12 Novembre 2025
Le 13/ 11/ 2025 :
- J'ai passé les deux derniers jours à rectifier la fin de mon dernier article #20 (voir ici) et en lisant la suite du texte de Libera aujourd'hui, je me rends compte que sans cela, je serait passé à côté de l'essentiel.
- Et qu'y avait-il de si important à préciser ?
- L'apparition de l'idée de "partition" au niveau [♻]; c.-à-d. celui de la "substance" chez Aristote.
| formes | Aristote | substance | ||
| ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ↑♢⚤ | ♢♻↑ | |||
| ♧⚤ | ♧♻ | |||
Revois le développement avant de lire la suite, et pense à la réflexion, bien tardive, qui m'a conduit à poser ℚ (les nombres rationnels) en [♻] et non en [⚤] comme je l'y avais laissé inconsidérément trop longtemps. (cf. "Syntaxe de l'entropologie").
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Référence : Sommaire Chapitre 2 p. 81-154
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L'universel selon Aristote : le rassemblement dans la déroute |
Il y a 2 actions clairement distinctes dès Aristote, reprises ensuite par les néoplatoniciens.
La genèse du concept empirique selon Aristote :
1/ Une montée ♧⚤↑♡⚤ parfaitement qualifiée par le niveau [⚤] :
Nous sommes bien ici dans un mécanisme immanent, s'opposant d'entrée de jeu à l'approche platonicienne, partant de [♻]♡.
"... comme le souligne non sans naïveté J. Tricot, «la genèse de la science à partir des données sensibles constituait une critique indirecte du platonisme, pour lequel la science et son objet relevaient du monde transcendant»" p.116
Principe qui se retrouve chez Aristote dans Métaphysique A1 :
"C’est ainsi que de la sensation vient ce que nous appelons le souvenir, et du souvenir plusieurs fois répété d’une même chose vient l’expérience, car une multiplicité numérique de souvenirs constitue une seule expérience. Et c’est de l’expérience à son tour (c’est-à-dire de l’universel en repos tout entier dans l’âme comme une unité en dehors de la multiplicité [i;e: ♡⚤𓁜] et réside une et identique dans tous les sujets particuliers) que vient le principe de l’art et de la science, de l’art en ce qui regarde le devenir, et de la science en ce qui regarde l’être.[i.e. : ♧♻]" cité p.117
La déroute du sensible et le modèle "machiste" :
2/ Le passage du niveau [⚤] au niveau [♻] :
- Il y a dans le passage précédent la jointure ♡⚤/♧♻.
- Il ne suffit pas de l'affirmer, il faudrait le démontrer à partir du texte d'Aristote.
- Ah ! C'est là où ça devient intéressant. Je file à travers le texte (sur lequel nous reviendrons) pour arriver au principe d'induction (έπαγωγή). Je dis que l'induction se passe au niveau [♻].
- En t'appuyant sur quel texte ?
- Sur ceci :
"... les concepts les plus universels sont les catégories – le texte dit : τὰ ἀμερῆ, à savoir les concepts «impartageables» (trad. Tricot) ou «absolument simples» (trad. Moreau), bref indivisibles, parce que, contrairement aux autres concepts universels, ils ne sont pas constitués à partir d’un dividende, le genre, et d’un diviseur, la différence spécifique." p. 121
Ici, nous partons clairement d'un tout pour en distinguer les parties, et non de l'accumulation d'expériences.
- Mais comment concilier ceci avec ta représentation d'une démarche purement immanente sur R↑?
- Il faut vraiment être convaincu d'avoir toujours affaire à un principe de répétition, autrement dit d'un bouclage sur un ruban de Moébius pour comprendre la démarche comme nécessaire, du point de vue d'Aristote.
