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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Cerisy 25 - François Jullien #02

(suite de Cerisy 25 - François Jullien #01)

Le 18/ 07/ 2025 — Digne-Les-Bains :

- Chez l'ami R.L. pour quelques jours, nous passons d'un restaurant à la visite des vignerons alentours, et j'ai du mal à sortir d'une torpeur estivale un peu lourde. Les champs de blé sont coupés depuis belle luette, mais j'y retrouve la palette de couleurs de Van Gogh. C'est dans ce cadre, que m'assaillent les échos de la chute annoncée d'un empire. Rien ne résiste à la bêtise qui emporte tout comme une vague et c'est un spectacle fascinant.

- De quoi parles-tu ?

- De la nécessité vitale, au sens le plus contingent qui soit, de changer d'épistémè afin d'être en mesure de "voir" le monde qui vient, et le "Trumpisme" à l'oeuvre outre-Atlantique me semble un rappel de cette urgence. J'ai en tête l'image des tout premiers Indiens Taïnos qui ne "voyaient pas" les caravelles de Christophe Colomb arriver sur eux, tout simplement parce que leur allure ne correspondait à rien de connu. Nous sommes ces Indiens, sentant une catastrophe imminente, aussi démunis qu'ils le furent devant une pensée étrangère.

- Nous sommes loin de Cerisy !

- Il y a une urgence dans la démarche de François Jullien, et c'est la prise de conscience d'une dé-coïncidence, quasiment palpable, entre ce que nous expérimentons du Monde et la représentation que nous nous en faisons.

- Merci pour le teasing, mais si tu passais la revue de détail de cette semaine de colloque ?

- Tu as raison, je me l'étais promis, mais après ce que nous avons déjà dit, j'ai du mal à démarrer.


Présentation du colloque : ici

Sommaire :


De l'écart à la dé-coïncidence

François L'Yvonnet  (vidéo ici)

- J'ai surtout retenu de cette présentation quelques notes, sorte de pattes de mouches aléatoires jetées sur mon bloc-notes, ne suppléant qu'imparfaitement à ma mémoire défaillante.

Il est parti du concept de "cohérence", c.-à-d. "tenir ensemble", à propos duquel il a opposé Héraclite à Aristote. Je suis obligé de m'aider de l'I.A. pour combler les blancs (voir le détail ici), je retiens que :

  • Chez Héraclite, la cohérence du monde se trouve dans le Logos — un principe universel qui lie et harmonise les contraires
  • Pour Aristote, la cohérence repose plus strictement sur le principe de non-contradiction : «il est impossible qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas au même sujet en même temps et sous le même rapport».

- Pas difficile à situer :

  • Héraclite est en [♻]𓁜 dans la voie des choses (𓁜𓁝);
  • Aristote est en ♧𓁜 dans la voie des mots (♧𓁜𓁝♡).

- Effectivement : ils sont aux deux termes extrêmes de l'Imaginaire (cf. "Syntaxe de l'Entropologie"). Tu remarqueras au passage que la parole d'Aristote reste inchangée dans ce que nous avons appelé l'approche quantique (voir ici), avec le principe d'exclusion de Pauli.

À partir de là, L'Yvonnet nous présente la différence entre l'écart et la dé-coïncidence; le premier dans la pensée grecque, la seconde renvoyant à une approche chinoise. J'avoue avoir du mal à retrouver le fil, car à ce moment j'ai pensé au Ma 間, et en ramenant toute la suite à ce point de vue singulier, j'étais moins attentif à sa propre démarche.

- D'après ce qui précède, tu peux imaginer que le Un, du côté [♻]𓁜 (j'ai noté : "le logos du dehors"), s'oppose au multiple en ♧𓁜, et que l'écart est ce qui sépare l'élément du "même", comme pour passer de 1 à 2. De fil en aiguille tu en arrives quelques siècles plus tard à la distinction synchronie/ diachronie de Saussurre, sur laquelle tu as médité un bout de temps, comme en attestent les traces laissées sur ce blog. Voilà pour la pensée grecque et l'écart. Quant aux Chinois, leur idée serait de "prolonger cet écart pour ouvrir du possible" d'après tes notes...

