfier des entités métaphysiques vides ou mal fondées.[3][8]
  • Mais là où Bacon construit une méthode expérimentale et Locke une théorie empiriste de l’origine des idées, Berkeley estime que Locke reste prisonnier d’une fiction inutile : la «substance matérielle» cachée derrière nos idées sensibles.[9][10][2]
  • Autrement dit, Berkeley hérite de l’empirisme lockéen, mais il l’utilise contre Locke lui‑même : si nous ne connaissons que des idées, alors il est illégitime de postuler, derrière elles, une matière inconnaissable.[8][10]

Sa thèse philosophique centrale

  • Berkeley soutient que les objets sensibles ne sont rien d’autre que des ensembles d’idées perçues; être pour une chose sensible, c’est être perçue par un esprit.[7][1][3]
  • Il refuse donc l’existence d’une matière indépendante des esprits : il n’existe que des esprits, leurs idées, et Dieu, qui garantit la stabilité et l’ordre du monde perçu.[4][1][7]
  • Cette thèse se veut anti‑sceptique et anti‑matérialiste : Berkeley pense qu’en supprimant la matière, il supprime aussi la distance problématique entre l’esprit et le réel, ainsi que les bases philosophiques de l’athéisme.[6][8]

Berkeley contre Locke

  • Berkeley attaque d’abord la distinction lockéenne entre qualités premières et qualités secondes : selon lui, les prétendues qualités premières (extension, figure, mouvement) sont elles aussi relatives à la perception, donc aussi «mentales» que les couleurs ou les sons.[10]
  • Il critique ensuite la théorie des idées abstraites : Locke pensait que l’esprit forme des idées générales par abstraction; Berkeley répond qu’on ne pense jamais qu’à des contenus singuliers, et que la généralité vient de l’usage des signes, non d’une idée abstraite séparée.[11][12]
  • Enfin, il refuse le réalisme représentatif de Locke : si nos idées sont les seuls objets immédiats de connaissance, rien ne permet d’affirmer qu’elles ressemblent à une substance matérielle extérieure.[8][10]

Berkeley avant Hume

  • Dans la séquence classique, Berkeley vient après Locke et avant Hume : il radicalise l’empirisme en le faisant passer de la critique des idées innées à la critique de la matière elle‑même.[13][2][3]
  • Hume hérite de cette radicalisation, surtout de la critique des idées abstraites et de l’exigence empiriste selon laquelle toute idée légitime doit venir d’une impression.[12][3]
  • Mais Hume pousse plus loin que Berkeley : là où Berkeley nie la substance matérielle tout en conservant l’esprit et Dieu, Hume en vient aussi à dissoudre la substance spirituelle, le moi permanent et la nécessité causale, ouvrant ainsi sur un scepticisme plus profond.[11][12]

Filiation philosophique

Auteur Point de départ Geste principal Ce qu’il conserve
Bacon Expérience,
induction, critique
des idoles.[8]
Réformer la méthode
du savoir.
Le monde matériel comme
champ d’enquête.[8]
Locke Origine empirique
des idées, tabula
rasa.[2][13]
Critiquer les idées
innées et limiter
la connaissance.
Matière, esprits, distinction
qualités premières/secondes.
[10]
Berkeley Même point de
départ empiriste
[3][8]
Supprimer la matière
et refuser les idées
abstraites.[1][10]
Esprits, idées, Dieu comme
garantie de l’ordre perçu.
[1][4]
Hume Empirisme
radicalisé.[3][12]
Dissoudre aussi
substance, moi et
causalité nécessaire. 
[11][12]
Flux des perceptions,
probabilité, scepticisme
modéré.[12]

Autres filiations

  • Berkeley est aussi un penseur religieux : son immatérialisme n’est pas un simple jeu spéculatif, mais une défense intellectuelle du théisme chrétien contre le matérialisme, l’athéisme et les libres penseurs.[4][6]
  • Il s’inscrit donc à la croisée de plusieurs lignées : empirisme britannique, anti‑matérialisme chrétien, critique du langage abstrait, et philosophie de la perception.[2][3][4]
  • Son influence dépasse Hume : Thomas Reid, puis plus tard certains phénoménologues, ont vu en lui un penseur majeur de la perception et de la critique des entités métaphysiques mal fondées.[3]

Pour ton travail entropologique, Berkeley est particulièrement intéressant parce qu’il déplace la structure lockéenne : il conserve le primat de l’expérience, mais il forclôt en quelque sorte la matière comme support caché et reporte la cohérence du monde sur le rapport entre idées, esprits et Dieu. (Sources : suivre le lien)

- Ça me semble très clair quant à l'évolution que tu dessinais, mais je ne vois pas très bien en quoi l'immatérialisme permet de se rapprocher de Dieu ? Jésus n'est-il pas l'incarnation de la parole de Dieu ? La résurrection de la chair à la fin des temps n'est-elle pas un article de foi ?