"Quand l’une des choses spécifiquement indifférenciées s’arrête dans l’âme, on se trouve en présence d’une première notion universelle ; car bien que l’acte de perception ait pour objet l’individu, la sensation n’en porte pas moins sur l’universel : c’est l’homme, par exemple, et non l’homme Callias." p. 123
Processus que je représente de cette façon :
Tu comprends à présent ma surprise de retrouver chez Aristote un mécanisme auquel nous ne cessons de nous référer ! (voir "Les neurones de la lecture")
"Puis, parmi ces premières notions universelles, un nouvel arrêt se produit dans l’âme, jusqu’à ce que s’y arrêtent enfin les notions impartageables et véritablement universelles : ainsi, telle espèce d’animal est une étape vers le genre animal, et cette dernière notion est elle-même une étape vers une notion plus haute." p. 123
Et c'est depuis ♧♻𓁜 que le processus se poursuit avec les notions d'inclusion, et de partage, ♧♻𓁜↑𓁝♡♻ pour tendre in fine vers une globalité 𓁝♡♻↑ ♡♻𓁜 (impartageable) . Strictement parlant, tu ne pourrais en aucun cas arriver à une telle fermeture par un processus purement dénombrable à partir du multiple au niveau [⚤] !
Le 14/ 11/ 2025 :
- Est-ce qu'à partir de cette thèse, tu peux situer les différents concepts qui vous se développer autour de la démarche aristotélicienne ?
- Reprenons calmement notre lecture et voyons si notre théorie tient le choc.
"Les Analytiques rem-placent toutefois le terme vague de «croyance universelle» par celui d’«Universel» proprement dit, et ils lui attribuent deux propriétés :
À première vue, ces deux caractères correspondent aux deux premières sortes d’universaux distinguées par les commentateurs néoplatoniciens du VIe siècle, i.e.
En réalité, par l’expression «universel sorti de la pluralité», c’est-à-dire «mis à part», «excepté de», Aristote vise au contraire la troisième sorte d’universel, sa thèse étant que l’universel qui «repose dans l’âme», παρὰ τὰ πολλά, est l’universel même qui «réside dans tous les sujets particuliers»." p. 118
Il y a plusieurs difficultés :
Je te propose ceci, en attendant d'y voir plus clair :
| Universel postérieur | ♡⚤ | ♡♻ | Universel antérieur | |
| ↑ | ⇙ | ↑ | ||
| ♧⚤ | ♧♻ |
"Pour prendre la mesure de ce qui caractérise la thèse d’Aristote par rapport à Platon, il faut comprendre en quoi la double affirmation que l’universel existe en dehors de la pluralité tout en résidant identiquement dans chaque particulier, loin d’être une contradiction, forme, au contraire, le noyau d’une théorie à la fois originale et cohérente. Pour ce faire, il faut analyser en détail la suite du texte" p. 119
Je comprends le problème de cette façon : par l'observation de l'objet, tu arrives à un "universel postérieur" identifié dans cet objet : c'est la jointure discours—♡⚤/ ♧♻—substance, qui tu permets de reconnaitre l'Homme en Socrate. Ensuite, par inclusions successives, tu passes des hommes aux espèces, et au genre en ♧♻↑♡♻. Vérifions-le :
"〈Th1〉 : Les universaux, «en repos dans l’âme», principes de l’art et de la science, sont des habitus.
Commentaire : L’universel est une disposition stable de l’âme, c’est-à-dire la «stabilisation» en elle d’une «multiplicité numérique de souvenirs».
La notion de stabilisation renvoie à une thèse centrale de la Physique (reprise en De an., I, 3, 407a32) où, sur la base d’une étymologie liant ἐπιστήμη (science) et στῆναι (s’arrêter), Aristote pose que «la pensée discursive (διάνοια) connaît et pense par repos et arrêt» (Phys., VII, 3, 247b10). Selon Tricot, ce qui se stabilise ainsi en l’âme est «ce qu’il y a de commun entre plusieurs images» sensibles «différentes». Pour J. Moreau, la stabilisation est le produit relatif de la persistance et de la superposition des images sensibles. En fait, c’est dans les lignes suivantes qu’Aristote propose un modèle pour définir le processus de stabilisation." p. 119
Je traduirais volontiers "en repos dans l'âme" par le passage à la limite :
répétition—♧𓁜⇅𓁝♡↑♡𓁜—stabilité.
Quant à la "pensée discursive" (διάνοια), si l'on revient à l'étymologie, il s'agirait d'un développement du raisonnement "par étapes".