- Il faudrait soumettre cette interprétation à l'orateur. J'ai encore noté deux verbes auxquels il est attentif :

  • "ouvrir" en relation à l'écart;
  • "réouvrir des possibles"; ce à quoi s'attache l'esprit Chinois.

Avec la volonté de promouvoir un "essor" pour sortir d'un état "étal".

- Et ce mot "étal" te renvoyait à une topologie "étale", que tu n'as pas fini d'explorer ?

- Tout juste : le mot m'a distrait. Mais comme tu le vois, j'ai d'entrée de jeu pensé au Ma 間, et dès lors, pour moi la messe étant dite, mon esprit vagabond se laissait facilement distraire...

Jean-Pierre Bompied : (vidéo ici)

- Je n'ai noté qu'une référence à une leçon de Merleau Ponty donnée en 1953 et cette phrase : "L'Homme qui s'éveille et qui parle".

- Pourquoi l'avoir notée ?

- Peut-être parce que l'éveil de l'Homme correspond au passage de la voie des choses (𓁜𓁝) suivie par Platon (les Sophiste étant récusés), à la voie de mots (♧𓁜𓁝♡), lorsque l'accent est mis sur sa capacité à "parler".

Patrick Hochart : (vidéo ici)

- J'ai retenu que "penser c'est s'écarter", au sens où pour découvrir du nouveau, il faut s'écarter d'une ornière. Avec un rappel à Descartes, qui ne cherchait pas tant de nouvelles idées que retrouver ce qui est au plus profond. J'avoue ne pas avoir fait le lien.

- L'idée de "retrouver", fait penser à Michel Foucault et son archéologie du savoir, non ?

- J'avoue ne pas avoir trop bien suivi. Cette idée d'écart m'ayant fait penser à la théorie de la "mesure" qui constate toujours un écart entre :

  • (𓁜𓁝) ce qui est de la chose et
  • (♧𓁜𓁝♡) ce que l'on en dit (i.e.: ce qui l'on en mesure),

Cette pensée m'a distrait du développement de l'orateur...

François Jullien — "Du nouveau moment de la philosophie" : (vidéo ici)

- Comme déjà dit, je suis en accord avec F.J. quant à l'urgence d'un renouveau épistémologique, aussi étais-je dans l'attente 𓁝[♻] de la voix du maître.

Il attaque par le concept de différence (sans préciser s'il faut entendre un "e" ou le "a" de Derrida — Note du 15/07), après avoir situé le contexte soixante-huitard des penseurs de l'époque Foucault/ Deleuze/ Derrida, tous passés par Cerisy. 

C'est, dans l'esprit de Derrida, le concept apte à casser la mécanique grecque basée sur :

  • L'un de Parménide;
  • Le semblable, et je pense aux abeilles de Socrate, me disant que jusqu'ici tout baigne, puis vient :
  • Le continu (de Parménide selon François Jullien)

Je te renvoie à l'article précédent en ce qui concerne la notion de "continu", toujours est-il que l'on n'en a plus entendu parler par la suite, donc je glisse dessus pour poursuivre.

Si j'ai bien suivi, la "différance" permet :

  • Le jeu (entre pièces de la mécanique);
  • Des réseaux (et je pense au rhizome de Deleuze et Guattari voir ici)
  • Des "faisceaux de transformation sans y voir une voie tracée "(dixit F.J.)

- Et là tu repenses aux groupes de co-homologie, bien entendu...

- Oui : je retombe sur mon terrain d'exploration actuel, mais poursuivons. J'ai noté : "l'opposition est une réduction de la différence"; et j'aurais aimé que F.J. insiste un peu plus pour se démarquer de la dialectique...

- Il me semble qu'il voulait plutôt se colleter avec l'idée ontologique...

