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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

L'avenir de l'Homme

L'avenir de l'Homme

C'est la question, la seule, l'unique question: et après?

Ce n'est pas la question d'un intellectuel, bien assis devant son clavier, tranquille et repus cherchant à occuper ses loisirs. Non, pas du tout: cette question est inscrite dans nos neurones, depuis bien longtemps, elle fait partie de notre patrimoine génétique. On peut même supposer que la vie, dont nous sommes le vecteur, a développé notre conscience, dans ce but, pour que nous accélérions le mouvement d'une évolution, amorcée sur Terre depuis facilement 2 à 3 milliards d'années. C'est l'une de nos pulsions les plus primaires, qui sont au nombre de 4.

Les deux premières (la colère et la peur) règlent nos mécanismes de survie instinctive les plus élémentaires, comme l'attaque et la fuite devant un danger.

Ensuite vient l'angoisse de la séparation; qui fait de nous des animaux sociaux.

Enfin vient la curiosité, le désir d'explorer notre environnement, de le "comprendre", d'en chercher la cohérence. C'est ici que s'enracine cette "pulsion unaire" dont j'ai parlé dans "l'Homme Quantique", et mène au questionnement métaphysique, à la pensée mythique, à la religion et aux sciences.

Ceci nous mène au point où nous en sommes actuellement, à savoir, chercher à comprendre notre propre fonctionnement psychique, pour nous apercevoir que notre curiosité elle-même est programmée.

Et cette "prise de conscience" peut se définir comme "conscience du mouvement", du "temps", qui structure comme nous l'avons vu notre Imaginaire en strates synchroniques s'interprétant les unes les autres; comme un paquet de cartes, dans lequel chaque carte définirait celle du dessous. L'empilement lui-même donnant corps à un axe diachronique.

Soit, et nous nous arrêtons à cette structure, parce qu'elle définit notre "Moi": je suis cet esprit qui pense. Soit, d'accord, je suis là-dedans. Mais ceci n'a aucune importance: Toute cette structure qui se déploie sous l'effet de cette pulsion, comme une sorte de manche à air gonflée d'air pulsé, n'est qu'une mousse effervescente recouvrant nous 4 pulsions primitives, infra-humaines, animales. L'écume des dernières vaguelettes d'un océan de vie qui nous traverse. On retrouve en dessous le "çà" freudien.

Et ceci est inconscient, parce qu'antérieur à toute représentation du temps.

Autrement dit => le Çà est un état intriqué.

A l'autre extrémité de notre Imaginaire, nous avons vu, par ailleurs, que le Symbolique, échappe au temps (puisque l'on ne peut l'appréhender, s'y référer qu'en position ex-ante.) Stricto sensu, le Symbolique est par nécessité de l'ordre de l'inconscient.

Autrement dit => le Symbolique est un état intriqué.

Je vous propose alors le renversement de perspective suivant: ce qui importe n'est pas notre état conscient, la conscience que nous avons d'exister, d'être un individu, d'avoir une volonté propre ou d'être libre. Non, notre utilité serait de participer à une évolution de masse (produit par l'ensemble de l'humanité) pour passer d'un état intriqué initial (la pulsion universelle du Çà repérable en chacun de nous), à un état intriqué de plus haut potentiel: nous fondre dans ce que Teilhard de Chardin appelait la "noosphère".

Par opposition, la création de l'individu, assez récente, somme toute, doit être interprétée en termes de décohérence.

Décohérence de l'homme qui se sépare de la "nature", au point de ne plus savoir d'où il vient, de ne plus rien sentir, ni voir de son milieu nourricier, de méconnaitre ses instincts, de les dépraver. La structuration imaginaire est par nature autiste.

Balbutiements de l'homme (en position ex-ante) pour se regrouper, s'intriquer à nouveau. Et comme toujours, dans une telle position, on ne peut que faire ce que la vie toujours fait: procéder par essais et erreurs, tâtonner, c'est le hasard et la nécessité. Djiadistes d'un côté, bouddhistes de l'autre.

Dans cette présentation, nous retrouvons donc notre opposition élément/ groupe, qui est la base même de la stratification de notre Imaginaire, ce qui montre les limites de notre exercice: tout ceci n'est qu'imaginaire. Pour véritablement faire la soudure entre le çà et le symbolique, il faut supprimer la frontière entre l'intérieur et l'extérieur de l'Homme. Refermer la bouteille de Klein sur elle-même, marquant ainsi l'effacement de son col, comme "à la limite de la mer un visage de sable".

