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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La querelle des universaux #30 — XIII siècle — Logique scolaire & réalisme théologique

 

Le 30/ 01/ 2026 :

- Voir le nouvel article #30 Bis. Je ne garde cet article que pour me souvenir des mes erreurs et garder une trace de ma propre évolution! 

Le 13/ 01/ 2026 :

Tout est à reprendre  concernant Avicenne: j'ai fait une énorme erreur d'interprétation en présentant Avicenne sur le cross cap dans le circuit ↻ ! 

(voir #33)

 

Le 23/ 12/ 2025 :

- Ma lecture du livre d'Alain de Libera m'aide à prendre conscience au fur et à mesure que j'avance, de ma très grande ignorance des sujets que je traite. Je voudrais m'en excuser auprès des quelques fidèles qui m'accompagnent dans cette exploration.

- Tu avances par essais et erreurs, comme tout un chacun, l'essentiel est de modifier ton point de vue en conséquence...

- Oui, bien entendu, mais faute de maître, il m'est difficile parfois de rectifier rapidement, et il m'arrive de m'enfoncer dans le labyrinthe plus que nécessaire, en sortir est d'autant plus malaisé que je m'y aventure depuis longtemps.

- Tout ça pour nous dire quoi ?

- Nous avons maintenant suffisamment de matériaux pour alimenter notre entropologie, et surtout caractériser/ connoter les différents pôles de notre topologie de l'Imaginaire, à partir de la circulation des uns et des autres entre les concepts qu'ils choisissent de connecter, et je vais donc poursuivre en m'appuyant plus fortement sur notre IA Perplexity, en suivant cette démarche :

  1. Pour chaque pas en avant, vérifier la cohérence de ce que j'ai proposé jusqu'à présent, en particulier mes hypothèses de départ (platonisme, aristotélisme, néo-platonisme, etc.) et suivre les cheminements/ évolutions des concepts au fil du temps;
  2. Tester la cohérence de mes textes, pas à pas, en cours d'écriture, par rapport :
    • au corpus accessible à l'IA;
    • à mes textes précédents;
    • au code de notre entropologie;
  3. Commencer à préparer le pas suivant : reconstruire ce que visiblement Foucault a loupé en définissant l'esprit de la Renaissance à partir de Paracelse (oubliant Galilée, Montaigne, Spinoza voire Descartes). L'objectif : repérer le moment où les philosophies anglo-saxonnes et continentales se différencient l'une de l'autre.

- Et donc ?

- J'ai donné à lire l'ensemble du texte à l'IA, en demandant une introduction pour chacun des chapitres qui suivent : je voudrais voir le film en accéléré se dérouler sous mes yeux. 

- Tu veux écrire en parallèle les articles #30, #31, #32, #33 & #34 ?

- Et même reprendre ce qui doit l'être des précédents. Si je veux valider notre topologie, la cohérence doit être sans faille.

- Dis-nous tout : qu'est-ce qui te tracasse ?

- Par exemple, chez Platon, je me suis jeté un peu trop vite sur sa théorie éponymique, parce qu'elle cadre bien avec la jointure [⚤]/[♻]. Mais une rapide vérification (ce que je n'avais pas fait) aurait tout de suite nuancé son importance (voir discussion sur le Cratyle). Cette théorie ne devient vraiment fondamentale qu'au XIIe & XIIIe siècle chez les grammairiens. C'est de ce genre d'imprécision que je voudrais me garder en tout premier. Sans parler de concepts tels que "essence" ou "concept", qui vont se balader en tous sens comme des reines sur notre échiquier.

Par ailleurs, ces fluctuations m'amènent à plus de souplesse dans ma définition des parcours. Dire qu'un circuit est "bouclé", comme celui d'Aristote, tel que je le symbolise par R, doit laisser la possibilité d'envisager des répétitions de type ⇅. Et il faut également définir correctement ces répétitions (comme la dialectique [⚤][♻] et les oscillations [⚤][♻] chez Platon; cf. "Logique et mouvement").