- Ce qui ramènerait au mode ♢ ?
- Oui, avec le dual νοῦς (noûs), en mode ♡ sémantique:
pensée discursive (διάνοια)— ♢/♡— (νοῦς) compréhension
Sans oublier la distinction entre une pensée qui va conduire à l'objet discriminant en ♢⚤ et un principe de conservation en ♢♻. On pourrait également repérer dans la succession arrêt/ repos, la future distinction saussurienne synchronie/ diachronie...
- Bref chez Aristote c'est comme chez Castorama : il y a tout ce qu'il faut... J'y retrouve même l'habitus de Bourdieu ! (voir "La distinction")
- C'est effectivement très impressionnant, mais finalement, n'est-ce pas à l'appui de notre thèse? À savoir que nous ne faisons jamais que circuler, chacun à sa façon, sur une même topologie Imaginaire ? Continuons :
"〈Th2〉 : Ces habitus ne sont ni «innés en nous sous une forme définie» ni «tirés d’autres habitus plus connus», mais tirés des sens.
Commentaire : Les universaux sont produits à partir des sensations, ils n’existent pas d’avance, tout prêts, dans l’âme." p. 120
Petite difficulté : comment des universaux pourraient-ils être tantôt issus de la multiplicité, avec les expériences, tantôt antiérieurs ?
- Pas de problème si l'on est sur un ruban de Moébius...
- Oui, toi tu en as le concept a posteriori, mais certainement pas Aristote ni ses commentateurs, d'où certaines difficultés et un joli automatisme de répétition en perspective...
"〈Th3〉 : Le processus de formation de l’universel à partir des sensations est comparable à l’arrêt d’une débandade. L’universel se constitue à partir des images sensibles comme, «dans une bataille (ἐν μάχη), au milieu d’une déroute, un soldat s’arrêtant, un autre s’arrête, puis un autre encore, jusqu’à ce que l’armée soit revenue à son ordre primitif».
Commentaire : Le modèle de la production de l’universel est la «stabilisation» d’une armée en déroute par l’arrêt successif des fuyards. Tel que l’entend Aristote, le «rassemblement logique» dont parlera Syrianus est celui d’un front qui se reforme au cœur d’une bataille (ἐν μάχη) en train de se perdre. Le modèle qui préside à la théorie aristotélicienne de la genèse du concept empirique est donc machiste plus que machiniste. L’aspect militaire de cette comparaison a troublé les traducteurs et les copistes médiévaux – Jacques de Venise a laissé le terme en grec, les copistes le «latinisant» sous les formes les plus diverses, depuis in machine jusqu’à in mathematice." p. 120
J'ai galéré un peu pour trouver d'où vient "machiste", qui n'est pas d'usage connu, peut-être a-t-il fait l'objet d'une définition dans un autre ouvrage d'Alain de Libéra (Perplexity n'a rien trouvé (lien) ? En tout cas, il faut référence à la bataille (μάχη).
- Passe-nous les détails et vient à l'essentiel.
- Tu as raison, l'essentiel est cette idée même de ressaisissement au coeur de la tourmente. Tout d'abord, je suis impressionné par cette image, qui renvoie effectivement au processus neurologique de "reconnaissance" se traduisant par une baisse d'activité neuronale lorsque le percept accroche une synapse renvoyant à un concept déjà là. (voir " Les neurones de la lecture")
Ensuite, c'est cohérent avec la démarche cohomologique développée en topologie algébrique, que nous avons représentée dans le même mouvement ascendant ♧⚤↑♡⚤ ! (voir "La cohomologie et toutes ces sortes de choses")
- D'autant plus qu'il s'agit là d'un "rassemblement logique", donc expressément de niveau [⚤] !