- Semble-t-il, d'après mes notes prises au vol :

  • Il faut se méfier de la synthèse (le Un);
  • Le Moi est une synthèse active de la pensée;
  • L'idée d'ornière (renvoyant à la présentation précédente de Hochart) comme métaphore de l'atavisme de la philosophie Occidentale;
  • Par opposition :
    • L'idée de "puissance" chez Nietzsche;
    • "Nous sommes tous différents"

Deux commentaires me viennent après coup :

  • Au cours de la discussion finale, certains relèveront l'absence d'une pulsion ou d'un désir dans la mécanique de F.J., et j'y vois à présent une filiation avec cette "puissance" nietzschéenne, voire la "vertu" latine dont nous avions tant parlé ici, à Cerisy même, à propos de Spinoza (voir ici).
  • "Nous sommes tous différents", renvoie à l'idée du Sujet comme "élément" séparé, or ce n'est pas du tout notre approche (i.e.: différence élément—[⚤]𓁜/𓁝[#]—partie) (voir "Le Moi-peau")

- Soit, mais l'idée de F.J. était de se démarquer de l'ontologie en [♻]𓁜...

- Sans doute, mais l'on ne se démarque pas de Platon en passant de l'Un au multiple [⚤]𓁜 ! Ce faisant, tu restes toujours dans les marges de son discours, à tourner sur son ruban de Moébius comme un écureuil dans sa cage.

- OK, on a compris, mais avance un peu...

- F.J. s'inscrit donc dans le sillage de Derrida, pour renverser la philosophie classique, c'est ici qu'il introduit sa "dé-coïncidence", pour prendre le relais de la différance, en posant cette question :

"Est-ce que la pensée se libère en renversant [la philosophie grecque] avec la différance?".

Et c'est là qu'avec le recul pris en adoptant un point de vue chinois, il constate que chez nos 3 philosophes (Foucault/ Deleuze/ Derrida) l'écart et la différence sont non différenciés.

- Pas très clair...

- Nos 3 philosophes en restent à un Imaginaire Platonicien limité à ([∃][⚤][♻][∅]),

  • avec le discret et le multiple en [⚤], et
  • un principe de conservation (ontologique) en [♻].

Or, si tu t'éloignes de [♻]; tu te retrouves avec le discret en [⚤]. C'est d'ailleurs ce de quoi F.J. lui-même semble ne s'être pas totalement libéré, comme nous venons juste de le voir… Bref, il manque ce niveau [#] qui n'a pas été éradiqué de la pensée chinoise, comme il le fût en Grèce uniquement tournée vers la logique du 1er ordre, en [⚤].

Fort de ce constat, F.J. se demande alors "comment renverser la métaphysique?". Est-ce :

  • En la "renversant" dans la voie de Deleuze ;
  • En la "fissurant"...

À partir de là, j'avoue avoir décroché parce que F.J. n'avait tout simplement pas les concepts pour s'exprimer clairement.

- Tu es dur !

- Reprends notre discussion précédente concernant le continu en [#] et la conservation en [♻] (voir ici). Faute du niveau [#], F.J. en vient, pour détrôner le UN en [♻], à y placer un concept de "différence en soi", c'est-à-dire à réifier (i.e.: rendre sychronique) un principe essentiellement diachronique !

Pas une seule fois je n'ai entendu, au cours de ce colloque, parler de la dualité Yin/ Yang, et franchement, je ne sais pas comment c'est possible, pour quelqu'un qui veut observer la Grèce depuis la Chine. Dans la perspective d'un mouvement éternel entre Yin et Yang, il vient immédiatement que le UN est un choix philosophique à partir du vide originel : [♻]𓁜𓁝[∅]. Ce qui te permet de reporter ton attention, non plus sur des "objets", que ce soit le Un de Platon ou cette "différence en soi" haddock , pour se focaliser sur le passage lui-même "", les mutations faisant passer du Yin au Yang.

- Tu en reviens à la puissance de Nietzsche ?

- Oui, il y a nécessairement une notion d'énergie, de force, de pulsion ou de désir dans un moteur psychique.

- Avance un peu...

- F.J., pour asseoir son concept de dé-coïncidence, critique l'archi-concept de Derrida, en disant qu'il s'agit là d'un artifice pour tenter d'outrepasser les concepts existants, en restant cependant sur "le même terrain" que le concept que l'on tente de déconstruire.

- Et tu as repensé à la forme canonique de Lévi-Strauss ,

- Bien sûr ! Comment F.J. a-t-il pu s'en exonérer? Je ne dis pas l'accepter, mais au moins y faire référence !

- C'est comme l'absence de critique de la dialectique...