Toujours dans le même souci de rigueur, la recherche des indices confirmants un parcours, doit s'accompagner d'une recherche des indices d'un refus ou d'une incapacité d'une pensée se déployant "en dehors" du parcours envisagé. On n'a pas toujours la chance d'un choix aussi clair que celui de Parménide (ce qui est est), accompagné de la revendication complémentaire d'un refus (ce qui n'est pas n'est pas).

- OK, donc, tu as besoin d'être épaulé par une IA, faute de dialoguer avec des spécialistes?

- À la limite, je préfère !

- Explique ?

- N'ayant pas d'ego, et doté de la patience infinie d'un GPS, il ne fait que répondre à mes questions. J'apprends en corrigeant sans cesse ma façon de le questionner, comme un bébé teste les limites de sa nounou : il ne cherche pas à m'éduquer —et son point de vue ne reflète que le mien— mais il me sert de garde-fou contre des erreurs factuelles ou contre mes incohérences et ambiguïtés personnelles. La discussion avec des contradicteurs viendra lorsque j'aurai terminé le parcours, et l'on m'objectera que je n'ai pas inventé l'eau tiède...

- D'accord, donc, chacun des cinq articles à venir aura une structure commune?

- Oui :

  1. Sommaire de de Libera;
  2. Résumé de Perplexity;
  3. Filage "assisté" du texte et restitution topologique;
  4. Hors texte : révision des articles précédents par Perplexity et éventuelles corrections de ma part (en bleu ou par notes séparées).

5. La scolastique latine du XIIIe siècle

  • LA LOGIQUE SCOLAIRE
    • Définition de l’universel 
      • Tradition de Paris
      • Tradition d’Oxford
    • Différence entre universel et prédicable
      • Tradition de Paris
      • Tradition d’Oxford.
        «Esse in multis/ dici de multis» : habitude et aptitude selon Nicolas de Cornouailles
      • La proposition «L’homme est une espèce» et la supposition simple
      • Prédication in quid et prédication paronymique
  • LE RÉALISME THÉOLOGIQUE : ROBERT GROSSETESTE ET ALBERT LE GRAND

 

Présentation Perplexity

  1. La logique scolaire (logique parisienne et oxonienne)

Dans les universités du XIIIᵉ siècle, il existe deux discours sur les universaux : celui des manuels de logique scolaire (faculté des arts) et celui, plus métaphysique, des théologiens et philosophes travaillant sur l’«Aristote nouveau». Les manuels de logique restent proches de la tradition porphyrienne et boécienne, évitent officiellement la métaphysique, mais véhiculent de fait un réalisme implicite de l’universel «dans la chose».

Deux traditions institutionnelles structurent cet enseignement logique :  

  • À Paris, la tradition est plutôt réaliste : l’universel est pensé comme une «chose universelle» prenable dans un langage de participation (une même nature présente en plusieurs individus).
  • À Oxford, la tradition est moins nettement réaliste : les manuels (Ut dicit…, Cum sit nostra…) déploient plus systématiquement la tripartition avicennienne (universel en acte, en puissance, selon l’intellect) et ouvrent la place à des cas-limites comme la chimère ou le phénix, universels pensables sans correspondants réels.

Au cœur de cette logique scolaire, deux questions dominent :  

  • La définition de l’universel (ce qui est prédicable de plusieurs, en acte ou en puissance, voire seulement «par l’intellect») ;  
  • La distinction universel/ prédicable : à Paris, on tend à les identifier (même chose en substance, distinguée par la fonction logique) ; à Oxford, on articule universels et catégories (praedicamenta) en insistant sur la structure du discours.
  1.  Le réalisme théologique

Sur ce fond logique se greffe un réalisme à dominante théologique, où l’universel est pensé comme une «quiddité» ou «essence» ayant un statut quasi divin ou lumineux, diffusé dans les singuliers. Les guides scolaires (comme le Guide de l’étudiant parisien) présentent ainsi les universaux comme :  

  • Des «formes» qui sont comme un certain être divin présent en chaque chose ;  
  • Des lumières ou illuminations qui émanent de la Cause première ;  
  • Des réalités qui demeurent en elles-mêmes tout en recevant, dans les singuliers, un être actuel par lequel elles sont dites «en acte».