- Oui, mais cette idée de "ressaisissement" implique également un ordre antérieur à "retrouver", ce qui conforte notre schéma:
| Universel postérieur | ♡⚤ | ♡♻ | Universel antérieur | |
| ↑ | ⇙ | ↑ | ||
| ♧⚤ | ♧♻ |
Vérification :
"Quelle est la signification d’un tel modèle ? L’idée de restauration d’un ordre primitif semble être la version aristotélicienne de la réminiscence dans le platonisme vulgaire. Le sensible n’est pas l’occasion du «ressouvenir» de Formes contemplées par l’âme avant sa chute dans le corps, c’est la remise en ordre de ce qui est dispersé, c’est-à-dire présenté de manière éparse, dans les sensations affectant une âme entendue comme «forme d’un corps naturel organisé». À cette remise en ordre Aristote donne le nom d’«induction» (ἐπαγωγή).
- OK, tu retrouves ton point de départ, avec cette "induction" en [♻], qui suit le discours en [⚤]... Mais comment le retrouver chez Aristote ?
- Par des ambivalences, et un flou dans le positionnement des concepts, en particulier, dans le passage de l'universel "postérieur à la pluralité des expériences" ♡⚤, à la "substance" du sujet sensible : ♡⚤/♧♻. Pour nous, et après la méca Q, ça n'offre pas de difficulté : "l'objet" est un "observable" c.-à-d. "mesurable", autrement dit stable à travers ses représentations (en cela nous restons aristotéliciens); mais Aristote postulant une cassure entre "de dicto⚤" et "de re♻", il y a une solution de continuité (qui n'a plus de sens pour nous)...
- Es-tu sûr qu'il faille passer par la substance en ♧♻ pour définir les catégories ?
- Lis ce qui suit :
"Dans sa description de l’induction en Seconds Analytiques, II, 19, Aristote thématise donc d’abord ce que présuppose la «prise en considération d’un groupe d’individus semblables entre eux et indifférenciés», considération nécessaire à la détermination même de l’«élément identique» qui les caractérise, à partir de deux énoncés centraux de Physique, VII, 3 sur le rapport du général et du particulier dans la sensation et le fonctionnement de la pensée discursive par arrêt sur l’image. Ainsi, à sa manière, Aristote réécrit le passage stratégique du Ménon 〈Q2〉-〈R2〉 où Socrate fait reconnaître à son interlocuteur une «non-différence» ou «indifférence» spécifique entre individus avant de le contraindre à en inférer l’εἶδος commun sur quoi régler leur «définition essentielle» (περὶ οὐσίας)..." p. 123
Le passage de Ménon qu'Aristote réécrit, nous en avons déjà parlé : il s'agit du passage ♡⚤/♧♻, commun au deux démarches :
| Platon | Aristote | ||||||
| [⚤]♡ | ← | [♻]♡ | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ⇘ | ↑ | ⇘ | ↑♢♻ | εἶδος | |||
| [⚤]♧ | ← | [♻]♧ | ♧⚤ | ♧♻ | οὐσίας | ||
"Un groupe d'individus semblables entre eux" : ils faut d'abord un "jugement" du Sujet, pour les déclarer "semblables, et nous partons bien de ♡⚤𓁜 pour "juger" les individus, au-delà de ce qu'ils paraissent, dans ce qu'ils "sont" : ♧♻𓁜.
"... L’originalité de Seconds Analytiques, II, 19, est de se situer non seulement avant la considération d’un groupe d’individus «indifférenciés», mais avant la présentation d’une multiplicité ou pluralité quelconque, c’est-à-dire au niveau même de la perception de l’individu singulier. Pour Aristote, en effet, la première saisie de l’universel a lieu dès et dans l’appréhension du singulier : reconnaître individuellement Callias, c’est d’abord ou en même temps apercevoir un homme. L’abstraction inductive suppose une première saisie, une perception, de l’universel dans le singulier." p. 123
Là, nous retrouvons le dual du bouclage précédent : ♡♻/♧⚤ dont nous avons déjà discuté plus haut, qui est inversé par rapport à Platon :
| Platon | Aristote | ||||||
| [⚤]♡ | ← | [♻]♡ | ♡⚤ | ♡♻ | |||
| ⇗ | ↑ | ⇙ | ↑♢♻ | εἶδος | |||
| [⚤]♧ | ← | [♻]♧ | ♧⚤ | ♧♻ | οὐσίας | ||
Je crois que notre topologie rend bien compte de la différence entre les deux approches.
- Es-tu bien sûr du processus en ♢♻?