- Creusons de ce côté.

— 🤖 :  Pour Berkeley, l’immatérialisme est d’abord une stratégie apologétique : en supprimant la matière, il pense désarmer des attaques sceptiques et matérialistes contre Dieu, et replacer celui‑ci au cœur même de l’existence du monde sensible.[1][2][3]

Les angles d’attaque contre l’idée de Dieu

  1. Matérialisme autonome
    • Si l’on admet une «matière» existant en elle‑même, inerte et indépendante, on peut concevoir un monde qui se suffit à lui‑même, fonctionnant par lois mécaniques sans recours à Dieu.[2][4][1]
    • Cette possibilité ouvre la voie à un naturalisme où Dieu devient, au mieux, une hypothèse superflue, au pire une fiction ajoutée à un univers autosuffisant.[4][1]
  2. Scepticisme représentatif
    • Dans le schéma lockéen courant, nous ne connaissons pas directement les choses, mais seulement des idées qui les «représentent».[3][2]
    • Si les idées ne garantissent pas l’existence ni la nature des choses matérielles supposées sous‑jacentes, on glisse vers un scepticisme sur le monde extérieur; et, pour Berkeley, ce scepticisme mène facilement à douter aussi de Dieu.[1][4]
  3. Association matière = science = anti‑religion
    • La physique moderne semble, pour beaucoup, expliquer le monde par les seules causes matérielles, et donc rendre inutile l’action divine.[2][1]
    • Berkeley craint que la «philosophie matérielle» ne soit perçue comme la seule alliée de la science, reléguant Dieu à un rôle purement moral ou symbolique.[5][1]

Comment l’immatérialisme répond à ces attaques

  1. Dissoudre la matière comme concept inutile
    • Berkeley veut montrer que la notion de «substance matérielle» indépendante des esprits est incohérente ou vide : on ne peut jamais penser que des idées sensibles, et introduire en plus un support matériel inconnaissable n’ajoute rien d’intelligible.[6][2]
    • En supprimant la matière, il élimine le scénario d’un monde qui existerait et fonctionnerait «à côté» de Dieu; il ne reste que des esprits et leurs idées.[7][1]
  2. Ancrer le monde dans la perception et en Dieu
    • Thèse centrale : esse est percipi (aut percipere) — exister pour une chose sensible, c’est être perçue par un esprit.[8][9]
    • Quand aucun esprit humain ne perçoit un objet, son existence est assurée par la perception constante qu’en a Dieu, « percevant » toutes choses en permanence.[3][8][2]
    • Dieu devient ainsi le garant de la continuité du monde, de la stabilité des lois naturelles et de l’objectivité de notre expérience, au lieu d’un ajout extérieur à un monde matériel déjà constitué.[8][2]
  3. Retourner la science vers Dieu
    • Berkeley soutient que la régularité des phénomènes (ce que la science décrit comme lois de la nature) n’est rien d’autre que l’ordre dans lequel Dieu fait apparaître des idées sensibles aux esprits finis.[10][2]
    • La physique n’est plus la description d’une mécanique matérielle autonome, mais une «lecture» systématique des habitudes de l’esprit divin; elle devient ainsi compatible, voire convergente, avec une théologie naturelle.[10][2]

Défenses explicites de Berkeley

  1. Contre le scepticisme
    • Il affirme que son immatérialisme est plus proche du «sens commun» : nous croyons spontanément à la réalité des choses perçues (tables, arbres, maisons), et c’est l’hypothèse d’une matière cachée derrière elles qui introduit un doute inutile.[4][1]
    • En identifiant les choses sensibles à nos idées ordonnées par Dieu, il prétend supprimer l’écart dangereux entre apparence et réalité, au bénéfice d’une confiance renouvelée dans l’expérience.[1][4]
  2. Contre l’athéisme matérialiste
    • Berkeley accuse le matérialisme d’encourager l’athéisme : si tout est expliqué par la matière, Dieu devient inutile; si le monde peut «tourner» tout seul, on peut se passer d’un créateur ou d’un conservateur.[5][2][1]
    • Son immatérialisme au contraire rend Dieu indispensable : sans un esprit infini percevant et ordonnant les idées, il n’y aurait ni existence stable des choses, ni lois, ni même continuité de notre expérience.[9][2][8]
  3. Philosophie de la religion
    • Dans le Treatise concerning the Principles of Human Knowledge, Berkeley dit explicitement que le but principal de son ouvrage est de promouvoir la considération de Dieu et de notre devoir, c’est‑à‑dire de renforcer la religion naturelle et chrétienne.[3][10]
    • Il voit son système comme un appui à la piété : si nous vivons constamment dans un monde de signes que Dieu nous adresse, notre conduite doit être réglée par cette présence continuelle de l’esprit divin.[11][10]