Ce réalisme théologique se traduit par la thèse :  

  • Que l’universel est en acte non dans l’intellect, mais dans les singuliers ;  
  • Que l’universel ainsi «actualisé dans la pluralité» constitue une première grande forme de réalisme métaphysique aristotélicien (substituant aux formes platoniciennes une nature commune in re).

Ce réalisme métaphysico‑théologique domine longtemps comme adversaire principal, d’abord face au conceptualisme d’inspiration avicennienne et averroïste, puis face au nominalisme de la fin du Moyen Âge. Il s’articule à une ontologie où la nature ou essence est pensée comme un «tout» qui se retrouve réellement dans chaque individu, avec une coloration néoplatonicienne (lumière, participation, rayonnement divin) jamais totalement effacée.


Le 06/ 01/ 2026 :

- Retour au bercail, après une fin d'année dans la Serra da Bocaina. Mise en pause pendant laquelle certaines choses se sont peu à peu décantées, et vont certainement orienter ma lecture d'aujourd'hui.

- Vas-tu suivre le programme que tu t'étais fixé ?

- Oui : la présentation de l'IA me semble assez claire, et la relecture devrait nous permettre d'assurer l'ancrage des concepts employés, tels que universel, prédicable, quiddité ou essence, tout en évitant de me perdre dans les détails historiques.

- Il faut savoir si tu suis le texte ou non ?

- Je repense à l'idée du "phylum humain" de Theillard de Chardin.

- C'est un peu contraire à l'idée du rhizome de Deleuze et Guattari dont tu nous parlais encore il y a peu (voir "Du rhizome au cross-cap #2").

- Effectivement, disons que ce "phylum" n'est qu'un bourgeon occidental d'un rhizome humain. (Note 1) Bref, tout ceci pour dire que nous ne nous intéressons à ces péripéties historiques que dans l'espoir d'y repérer nos racines culturelles actuelles.

- OK, et si tu t'y mettais ?


LA LOGIQUE SCOLAIRE

Définition de l'universel

"Les deux définitions anglaise et continentale de l’universel partent des mêmes éléments : les trois définitions proposées successivement par Avicenne dans la Métaphysique du Shifâ’. Elles en font une synthèse plus ou moins homogène et adaptée." p. 295

"Dans la tradition parisienne, l’universel est défini comme un «prédicable» possédant en acte ou en puissance une pluralité de sujets. Ces divers types de sujets – homme, Soleil, Phénix –, que l’on va retrouver dans les deux traditions scolaires, correspondent aux deux premières définitions de l’universel chez Avicenne." p. 295

- Revenons à Avicenne  (voir #28) et à "la doctrine des trois états de l'universel" pour nous rafraîchir la mémoire : 

"Les commentateurs néoplatoniciens, Ammonius, Élias, David, Simplicius, distinguaient trois types d’universaux :

  1. les universaux antérieurs à la pluralité (πρὸ τῶν πολλῶν);
  2. les universaux dans la pluralité (ἐν τοῖς πολλοῖς);
  3. les universaux postérieurs à la pluralité (ἐπὶ τοῖς πολλοῖς).

Avicenne reprend cette distinction dans la Logique du Shifâ’, précisément dans la partie, conservée en Latin, consacrée à la paraphrase de l’Isagoge. Il la déclare lui-même ancienne, ou «usuelle», et la répète fidèlement, jusque dans le vocabulaire.