- Bien entendu. Bref, tout ceci nous amène à l'idée de "fissurer" ce qui était "continu" chez Héraclite (je ne te refais pas le speech: reviens à l'article précédent). F.J. associe à "fissurer", les termes :

  • Sortir du terrain déjà occupé;
  • S'écarter;
  • Se décaler.

Tous ces termes renvoient à une "topologie", permettant de repérer des passages d'une partie de l'espace à une autre. Par ailleurs, en écoutant les uns et les autres, il m'est venu assez vite que l'écart en question était entre :

  • Ce qui est de la chose dans la voie (𓁜𓁝) ;
  • Ce qui est dit de la chose dans la voie (♧𓁜𓁝♡);
  • Formant ainsi notre topologie sur ces deux axes orthogonaux (𓁜𓁝)(♧𓁜𓁝♡)

Et dès lors, mon écoute était biaisée par cet a priori.

- C'est bien beau de porter son attention aux écarts, mais la représentation cherche quand même, initialement à coller à son objet, non ?

- Oui, il y a tout un discours à tenir sur l'objet et sa représentation, et je ne cessais de penser aux point de capiton de Lacan, ainsi qu'au point fixe de Brouwer (voir ""Entropologie" des "catégories" #11 – Lacan au risque de la topologie"). Il y a également tout un discours sur la mesure et l'écart à l'objet. Bref, on ne peut pas parler de "dé-coïncidence", sans une quelconque idée de la "coïncidence", entre l'objet et sa représentation...

- Le but de F.J. n'est pas tant de dé-coïncider de l'objet, mais plutôt des représentations routinières (les ornières philosophiques) qui nous éloignent d'autres approches de l'objet, et de ce fait, limitent nos possibilités d'action.

- Encore faudrait-il avoir une idée à peu près opérationnelle de la structure de notre Imaginaire, pour envisager de s'y mouvoir ! Or là, les termes "se décaler" ou "s'écarter" ne renvoient à rien, faute :

  • d'un "substrat" en [#], voire d'un Ma 間 commun en [♻] pour s'y repérer;
  • de passer de l'objet (en mode ♧) et de son sens (en mode ♡), au "mouvement" entre objets en mode , médiatisant les deux modes ♡ & ♧. 

- Arrête de nous réciter ta leçon, et suis plutôt la présentation de l'orateur.

- L'exercice est difficile, car plus il avance, plus j'ai tendance à lui répondre, en reconstruisant ici un dialogue, qui malheureusement n'a pu s'établir de vive voix, comme je l'ai relaté dans l'article #1. Mais bon, revenons à mes notes.

F.J. se pose deux questions métaphysiques :

  • Quid de la conscience ?
  • Quid du Sujet ?

- Je sais : questions auxquelles tu as déjà les réponses :

  • La prise de conscience est la rencontre d'un percept et d'un concept (JP. Changeux)
  • Pour le Sujet : voir "Le Moi-peau".

- Tu vois qu'il est difficile de le suivre sans, immédiatement, le commenter...

- Il a fait une référence à Proust, dans "À l'ombre des jeunes filles en fleurs" à propos de "se fissure l'adhérence dans laquelle repose la conscience".

- Allons à sa recherche :

"🤖: Le passage exact se trouve dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Proust, lorsqu’il décrit une expérience de trouble de la conscience au réveil, liée à la perte des repères habituels :
        «
Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles. Toujours est-il que, quand je me réveillais ainsi, mon esprit s’agitant pour chercher, sans y réussir, à savoir où j’étais, tout tournait autour de moi dans l’obscurité, les choses, les pays, les années. … Mais il arrive que pendant quelques secondes, la conscience se fissure dans l’adhérence où elle repose, et l’on ne sait plus alors ni l’endroit où l’on est, ni même qui l’on est…».
Ce passage célèbre apparaît au tout début du roman, illustrant la façon dont, au réveil, la perte de l’adhérence habituelle à la réalité suscite chez le narrateur un sentiment de flottement de la conscience, rendant incertaine l’identité même de la personne réveillée."
(lien)

C'est une expérience personnelle qui doit être assez commune, et il est vrai que l'on a d'abord conscience de soi au réveil, avant de se situer dans le Monde...