- Ça me semble clair :
"C’est pourquoi, là où Platon se contentait de faire dire à Ménon que ce n’est pas «du fait qu’elles sont des abeilles que les abeilles diffèrent les unes des autres», pour y fonder la possibilité d’apercevoir leur commun, Aristote pose plus radicalement que, dès la sensation du singulier, ce qui est perçu est une «chose spécifiquement indifférenciée», autrement dit à la fois une abeille et le fait qu’elle est abeille. Selon lui, c’est sur ce premier arrêt de l’universel que s’ajoutent et se superposent les arrêts successifs des «notions plus universelles», jusqu’à remonter pour finir aux genres catégoriels suprêmes."
Il y a bien en arrière fond de la perception, cette idée commune que nous retrouvons dans ♡♻/♧⚤. Par ailleurs, "s'ajoutent et se superposent" est bien que opération de d'inclusions étape par étape. Ce qui me permet de compléter le schéma en posant les "catégories premières en ♡♻.
| Aristote | |||
| ♡⚤ | ♡♻ | Catégories | |
| ↑ | ⇙ | ↑♢♻ | εἶδος |
| ♧⚤ | ♧♻ | οὐσίας | |
- Mais où est le principe Unitaire, derrière les catégories ?
- Contrairement à Platon qui l'explicite pleinement en [♻]♡𓁜, Aristote utilise un oxymore non identifiable pour s'y référer :
— 🤖 : “Ainsi donc, rationnellement et numériquement, le premier moteur est unique et immobile ; et ce qu’il meut éternellement et continuellement est unique aussi.”
— Métaphysique, Λ (1073a-1074b)
- Tu veux dire que faute de pouvoir l'identifier, il reste en posture ex ante 𓁝?
- On peut le comprendre comme cela :
L'auteur conclut ainsi :
"C’est au moment précis où s’achève la théorie de l’induction de l’universel à partir de la sensation qu’Aristote, qui venait de s’arracher au platonisme sur le terrain même du Ménon, semble y retomber. Cette rechute apparente est ce qui a légitimé l’interprétation péripatéticienne et la réactivation, dans un cadre nouveau, du modèle concordataire de Syrianus." p. 124
Et nous venons de situer cette "rechute apparente" dans la jonction commune ♡⚤/♧♻ à Aristote et Platon, alors que leurs voies sont essentiellement orthogonales:
Platon—R←⊥R↑—Aristote.
Pensée discursive, intuition intellectuelle et connaissance métaphysique :
- Bien entendu, si Platon et Aristote trouvent un terrain de jeu commun en ♡⚤/♧♻, Aristote a du mal à expliquer comment une idée générale en ♡⚤ pourrait précéder l'observation dans ce mouvement ♧⚤↑♡⚤, quand il est évident chez Platon grâce au lien direct [⚤]♡←[♻]♡.
- D'où le recours à "l'intuition" ?
"Les dernières lignes de Seconds Analytiques, II, 19 (100b5 sq.), introduisent une sorte de rupture avec l’«empirisme sensualiste» censé régner dans sa première partie. De fait, après avoir affirmé que les habitus ou «principes» de l’art et de la science provenaient, via l’universel «en repos dans l’âme», de la «perception sensible», un thème que la scolastique synthétisera dans l’adage : Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu, Aristote déclare brutalement que «les habitus par lesquels nous saisissons la vérité» relèvent d’une faculté supérieure au «raisonnement», celle que J. Tricot présente sous le terme «intuition»" p. 125
- Oui. Bon, pour nous pas de problème, puisque le circuit R↑ est bouclé sur une surface non-orientée, les concepts d'avant/ après sont très relatifs, mais faute d'une telle représentation topologique en tête, conçois que cela puisse faire naître quelques palabres.
- Soit, mais concrètement, il faut bien situer cette "intuition", non ?
- Suivons l'auteur :
"La coordination de l’«indivisible» et de l’«immatériel» dans une même théorie de l’intuition des essences, la hiérarchisation qu’elle implique entre la raison ou et l’intellect ou , la discursivité et l’intuition, pouvaient donner lieu à deux théories différentes.