Là, il s'agit pour Avicenne de recoller au néoplatonisme dans le second cycle (3)—(4) métaphysique, et plus spécifiquement dans la descente  commune aux deux approches. 

postérieurs
(logiques)
abstraits (mentaux)
[⚤] 
(4)
[♻]
antérieurs (intelligibles)
séparés(divins)
      ↓(3)  
      dans la pluralité (physiques)
  Méta-physique  

- Tu remarqueras :

  1. Qu'Avicenne est sur un cross-cap, quand les Reales sont a priori sur un Ruban de Moébius R;
  2. Que nous sommes ici dans la partie "métaphysique" du schéma d'Avicenne, délaissant complètement l'aspect physique de l'approche;

- Ce qui  est cohérent avec ce qu'en retient la tradition Parisienne :

antérieurs (intelligibles) /séparés(divins)
 
dans la pluralité (physiques)

- Oui, jusque là tout baigne, continuons.

"Dans la tradition d’Oxford, les deux principaux manuels ont des positions différentes,

  • la Logica Ut dicit met l’accent sur la définition aristotélicienne de l’universel comme prédicable (De interpr., 17a39-40),
  • la Logica Cum sit nostra (qui fera l’objet d’adaptations jusqu’au XIVe siècle, notam- ment par le grand adversaire d’Occam, Gauthier Burley) est plus neutre – ce qui, à l’époque, profite au réalisme.

Contrairement à leurs homologues parisiens, toutes deux développent l’intégralité de la classification tripartite dérivée d’Avicenne, en introduisant le problème de la chimère, absent de la Dialectica Monacensis." p. 297

- Vois-tu le problème ?

- Oui : la troisième acception du terme en , (i.e.: postérieur à la pluralité) qui s'introduit naturellement chez Avicenne dans la partie physique de son approche (avec la différence entre "essence" et "existence"):

Essence
quiddité
"choséité"
λόγος

     
  ↑(1)      
Existence
quoddité
"anitas"

[⚤]
(2)
[♻] Chose
  Physique  

doit être ici repensé dans une approche selon la seule voie des mots  . Pour Avicenne, la chimère est un "objet potentiel", en [♻], ce qui va contre l'idée de "substance" dans une approche  .

- D'où des discussions sans fin pour trouver quelque "substance" à la chimère. 

"Le fait de traiter la chimère comme un universel est original, ce n’était pas le cas, par exemple, dans l’Ars Meliduna, qui excluait formellement de l’universalité les noms de tels objets. La théorie de la chimère proposée par Ut dicit est ambiguë : on peut en effet comprendre que, pour l’Anonyme, le terme «chimère» a des objets de référence, autrement dit des chimères, mais qu’il n’en est pas prédiqué en acte – parce que ces chimères sont de purs êtres mentaux, fictifs ou fictionnels. La théorie de Cum sit nostra, donne au contraire à penser que ce qui existe, ce n’est pas la chimère, mais les animaux dont elle est composée : le terme «chimère» étant prédiqué selon l’intellect de plusieurs animaux fusionnés ensemble partiellement, sans pouvoir être prédiqué d’aucun d’entre eux en acte (puisque aucun d’entre eux n’est complet) ni pouvoir non plus être prédiqué en acte du tout formé à partir des éléments empruntés à chacun." p. 298 (Note 2)

Tu relèveras au passage la difficulté de définir un "objet" par ses "parties" alors que précisément tout "objet" se définit comme une "totalité"; insécable depuis Parménide !

Différence entre universel et prédicable

"Le prédicable et l’universel sont en substance la même chose (idem sunt in substantia). Mais

  • l’universel est dit en tant qu’il est collectif de plusieurs en sa nature (collectivum multorum in naturam suam), comme animal collecte (colligit) homme, bête et les autres animaux, ou homme, Socrate, Platon et le reste des hommes particuliers.
  • Prédicable est dit en tant qu’il prend place (ordinatur) dans une proposition selon qu’il est dicible d’un autre.

Et ainsi l’un et l’autre est défini par Aristote dans le Peri hermeneias : «L’universel est ce qui de nature se dit de plusieurs.» Mais comme dicible de plusieurs est la même chose que prédicable de plusieurs, il est manifeste que prédicable et universel sont la même chose.  Cf. Nicolas de Paris, Summae Metenses, éd. De Rijk, in Logica Modernorum, II, 1, p. 470." p. 299

Nous avons là un magnifique exemple de ce que produit la projection de l'Imaginaire d'Avicenne", pleinement déployé sur le cross-cap —comme je pense en avoir fait la démonstration— sur un Imaginaire qui occulte la voie des choses. 