- N'est-ce pas en désaccord avec JP Changeux ?

- Il y a deux types de percepts :

  • Ceux qui viennent de l'intérieur de notre corps, (suivre lien);
  • Ceux qui viennent de nos sens en contact avec l'extérieur (odorat, ouïe, vue etc).

L'encryptage de nos souvenirs événementiels fait intervenir l'intention du Sujet, son attention, son état émotionnel et sa perception de son environnement (suivre ce lien), le tout se retrouvant dans l'hippocampe, sorte de Hub neuronal dans le cerveau.

Quant à la "fissure" en question, il s'agit en l'occurrence d'un décalage temporel entre la prise de conscience de notre état intérieur et de celle de notre environnement.

"L'immobilité des choses" correspondrait, selon moi, à l'accord entre :

  • Le percept (la voie des choses) et
  • Le concept, nous permettant de l'identifier (dans la voie des mots).

Et ça ne remet pas en cause notre positionnement de la dé-coïncidence dans notre topologie de l'Imaginaire du Sujet.

- F.J. a également parlé de la double nature du Sujet...

- Oui ce qui donne : 

  • "Sous-jacent", soumis ou assujetti chez Foucault => 𓁝[♻]♡​;
  • Ayant une capacité d'initiative => axiome de choix en mathématiques: 𓁝♡​​♢𓁜.

- F.J. en a parlé en termes d'éthique ! "Vivre c'est dé-coïncider du "déjà-vu", faute de quoi on "coagule", dans une non-vie". 

- Oui, je l'ai noté, mais je trouve le propos réducteur. Je pense plus généralement que vivre librement, c'est pouvoir passer d'une posture ex ante 𓁝 à ex post 𓁜 aisément (cf. "Névrose & psychose, une question de posture"), et plus concrètement, pouvoir suivre selon son intention chacun des circuits repérés sur notre cross-cap (cf. "Un GPS pour circuler sur le cross-cap"). Il faudrait sans doute en parler en revenant à l'habitus de Bourdieu (cf.: "Découvrir Bourdieu #1").

- Que lui reproches-tu ?

- De se positionner uniquement par son opposition à l'ordre établi, ou à Lalangue qui détermine ton récit. Ce me semble une attitude d'adolescent en rébellion contre le Père, qu'il convient de tuer pour être adulte: 𓁝fils[♻]𓁜père𓁝[♻]𓁜fils

- Non, il s'agit de garder la posture  𓁝fils[♻]𓁜père...

- Alors c'est par définition une posture névrotique, qui ne correspond pas à la volonté de F.J.. Regarde comme il tente de fédérer autour de lui des "adhérents" à sa cause de dé-coïncidence ! Il est clair qu'il recherche la posture du père [♻]𓁜père (Note 1). Tu ne peux pas fonder une action commune sur le seul impératif de "dé-coïncider" d'avec la doxa populaire, sur un objet de discussion (éthique, politique etc.).

- À moins d'être chapeauté par un principe Unitaire en [♻]𓁜...

- Tu vois bien que F.J. n'a pas les billes pour s'échapper de l'Imaginaire Platonicien !

- En parlant d'éthique, F.J. a parlé de "dé-coïncidence", à propos du rapport du Sujet à l'Autre. Il y a dans la "ren—contre" avec l'autre ce "contre" qui diffère de la "relation" à l'Autre.

"Il faut s'écarter de soi pour ouvrir un espace où l'Autre puisse rentrer. La rencontre glisse d'elle-même dans la relation".

- Là, j'avoue que c'est joliment dit, et ça mérite d'y réfléchir à tête reposée. Garons-le sous le coude et passons à la politique, plus développée. J'ai noté :

  • Chez Deleuze : une dénonciation de la "représentation". Il ne suffit pas à l'esclave de prendre le pouvoir pour cesser de l'être (i.e.: pense à Frantz Fanon);
  • Chez Foucault : pensée de l'assujettissement. Il faut affirmer ses différences, mais pas seulement :
    • la différence isole l'Autre,
    • l'entre : il y a une tension dans l'entre deux qui peut être commune, un espace de rencontre. Exemple : l'exposition Manet/ Degas.

- Il y a toujours ce manque d'un niveau  [#] pour poser cet espace de rencontre...