Dans un cas, l’intellection des «immatériels» revenait à penser l’essence immatérielle d’un être composé de forme et de matière, à l’abstraire ; dans l’autre, elle revenait à penser une Forme immatérielle séparée de tout être matériel." p. 126
Pour faire simple :
- Nous parlons ici d'Aristote...
- Oui, je le sais bien, mais là, il y a une dissonance avec une forme en ♡♻ qui serait approchée dans un processus immanent ♢♻↑♡♻, à partir de la substance ♧♻↑♢♻... Ou alors, il faut parler d'un premier pas —très platonicien: 𓁝∅♻↓♡♻𓁜—; mais qui rompt avec l'idée générale d'une démarche purement immanente...
- D'après de Libera, ce serait cette dernière voie qui aurait été suivie en premier par Syrianus.
"Auparavant, il nous faudra présenter ce qui l’a tantôt encadrée, tantôt simplement accompagnée : la théorie des trois états de l’universel et le prolongement particulier que lui a donné Syrianus en introduisant une théorie des Formes réhabilitant la réminiscence platonicienne sans sacrifier l’abstraction aristotélicienne." p. 127
Le sceau de l’universel, ou l’empreinte du héros
- Nous partons de l'idée de l'impression dans la cire par le chaton d'une bague.
"Comme l’a montré Philippe Hoffmann, dont nous suivons ici l’exposé, Ammonius, Élias et David «comparent l’Universel sous ses trois états
- En revenant à notre topologie, nous aurions :
| Aristote | ||||
| imprimé dans l'âme post re |
♡⚤ | ♡♻ |
modèle unique εἶδος |
|
| ↑ | ⇙ | ↑ | ||
| images sensibles | ♧⚤ | ♧♻ |
substance + forme |
|
"Les trois acceptions du mot εἶδος,
se laissaient facilement coordonner par la métaphore de la bague. La définition de l’universel abstrait comme ὑστεργενές, c’est-à-dire «postérieur dans l’ordre de l’être», permettait en outre de rejoindre un des thèmes centraux de l’aristotélisme, puisqu’elle exprimait le statut «logiquement postérieur» du concept empirique abstrait, tel que l’énonçait la formule du De anima, I, 1, 402b7-81 ." p. 126
- C'est un peu une histoire de chaises musicales cette affaire !
- Bien sûr, entre 4 chaises et deux joueurs qui circulent entre elles, en sens inverse. L'important pour nous est de vérifier que notre représentation topologique peut supporter tous les avatars de ce εἶδος. Ça semble le cas, par ailleurs, ça introduit une catégorisation qui va traverser les siècles :
"Il y a trois types d’universaux :
Ces trois types d’universaux, ou plutôt ces trois états de l’universel, peuvent être comparés aux trois états du portrait du héros :" p. 129
- Tu tournes en boucle mon ami...
- Oui, désolé, nous aurons l'occasion d'y revenir:
"La théorie scolastique latine des trois états de l’universel, ante rem, post rem et in re, est le prolongement médiéval de la théorie néoplatonicienne des universaux. Nous y reviendrons bientôt." p. 131
Les Formes de Syrianus ou comment harmoniser Aristote et Platon :
"Toute la pensée moderne depuis Kant a été travaillée par le problème de la relation entre le concept et l’Idée. Chez Kant, le concept de l’entendement et l’Idée de la Raison sont à la fois opposés et articulés. Chez Hegel, ils sont opposés. Ce problème d’articulation du concept et de l’Idée a existé durant tout le Moyen Âge, et les diverses écoles philosophiques se sont constituées soit pour établir sa réalité soit pour supprimer un des termes au bénéfice de l’autre. Ce faisant, toutefois, c’est un modèle unique, celui de la lecture concordataire de Platon et d’Aristote telle que l’avait formulée le néoplatonisme, qui a été mis en crise." p. 131
- Voilà qui me rassure : nous ne faisons pas ce détour par le Moyen Âge pour rien. Mais si de Libera fait le lien entre cette querelle Aristote/ Platon et Kant, ça relativise beaucoup tout le travail de Michel Foucault, qui passe allègrement dessus pour commencer son exploration à la Renaissance !