  Paris  
prédicable   universel
   
     

Dans le contexte, dire que "prédicable et universel sont en substance la même chose", c.-à-d., paradoxalement qu'ils sont "sans substance" se traduit très aisément par le fait qu'ils sont tous deux de mode "sémantique", soit ♡... L'indifférenciation tient à la difficulté de penser la partition de niveau [♻] dans une logique spécifiquement de niveau [⚤].

- Caractérisation a posteriori...

- ... Permettant d'identifier les difficultés rencontrées à l'époque.

- En bref, tu adoptes implicitement l'attitude du psychanalyste attentif aux symptômes du patient, non ?

- Dès lors que commence à se développer une pensée sur le cross-cap, il est évident que tout circuit exclusivement sur l'une des deux voies ⇅ ou ⇆, doit rencontrer des difficultés dues à la forclusion de la voie complémentaire.

- Manque repérable par un automatisme de répétition autour de l'obstacle...

- Comme il se doit. Et c'est ce à quoi nous assistons ici; car cette interprétation de l'école de Paris est bien entendu très discutable, même à l'époque.

- Là, nous revenons vers Aristote, sur R, comme les Nominales; et les "catégories" sont des faits de langage, en ♢.

  Oxford  
prédicable
universel
   
prédicaments
(catégories)
 
signifiants   objet singulier

"La prédication est la coordination des prédicables. Le prédicable est la même chose que l’universel. On appelle prédicaments (catégories) les dix coordinations des genres et des espèces, comme, dans le prédicament de substance, la substance est ordonnée sous la substance, le corps sous le corps, le corps animé sous le corps animé, etc. (1)
Le prédicament est l’ordination des prédicables selon le supérieur et l’inférieur. Le prédicable est ce qui est dicible de quelque chose. Tout ce qui est dans un prédicament est soit universel soit singulier.

  • Le singulier est ce qui est dit d’un seul, comme «cet homme» ou «Socrate».
  • L’universel est ce qui est prédiqué de plusieurs, à savoir le terme commun. (2)

(1).Cf. Anonyme, Ut dicit, III, éd. De Rijk, in Logica Modernorum, II, 2, p. 388.
(2). Cf. Anonyme, Cum sit nostra, II, éd. De Rijk, in Logica Moder- norum, II, 2, p. 432.
" p. 301

Tu remarqueras qu'ici toutes les catégories sont regroupées en ♢, sans particularité attachée au genre où à l'espèce (antérieurement en ♢)

"À l’évidence, les logiciens du XIIIe siècle ont été embarrassés par le fait que les universaux et les prédicables semblaient instantier la même chose en deux fonctions, distribuées selon la distinction

introduite par Aristote en Catégories," p. 300

- Bon, je ne vais pas m'appesantir, mais nous avons ici un symptôme du à l'incapacité de traiter correctement de la "participation" en ♢,  à l'aide de la pure logique du premier ordre en ♢.

"Dans les années 1270, le maître d’Oxford Nicolas de Cornouailles, probablement Nicolas de Mousehole (de Musele), a donc entrepris de reformuler la théorie avicennienne des universaux selon les deux axes de l’esse in multis et du dici de multis employés dans la formule du Shifâ’ : Universale est quod est in multis et de multis suae naturae suppositis.
[...]
Ce qui est exprimé au niveau de la prédication est fondé dans la propriété ontologique de la species, dans la relation qu’elle entretient avec ses «sujets». Le point stratégique est évidemment dans la relation esse in, le décrochage entre les espèces qui, comme homme, sont en acte ou, comme Phénix, en puissance dans la pluralité, et celles qui, comme Ciel, sont conçues en plusieurs par la pensée." p. 302 

Autrement dit, pour s'en sortir, Nicolas de Cornouailles réintroduit la distinction entre :

  • Les catégories relevant de la logique et de l'accidentel, avec le connecteur + en ♢;
  • Les catégories relevant de la participation avec le connecteur  en ♢.