C'est pourquoi je me pose la question de la pertinence de la distinction faite par les bouddhistes entre les deux voies qui s'offrent à eux: le Petit véhicule ou le Grand. La première voie étant solitaire, la seconde collective. Or, je n'imagine pas de salut individuel.

​Peut-être le véritable moment de grâce et de liberté, pour qui parvient à contempler la vacuité de son être est-il précisément dans cet instant de flottement avant de basculer ou non dans l'état de Bouddha; comme ce trapéziste dans cet instant suspendu entre partir ou revenir.

Tiré de ce blog : http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/03/la-frontiere-du-glacier.html

Tiré de ce blog : http://lecerclebleu.blogspot.fr/2015/03/la-frontiere-du-glacier.html

Merci à Guillaume pour cette photo que je repique de son blog "Le cercle bleu".

Et bonne méditation.

Hari

PS : cette idée tourne dans ma tête et fait son chemin, depuis déjà quelque temps.

J’en retrouve la trace dans ce billet de 2011, lorsque nous avons été évacués sur le camp du BIMA par l’armée Française : "L’alpha & l’oméga", et encore, dans celui-ci de 2006 "l’effacement de dieu". Et j’y parlais déjà de la dualité onde/corpuscule… Ce qui tendrait à prouver qu’avant d'éclore, une idée mûrit longuement, tourne et retourne dans la tête comme un chien dans son panier avant de trouver sa place évidente.

 