- J'aimerais effectivement avoir l'avis de l'auteur sur la question... Et il enfonce le clou car Foucault n'a pas ignoré la phénoménologie :
"Une même structure porte ainsi, de ce point de vue, tout le développement philosophique de l’Antiquité jusqu’à l’idéalisme allemand et, à travers lui, jusqu’à la critique phénoménologique de la doctrine empiriste de la formation du concept général abstrait." p. 131
- Passons, mais quoi de neuf dans ce passage ?
- Nous avons identifié une orthogonalité radicale entre les parcours de Platon et Aristote, qui doit nécessairement passer —chez ceux voulant les réconcilier— par une tâche aveugle que nous avons identifiée d'entré de jeu, à savoir le point ♢# de la topologie où nous nous situons pour en parler. Il est donc intéressant de voir comment les exégètes des nos philosophes, dans leur désir d'une conciliation, ont pu ressentir cette absence.
"Cette liaison structurelle n’en laisse pas moins apparaître un manque. Plus exactement, c’est sur la disparition du moyen terme qui, dans le néoplatonisme tardif, permettait d’assurer théoririquement la complémentarité des doctrines d’Aristote et de Platon que se sont fondées les reconstitutions ultérieures.
Ce foyer manquant, cette tache aveugle, cette suture oubliée réside dans une thèse particulière des commentateurs tardifs d’Aristote, qui n’a reçu que depuis peu l’attention qu’elle méritait. Le programme en est simple : il s’agit de mettre en relation la doctrine des trois états de l’universel avec une sémantique et une psychologie reprenant la distinction (développée par Simplicius) entre les mots ( , ou ) et les choses ( )1,
- Tu vois que nous n'étions pas loin, en repensant à Michel Faoucault !
... "La triade des mots, des concepts et des choses se redéfinit en une structure à cinq termes, regroupant les mots, les choses singulières, les concepts abstraits, les Formes psychiques et les Formes séparées, une structure où s’articulent deux processus gnoséologiques distincts, mais complémentaires :
- Où nous retrouvons le mariage de la carpe R← et du lapin R↑...
" Chez Syrianus, promoteur de cette nouvelle doctrine adoptée par les néoplatoniciens des Ve et VIe siècles, l’articulation de l’abstraction [♧♻↑♡♻] et de la réminiscence[[⚤]♡←[♻]♡] est présentée comme un véritable dynamisme où, comme l’a magistralement établi Ph. Hoffmann, l’universel «aristotélicien» joue le rôle de déclencheur de la réminiscence «platonicienne»." p. 132
- Mais est-ce que Syrianus n'aurait pas réussi à harmoniser les deux démarches, se retrouvant ainsi sur le cross cap, sur le circuit Q ?
- A priori, non : il manque la notion de retour à l'expérience directe que l'on aurait dans l'enchaînement ↻/ ↻ ...
"...«il faut, chez l’homme, que l’acte d’intelligence ait lieu selon ce qui s’appelle Idée, en allant d’une pluralité de sensations à une unité où les rassemble la réflexion [♧⚤↑♡⚤]», et d’enchaîner : « Or c’est là une remémoration [[⚤]♡←[♻]♡] de ces réalités supérieures que notre âme a vues jadis, quand elle cheminait en compagnie d’un Dieu [𓁝∅♻], quand elle regardait de haut ces choses [𓁝∅♻↓♡♻𓁜] dont à présent nous disons qu’elles existent, quand elle dressait la tête vers ce qui a une existence réelle» La juxtaposition, dans la même phrase,
posait un problème cuisant à tout néoplatonicien : comment articuler l’inarticulable, à savoir
- CQFD !
- Tu t'amuses bien avec tes petits glyphes...
- Mon ami, je voudrais qu'il te deviennent si familiers que tu ne puisses plus t'exprimer sans les utiliser. 😉
- Amen
Hari
Note 1 :
Repris dans notes de lecture # 18 du 03/ 11/ 2025 :
Repris dans notes de lecture #19 du 05/ 11/ 2025 :
Repris dans notes de lecture #20 du 07/ 11/ 2025 :
Repris dans cet article : aucun
À suivre :