- Mais ici, c'est le caractère ontologique du niveau [♻] qui est retenu;

-  Oui, et ça va durer jusqu'à nous jours...

- Tu repenses à la dispute entre Einstein et Bohr ?

- Exactement. Les deux sont bien entendu sur le cross-cap, mais Bohr —comme Avicenne— est de spin ↻ (il vérifie une théorie) quand Einstein reste en ↺ (il explique un "Réel substantiel") (cf. "un GPS pour le cross cap"). D'où l'importance de cet exercice d'archéologie, pour remonter aux sources de nos représentations, je ne refais pas le laïus.

"Avicenne, dans sa Métaphysique, caractérisait les trois types d’universaux par la seule prédicabilité. En combinant les deux approches, logique et ontologique, de l’universel, Nicolas a ainsi, à sa manière, répondu à certaines critiques modernes de la théorie avicennienne, notamment à celle de Verbeke, quand il écrit que la conception avicennienne de l’universel, en tant que fondée sur l’applicabilité à plusieurs sujets, repose sur un caractère extrinsèque et demande qu’on s’interroge plutôt sur ce qui est à la base de cette applicabilité à plusieurs sujets." p. 302

- Nous parlions d'une dispute qui se prolonge jusqu'à nos jours entre physiciens, mais je vois que les historiens ne sont pas logés à meilleure enseigne !

- Effectivement, j'avais déjà été surpris que de Libera n'ai pas perçu toute la nouveauté de l'approche d'Avicenne (voir #28), et là ça se confirme. Dommage de ne pas pouvoir en discuter directement avec lui... Retenons pour notre part que Nicolas de Cornouailles n'aide en aucune façon à comprendre Avicenne: combiner les deux approches logique/ ontologique, comme l'écrit de Libera, c'est précisément vider l'approche d'Avicenne de sa substance (comme de parler de "variables cachées" en théorie quantique)...

"La notion de suppositio utilisée au XIIIe siècle s’inscrivait dans une théorie sémantique distinguant, en principe,

  • signification «formelle» (intensionnelle) et
  • référence individuelle (extensionnelle)." p. 303

- Là, j'avoue que je suis largué: faute de la culture nécessaire pour manier le vocabulaire, d'où mon recours à Perplexity :

— 🤖: Dans la logique médiévale du XIIIᵉ siècle, une «proposition simple» est, en gros, une proposition catégorique du type sujet–copule–prédicat, comme «L’homme est un animal», sur laquelle les logiciens examinent comment les termes supposent (de quoi ils tiennent lieu) pour en déterminer les conditions de vérité.[1][2]

Contexte : suppositio et sémantique

  • La théorie de la suppositio sert à préciser, dans une proposition, ce pour quoi un terme commun «tient lieu» (ses supposés) : individus, concepts, mots, etc.[1][3]
  • Cette théorie est articulée, comme le rappelle Alain de Libera, à une distinction entre
    • signification «formelle» ou intentionnelle (le concept, l’essence) [i.e.: en ♢]  et
    • référence ou extension (les individus qui relèvent de ce concept).[3][4] , [i.e.: en ♡]

Ce qu’est une proposition simple

  • On appelle «proposition simple» (ou catégorique) une phrase déclarative qui unit un sujet et un prédicat par une copule, sans conditionnel, modalité, ni structure composée, par exemple «L’homme est un animal», «L’homme est une espèce».[5][2]
  • Ce type de proposition est l’unité de base sur laquelle la théorie de la supposition analyse la fonction sémantique des termes : que désigne «homme» ici,
    • un concept, [i.e.: en ♡]
    • une espèce, [i.e.: en ♢] ou 
    • des individus déterminés.[1][6] [i.e.: en ♧]