- Effectivement. Il y a néanmoins chez F.J. la prise de conscience d'un tel espace Imaginaire lorsqu'il remarque une différence entre :

  • [⚤] : Discret— collectif : on procède par ajout, et l'on est dans l'idéologie (i.i.: on ajoute des billes élémentaires)
  • [#] : continu — commun : il s'agit de "fissurer le continu" (i.e.: on coupe des parts de tarte)

Cette distinction collectif/ commun reviendra souvent dans les discours suivants.

Le point suivant est central dans la pensée de F.J. : "il ne faut pas penser la politique en termes de modélisation." Avec des formules que j'ai pointées comme je le pouvais :

  • "Actuellement on optimise, ce qui n'est pas idéal";
  • "Autre difficulté : cette idée que "demain sera mieux qu'aujourd'hui", à laquelle on ne croit plus";
  • "C'est quand même avec des fissures que tombent les cavernes".

Tout ceci me renvoie à la démarche commune en physique : on développe un modèle; on le teste, et quand ça ne colle pas à la réalité, on en change. Et les fissures dont nous parle F.J. renvoient à des épisodes historiquement repérés comme la "catastrophe ultra-violette" qui déboucha sur le quanta de Planck, présenté le 14/ 12/ 1900 dans un article, devant la Société de Physique de Berlin.

- Il n'y aurait donc rien de nouveau dans cette "dé-coïncidence" ?

- En philosophie, sans doute, mais en physique c'est déjà entré dans les moeurs depuis Galilée.

- Tu fais erreur : F.J. insiste bien sur la disparition de la sacro-sainte dualité théorie/ pratique dans l'approche chinoise !

- Non pas. Nous sommes dans un autre domaine de la pensée, et F.J. en revient à l'efficacité d'une approche chinoise qui saisit les opportunités d'une situation, pour en laisser advenir les effets. Mais il oublie —et cela lui a été reproché (cf. ici)— la volonté du seigneur de la guerre, qui prépare soigneusement le terrain comme ses plans, le moral de ses troupes et la logistique, tout en sapant ceux de l'adversaire, avant de laisser advenir le potentiel de la situation qu'il a fortement contribué à créer (le fameux wuwei, 无为). C'est comme dire qu'une pierre en haut d'une montagne peut déclencher un éboulement, en passant sous silence le travail de Sisyphe pour la transporter au sommet afin qu'elle produise les effets qu'il désire. Il n'y a pas d'opposition frontale, ou dialectique entre théorie et pratique : ce sont les deux voies orthogonales qui délimitent notre topologie Imaginaire :

  • Pratique : dans la voie des choses (𓁜𓁝);
  • Théorie : dans la voie des mots (♧𓁜𓁝♡);
  • Les enchaînements de la théorie à la pratique pouvant suivre les 4 circuits sur le cross-cap (voir "Un GPS pour circuler sur le cross-cap")

- C'est tout pour cette première intervention de F.J. ?

- J'ai encore noté au final un rappel à Descartes, Avec le doute cartésien avant le "je pense donc je suis". J'avais oublié ce "doute" bienvenu...

- Qui conforte notre triptyque Noethérien :
indétermination en [⚤]  / symétries en [#] / quantité conservée en [♻]?

- Avoue que l'on ne pouvait pas mieux terminer sur cette première journée de colloque...

- "Schéhérazade, en cet endroit, apercevant le jour, cessa de poursuivre son conte, qui avait si bien piqué la curiosité du sultan que ce prince, voulant absolument en savoir la fin, remit encore au lendemain la mort de la sultane."

- Amen

Hari

Note 1 :

- Dans un tout autre ordre d'idées, cette situation de F.J. me fait penser à "la passe" de Lacan, qui agite tant la sphère lacanienne. Je m'étais fait gentiment engueuler d'en avoir parlé dans quelques cercles psychanalytiques il y a déjà une dizaine d'années (voir "L'impossible passe") ! Le problème de F.J. présente strictement la même structure.

- Je crois que c'est du même ordre que le paradoxe de Groucho Marx : 

"Je ne voudrais pas appartenir à un club qui m'accepterait comme membre".

capiton wuwei, père

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