Limites et critiques

  • Beaucoup de commentateurs soulignent que la dépendance de Berkeley à l’égard d’un Dieu omniscient et bienveillant ressemble à ce qu’il reprochait aux autres : une hypothèse métaphysique difficile à justifier, que certains jugent «aussi gratuite» que la matière qu’il combat.[12][7]
  • D’autres estiment que, si son immatérialisme renforce conceptuellement le rôle de Dieu, il le fait au prix d’une ontologie extrêmement exigeante pour la pensée moderne (monde réduit à des idées dans un esprit infini), qui a rendu son système vite marginal par rapport au développement ultérieur de la science.[6][7][11]

Formulé dans tes termes : en forcloyant la matière comme support autonome (ce qui, chez les modernes, pouvait servir de scène à un monde «sans Dieu»), Berkeley recentre toute la consistance du réel sur la trame idées–esprits–Dieu. Dieu cesse d’être un «supplément explicatif» et devient la condition même de la stabilité de l’Imaginaire commun." (Sources : suivre le lien)

- Très sincèrement, au vue de la première présentation de Perplexity, je pensais clore ce chapitre vite fait bien fait, mais là, j'ai un sentiment très partagé : comme si Berkeley faisant un énorme retour en arrière, bien que sa thèse immatérialité offre des avancées inattendues quand à la nature de la phénoménologie.

- Pas très clair, merci de préciser.

- Il y a déjà un énorme malentendu dans l'idée qu'une "cause matérielle" implique de décrire cette "cause" comme "matérielle" : Les parents sont la "cause matérielle" de leur enfant, mais l'acte conduisant à sa naissance n'est pas en lui-même "matériel" il s'agit d'une rencontre, à quelque niveau de la description que tu te places : depuis l'idée du coït jusqu'à la rencontre entre brins d'ADN. Ce report de la chose sur le mouvement est initié par Galilée... Et depuis la physique s'intéresse au mouvement, pas à la "matière". Donc en ce sens, Berkeley paraît Don Quichotte comme des moulins à vent.

Deuxième recul : son incompréhension de la nécessité du doute, au coeur même de la théologie. Que serait la foi sans le doute, la posture 𓁝∅ face à Dieu ? Et de la liberté du sujet ?

- Tu ne vas pas te lancer dans une discussion théologique ?

- Non, mais c'était juste pour souligner l'étrangeté du propos de Berkeley sur le terrain purement théologique. Ce besoin de "certitude" autrement dis ce passage forcé  𓁝∅♡𓁜 est toujours un peu suspect... Non seulement suspect, mais contradictoire.

- En quoi ?

- Si l'approche matérialiste se combine avec le doute systématique, doute cartésien par exemple, ceci peut conduire à douter de Dieu, mais pas à le nier formellement. D'ailleurs l'histoire montre que l'Église se sort très bien de l'incroyable avancée scientifique depuis Galilée...

Enfin, il y a une incompréhension profonde de la nécessité d'un principe unique régulateur dans la voie des mots : c'est évident pour tout le monde depuis Parménide en passant par Platon, Aritote, Avicenne et toute la scolastique jusqu'à Bacon, ou même Spinoza (sa "causa sui") et là encore il me semble que Berkeley se bat non plus contre des moulins, mais contre le vent lui-même...

- Ce qui ne cadre pas très bien avec le portrait que l'on en peut tracer (cf. lien)

- Tu as raison, passons sur mon étonnement concernant ses motivations et changeons de perspective : de quels "matérialistes" parle-t-il ?

— 🤖 : "Berkeley vise des tendances matérialistes et «libertines» largement répandues, plus qu’un seul auteur précis : il a en vue à la fois la tradition de Hobbes et Spinoza, le lockisme mal compris, les mécanistes newtoniens et les free‑thinkers déistes ou athées de son temps.[1][2][3][4]

Cibles philosophiques de fond

  • Il se méfie du matérialisme issu de Hobbes et de la lecture naturaliste de Spinoza, perçus comme des penseurs où la matière et la nécessité mécanique suffisent à expliquer le réel, rendant Dieu inutile ou purement nominal.[2][5]
  • Il reprend aussi à son compte la critique, déjà formulée par des auteurs comme Cudworth et Clarke, d’un « matérialisme athée » qui ferait de Dieu une hypothèse superflue, voire incompatible avec l’autonomie de la nature.[5][6][7]