Types de suppositio dans une proposition simple

  • Dans une proposition comme «L’homme est un animal», «homme» a typiquement une suppositio personnelle : il tient lieu des individus humains, ce qui renvoie à l’extension du terme.[1][3][i.e.: en ♢]
  • Dans une proposition comme «L’homme est une espèce», fréquemment citée comme exemple de suppositio simple ou simple (au sens technique), «homme» tient lieu non des individus, mais de la nature ou de l’espèce «homme» elle-même, c’est‑à‑dire de ce que le terme signifie formellement.[5][2] [i.e.: en ♢]

Lien avec signification formelle et référence

  • Quand Alain de Libera dit que la notion de suppositio s’inscrit dans une théorie distinguant signification formelle et référence individuelle, il vise précisément ces cas où, dans une même forme de proposition simple, le terme peut fonctionner
    • soit comme désignant l’essence (suppositio simple),[i.e.: en ♢]
    • soit comme désignant les individus (suppositio personnelle).[3][4][i.e.: en ♢]
  • La «proposition simple» est ainsi le laboratoire où se teste cette articulation : la structure syntaxique reste minimale, mais le statut sémantique du terme (ce dont il tient lieu) varie, et c’est ce que la théorie de la suppositio s’emploie à classifier et à régler.[1][6]" (Sources : suivre le lien)

- Bien entendu, à ce stade de ma lecture, mes annotations en jaunes ne sont que des suppositions à valider ou infirmer.

- Prudent ?

- Oui, parce que derrière la copule "est", je sens toute une préparation d'artillerie qui s'abat sur nous depuis le concile de Nicée (i.e.: "le Fils Est le Père"; voir "Avicenne — le débriefing"). Pour mémoire :

  • Chez Avicenne :
    • Le "donneur de formes" en ♡;
    • L'essence est en ♡;
    • L'existence se constate en [⚤]♧ (et se discute en  ♧)
    • Les potentialités de l'essence sont en [♻] (l'observable)
  • Dans la Chrétienté :
    • Le Père en ♡;
    • Le Fils en ♧ ;
    • La doctrine en ♡ : Le Fils EST le Père, impose :
    • Le verbe "être" réifié en ♧ => ontologie.

- Et en quoi cela va-t-il nous aider ?

- Partons de nos fondamentaux :

  1. La proposition est une construction linguistique ayant un sens en ♡;
  2. L'homme, pris comme individu, pierre ou Socrate, bref le référé du discours est en  
  3. Maintenant, du haut de ♡; l'auteur de la proposition peut faire deux rapprochements entre l'objet de son discours et les catégories, selon qu'elles sont ♢ en ou en ♢.

Soit sur R :

  Reale  
prédicable    
  espèce
signifiant   est

Soit sur R :

  Nominale  
prédicable    
catégories  
signifiant   signifié

Comme tu le vois, la copule dans le second cas n'a pas la même force que dans le premier.

  • Sur R: la copule "est" a la même force ontologique que l'Esprit liant le Père au Fils;
  • Sur R: Il s'agit dans ce dernier cas d'une proposition ordinaire, et nous sommes jusqu'à ♧♻ dans les pas d'Avicenne, c'est ensuite que les voies divergent : 
    • Avicenne revient dans la voie des choses (actuel)[⚤][♻](potentiel);
    • Les nominales restent dans la voie des mots (ontologie) ♧.

Ceci dit, en relisant la présentation de Perplexity, il y aurait quelques ambiguïtés à lever (notamment sur les concepts d'essence, tiré d'Avicenne et de concept... je te laisse rectifier).

- Mais pour revenir au texte ?

- La discussion se focalise sur :

  • "ce qui est dans l'unité" => du côté ontologique de niveau [♻];
  • "ce qui vient du multiple" => du côté logique (agrégatif) de niveau [⚤].

Maintenant, cette phrase "l'homme est une espèce", permettait effectivement de distinguer entre les deux approches. 

