Liberté, égalité, fraternité

Publié le par Hari Seldon

Liberté, égalité, fraternité

Après mon dernier billet sur la liberté, vue comme un espace d'indétermination entre deux niveaux Imaginaires, je suis aller prendre l'air sur Mediapart, pour voir ce que cela donnait...

Echec total: malgré plus de 400 échanges sur le fil de discussion et de ma part, un matraquage en règle de la différence fondamentale entre synchronie/diachronie pour décortiquer nos représentations: ça ne passe pas.

C'est comme s'épuiser à bombarder une plaque photo-sensible avec une lampe inactinique de 1000W : ça n'imprime pas.

Personne n'a fait l'effort d'essayer, juste par curiosité, de voir comment cela peut fonctionner... Je suis coincé dans la répétition, dans l'espoir d'initier au moins, chez un lecteur, l'envie de faire le saut... Et je ne peux que chercher d'autres champs où répéter d'exercice, d'autres angles d'attaque...

Mais, dans ces échanges, Julie m'a mis en difficulté, bien qu'elle ne s'adressa pas à moi. En fait elle réfutait un autre intervenant pour qui les trois valeurs de la République devaient être "pondérées": 10% de liberté, 40% d'égalité et 50% de fraternité. Cette partition est impossible dit-elle, car il s'agit de conditions qui fondent la république et non de constituants au sens où des éléments simples en proportion déterminés interviennent dans une réaction chimique.

Elle avait bien entendu raison; mais ceci me posait un problème théorique de taille: il faut 3 conditions (liberté/égalité/fraternité) pour qu'advienne 1 objet (la république).

Dans le langage qui est le nôtre ici, c'était dire qu'un objet (i.e. : au niveau Ik de l'Imaginaire ou du discours) serait déterminé par 3 concepts, au niveau d'un métalangage (i.e.: au niveau Ik+1).

Vous voyez le problème: ceci va à l'encontre d'une intégration des concepts de Ik=> Ik+1.

On peut s'en sortir en disant que l'objet "république" n'a pas de détermination univoque, que sa signification change, lorsqu'on le considère sous l'angle de la liberté, de l'égalité ou de la fraternité. Et qu'à chaque changement de point de vue correspond une mesure différente de cet objet particulier. Avec une indétermination lorsque l'on passe d'un point de vue à l'autre... C'est une possibilité, mais pas la plus intéressante.

Il m'est venu une autre idée en revenant à l'étymologie du mot république:

Le mot « république » provient du latin res publica qui signifie au sens propre « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État.

Il convient donc de concevoir les rapports entre la république et les citoyens sur deux niveaux Imaginaires:

  • les citoyens au niveau Ik
  • la république au niveau Ik+1

Dans ce cadre, il est facile de restituer nos 3 concepts:

  • La liberté, comme nous l'avons vu est un concept diachronique qui joue ici entre les citoyens et la république. Et ce cadre permet de reprendre tous les jeux qui peuvent s'instaurer entre les deux, y compris, bien entendu, les états révolutionnaires;
  • L'égalité: c'est dire que la république ne discrimine pas les citoyens. Autrement dit: chaque citoyen, dans toutes les actions qu'il peut entreprendre joue avec les mêmes "potentialités" (i.e.: en Ik, déterminées au niveau Ik+1) que son voisin. Vous l'aurez compris: ceci signifie que l'égalité est un concept synchronique, caractérisant le niveau Ik. Concept qui peut faire l'objet d'une mesure, d'une évaluation.

La liberté forme avec l'égalité ce couple de concepts diachronique/synchronique permettant d'exprimer les mouvements qui se développent entre citoyens au sein de la république.

  • la fraternité: personnellement j'y vois une aspiration, du domaine du Symbolique (i.e.: Ik+1 < S). Du même ordre que l'injonction chrétienne "aimez-vous les uns les autres". Injonction qui est proprement la marque que les philosophes grecs ont imprimée à cette religion. Autrement dit, la fraternité serait l'expression de la "pulsion unaire" dont nous avons parlé par ailleurs, aux yeux de la république. Ce qui permet peut-être d'éclairer ce culte rendu à l'être suprême au début de la république issue de 89.

Je pense que cette mise en perspective est plus porteuse de sens que la première interprétation que j'aurais pu en donner.

Retour maintenant sur Mediapart, pour voir ce qu'il en ressort. Cent fois sur le métier...

Hari

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