Matérialisme «lockéen» et corpuscularisme

  • Berkeley opère à l’intérieur du cadre empiriste de Locke : idées issues de la sensation, hypothèse corpusculariste, distinction qualités premières/ secondes; mais il estime que ce cadre conduit, s’il est pris au sérieux, à un matérialisme sceptique où la matière est postulée sans être connaissable.[8][1]
  • Sa campagne contre la «substance matérielle» vise donc aussi une façon courante, chez les disciples de Locke, d’identifier science expérimentale, corpuscules et réalisme matériel robuste, ce qui ouvre la voie à un naturalisme peu compatible avec la théologie.[9][1]

Les «free‑thinkers» et déistes contemporains

  • Dans Alciphron or the Minute Philosopher, Berkeley s’en prend explicitement aux «free‑thinkers» : déistes, sceptiques, matérialistes et critiques de la religion révélée, dont il reprend les arguments pour les retourner contre eux.[4][10]
  • Il a notamment à l’esprit des figures comme Anthony Collins, libre penseur anglais dont les raisonnements servent de modèle à certains passages de sa réfutation de la matière : il utilise leurs propres prémisses empiristes pour montrer que la matière devient une hypothèse vide, alors que Dieu reste nécessaire.[3][4]
  • Plus largement, il combat un climat intellectuel «modernisant» de l’Aufklärung irlandaise et britannique, où se combinent science newtonienne, critique des miracles, déisme et relativisation des Églises historiques.[11][12][8]

Résumé

Berkeley ne se borne donc pas à viser un «système matérialiste» isolé : il cible tout un faisceau de positions – de Hobbes et Spinoza aux newtoniens mal encadrés théologiquement, en passant par les lockiens et les free‑thinkers déistes – où la matière et les lois naturelles tendent à absorber le rôle de Dieu. Son immatérialisme est conçu comme une réponse globale à cette constellation, en supprimant le support matériel autonome sur lequel ces courants s’appuyaient." (Sources : suivre le lien)

Je retiens de tout ceci les "corpuscules", grains de matières formant le tissu de toute substance chez Locke.

- OK, je crois que l'on a compris, mais tu parlais également d'avancées ?

- Effectivement : en supprimant la matière de l'objet en ♧, il fait porter l'existence sur le rapport du Sujet au signifiant en ♧. Et ça, c'est très moderne ! Il n'y a plus "d'objet en soi" mais un objet "pour moi", on n'est pas loin des existentialistes, et je ne te parle pas de la Méca Q !

Nous sommes toujours sur le ruban de Moébius d'Aristote, mais en partant de Dieu garant de mes relations à l'objet ♡/. Je te fais un dessin :

Berkeley Schéma R Aristote Berkeley
Sujet Prédicat   actuel Dieu
      actualisation  
idées autres
catégories
  Matière
espèce, genre
 
    Abstraction (A)  
existant quiddité   Sujet sensible objet pour moi

Remarque en particulier les bouclage double du Ruban R↑ :

  • / : Dieu est le garant de ce qui est perçu du Sujet;
  • / : Le Sujet donne sens à l'objet pour lui.

- Autrement dit la grande nouveauté, c'est de partir de l'expérience ♧, au contact du réel et non plus de l'objet déjà préconçu en ♧♻ ?

- Oui, et ça c'est le recul dont nous avions parlé en introduction : malgré des motivations très archaïques, sa théorie "immatérialiste", à cause de ce déplacement de l'être "in re" à l'idée que l'on en a "de rem" amène une rupture de fait avec le réalisme. 

- Si je suis ton idée le premier pas qui chez Aristote est , devient chez Berkeley  ?

- Oui, et c'est essentiel pour amorcer le second qui marquerait enfin le changement de voie (passer des mots ⇅  aux choses ⇆) et arriver enfin à :

/

dans une réelle approche expérimentale.

- Excuse-moi mais je ne vois pas l'importance de ce changement de pied ?

- Pense en joueur d'échecs et vois cette espace topologique comme un échiquier. Pour Aristote, et malgré les avatars qu'a subie la position  ♧, elle est plus où moins celle de l'existant, vue dans la théorie du mouvement aristotélicien, comme une potentialité de l'être stable donc toujours "actuel" pour Aristote en ♡. La case ♧⚤ restant au niveau des "flatus voice", la base du niveau "de rem" [⚤].

En posant l'existant en ♧, tu le découples du potentiel en ♧, et le couple actuel/ potentiel n'est plus dans la voie des mots (chez Aristote) mais déjà implicitement dans celle des choses. Il suffira d'un rien pour retrouver une approche scientifique où une théorie en ♡ définit un observable en ♧, qui devra être confirmée ou non par l'expérience ♧.

- Attendons de voir ce que cela donnera, ou pas, chez Hume !

- Amen

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