"Pour Pierre d’Espagne, la référence d’un terme comme «homme» dans la phrase «L’homme est une espèce» ne faisait pas de mystère. Le terme avait une supposition «simple» : il ne référait pas personnellement à un individu ou à un ensemble d’individus, mais à une chose universelle, une res universalis." [i.e.: nous sommes au niveau [♻]] p. 303

"Une des originalités de la tradition parisienne est d’avoir explicitement connecté la question des universaux à la distinction entre deux types de prédication,

  • la prédication essentielle ou quidditative et
  • la prédication accidentelle ou paronymique.

Ce geste a eu des prolongements considérables, notamment à la fin du XIIIe siècle et surtout au XIVe, où l’implication mutuelle des deux domaines a permis de restructurer le problème des universaux à partir de la théorie de la prédication, ce qui, du même coup, assurait une reconstruction de l’ontologie éclatée, introduite par Aristote dans les indications éparses de Catégories, 1, 2, 5 et 8." p. 305

Bon, je ne sais pas s'il faut se réjouir a posteriori de cette "ontologie reconstituée", mais c'est ainsi que s'est constitué l'Occident.

- Nous ne sommes pas là pour philosopher, mais comprendre de quelle façon celle-ci a développé notre habitus.

- Désolé, revenons à cette dualité prédication essentielle/ paronymique introduite par les Parisiens, profondément engagés dans la voie R. L'affaire peut se résumer à ceci :

"... il faut noter que,

  • dans la description du genre, de l’espèce et de la différence, [i.e.: en ♢] l’expression «être prédiqué de» est prise selon la première manière dont on l’a exposée.
  • En revanche, dans la description du propre et de l’accident, [i.e.: en ] «être prédiqué» est pris en tant qu’il convient aux dénominatifs [paronymes]1  
    (1)  Cf. Anonyme, Dialectica" p. 305

Je ne développe pas, mais l'on retrouve bien d'idée d'une différence [⚤]/[♻].

- Oui, mais dans ce cas, et si je te suis bien, nous ne sommes que sur R ?

- Le terme de "paronymie" devrait te mettre la puce à l'oreille : nous sommes dans le bouclage ♧/♡, que l'on trouve déjà chez Platon, et qui perdurera jusqu'à la Renaissance avec le système des signatures (voir Foucault).

  quidditative   paronymique
prédication      
   
signifiant      
  Être   accident

"Cette déduction des universaux à partir des modes de la prédication restera l’horizon théorique de toutes les théories réalistes du XIVe siècle." p. 306

Et c'est ce que nous allons voir dans l'article suivant #31, en commençant par les Reales.

- Amen

Hari

Note 1 :

- Voilà que mon esprit se focalise sur ce rapprochement, et me distrait de ma lecture !

- Explique ?

- Entre phylum et rhizome, tu as la même orthogonalité que celle repérée hier, et fait l'objet de la note du 05/ 01/ 2026 dans l'article "Le refoulement de la vérité — Lacan".

- Tu veux parler d'une orthogonalité rhizome phylum ?

- C'est évident :

  • Teilhard de Chardin part d'un principe divin, Unitaire, auquel il croit profondément
    => le phylum est donc un concept covariant; et l'humanisme qui s'en dégage tient à l'amour de Dieu;
  • Deleuze et Guattari partent au contraire d'un point de vue aussi universel que possible
    => le rhizome est donc un concept contravariant, et l'humanisme (l'observable) qui s'en dégage est lié à la variété de ses différentes cultures.

- Mais pour ce qui nous concerne aujourd'hui ?

- Nous sommes ici dans un Occident Chrétien, il n'est donc pas idiot de penser au phylum de Theilard de Chardin comme à un l'émergence d'un bourgeon occidental d'un rhizome planétaire.

Note 2 :

- En manière d'exercice je t'invite à vérifier sur pièce la cause du trouble : 

  Reales  
n’est pas prédiqué en acte   chimères sont de purs êtres mentaux
   
n'existe pas   sans substance

Il n'y a pas moyen d'assurer le passage de la chose à la prédication par ♧/♡ faute de "substance" de la chimère.

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