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Z
"Ce qui rendait évident, au passage, qu'il s'abstienne d'en parler..."<br /> Je ne suis pas un exégète, mais il me semble que ce sont les disciples de Siddhārtha Gautama qui ont fabriqué la religion bouddhiste. Siddhārtha Gautama disait à qui voulait bien l'écouter : "Toi même tu peux devenir Bouddha".<br /> https://fr.wikipedia.org/wiki/Bouddhisme<br /> Nietzsche fin connaisseur écrit (voir les citations que j'ai copié/collé):<br /> "Le bouddhisme est cent fois plus réaliste que le christianisme — il a dans le sang l'habitude acquise de poser les problèmes froidement et objectivement, il vient après un mouvement philosophique qui a duré des centaines d'années — la notion de « Dieu » est déjà abolie quand il survient. Le bouddhisme est la seule religion positiviste que nous montre l'Histoire, et même dans sa théorie de la connaissance (un strict phénoménisme) — il ne dit plus « guerre au péché », mais rendant à la réalité ce qui lui est dû : « guerre à la souffrance ». Il a déjà laissé derrière lui — et c'est ce qui le différencie radicalement du christianisme — l'automystification des conceptions morales ; il se trouve, pour employer mon langage, outre bien et mal."<br /> <br /> « tous les phénomènes sont inconsistants, travaillez sans relâche à votre libération » (Mahāparinibbāna Sutta, DN 16).<br /> <br /> Tat Tvam Asi (Sanskrit: तत् त्वम् असि or तत्त्वमसि), a Sanskrit sentence, translated variously as "That art thou," "That thou art," "Thou art that," "You are that," or "That you are," is one of the Mahāvākyas (Grand Pronouncements) in Vedantic Sanatana Dharma. It originally occurs in the Chandogya Upanishad 6.8.7,[1] in the dialogue between Uddalaka and his son Śvetaketu; it appears at the end of a section, and is repeated at the end of the subsequent sections as a refrain. The meaning of this saying is that the Self - in its original, pure, primordial state - is wholly or partially identifiable or identical with the Ultimate Reality that is the ground and origin of all phenomena.<br /> https://en.wikipedia.org/wiki/Tat_Tvam_Asi
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H
"ils s'abstiennent d'en parler" se réfère à dieu. Au dieu des religions du Livre.<br /> <br /> Je voulais dire par là, dans le contexte de mon commentaire, que les bouddhistes n'ont pas de discours eschatologique, qu'ils ne décrivent pas la fin des temps: la fin n'est pas prédite. Ils cherchent plutôt à agir, ici et maintenant pour opérer en eux, sur eux, leur propre transformation en Bouddha. Est-ce plus clair?
Z
Quand Nietzsche écrit "... Le bouddhisme est une religion faite pour l'aboutissement, la lassitude de la civilisation ; le christianisme ne la trouve même pas à sa naissance : au besoin, il la crée..." Marx le prolonge in fine par *le dépérissement de l’État*.<br /> <br /> L'avenir de l'Homme est la poursuite de la voie du Milieu via le dépérissement de l’État, quand le parfait y est le cas normal.<br /> <br /> « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir? Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. »<br /> <br /> « Tout conte de fées est un miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu'exige notre passage de l'immaturité à la maturité. Pour ceux qui se plongent dans ce que le conte de fées a à communiquer, il devient un lac paisible qui semble d'abord refléter notre image ; mais derrière cette image, nous découvrons bientôt le tumulte intérieur de notre esprit, sa profondeur et la manière de nous mettre en paix avec lui et le monde extérieur, ce qui nous récompense de nos efforts. »<br /> (Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées)<br /> <br /> L'Homme atteindra-t-il la maturité? telle est la question...
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H
Bonjour et merci pour votre visite.<br /> Je suis en recherche, donc sans réponse (ou le moins possible.) J'ai juste une idée qui me trotte en tête, concernant la différence d'attitude entre une approche "religieuse" et la voie bouddhiste. Le religieux, (d'une religion révélée, du Livre, comme l'on dit) attend une "incarnation du Verbe": c'est la parole de dieu qui se fait chair... Une descente du spirituel vers le Réel. Je vois la démarche bouddhiste, au contraire comme un surgissement, un dépassement du Réel pour aboutir au niveau Symbolique, après effacement du niveau intermédiaire de l'Imaginaire où nous pataugeons. Les croyants se voient "enfants de dieu", je pense que le bouddhiste travaille à le faire advenir, en se transcendant lui-même. Ce qui rendait évident, au passage, qu'il s'abstienne d'en parler...
Z
L'avenir de l'Homme est la voie du milieu chère à Bouddha, un mix unificateur entre le Petit véhicule et le Grand. <br /> Avec pour y parvenir des conséquences sociales fondamentales à méditer :<br /> "Les valeurs morales et spirituelles telles que le détachement, le don de soi, l'authenticité, la confiance, la foi et l'intuition sont des conséquences de la compréhension de la nature du temps et de l'information proposée par la théorie des cordes" (Philippe Guillemant)<br /> https://www.youtube.com/watch?v=QYdODEHpxl8<br /> <br /> Nietzsche: 1/- "Le bouddhisme est cent fois plus réaliste que le christianisme — il a dans le sang l'habitude acquise de poser les problèmes froidement et objectivement, il vient après un mouvement philosophique qui a duré des centaines d'années — la notion de « Dieu » est déjà abolie quand il survient. Le bouddhisme est la seule religion positiviste que nous montre l'Histoire, et même dans sa théorie de la connaissance (un strict phénoménisme) — il ne dit plus « guerre au péché », mais rendant à la réalité ce qui lui est dû : « guerre à la souffrance ». Il a déjà laissé derrière lui — et c'est ce qui le différencie radicalement du christianisme — l'automystification des conceptions morales ; il se trouve, pour employer mon langage, outre bien et mal."<br /> <br /> 2/- "Le bouddhisme suppose un climat très doux, des mœurs d'une grande aménité et d'une grande tolérance, pas trace de militarisme ; et aussi que le foyer du mouvement se trouve dans les classes supérieures et mêmes savantes. On s'assigne comme but suprême la sérénité, la paix, l'extinction de tout désir et l'on atteint ce but. Le bouddhisme n'est pas une religion dans laquelle on aspire seulement à la perfection ; le parfait y est le cas normal."<br /> <br /> 3/- "Le bouddhisme est une religion pour hommes tardifs, pour des races débonnaires, douces, devenues hypercérébrales, qui ressentent trop aisément la souffrance (l'Europe est encore loin d'être mûre pour cela) : il les ramène à la paix et à la sérénité, à la diète dans l'ordre physique. Le christianisme entend venir à bout des fauves : sa méthode consiste à les rendre malades — l'affaiblissement est la recette chrétienne de l' apprivoisement, de la « civilisation ». Le bouddhisme est une religion faite pour l'aboutissement, la lassitude de la civilisation ; le christianisme ne la trouve même pas à sa naissance : au besoin, il la crée."<br /> (L’Antéchrist (1888), Friedrich Nietzsche)<br /> <br /> Cordialement.
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G
Moi qui aime tant à t'opposer des choses, là je suis un peu frustré (mais je prépare ma vengeance :) Reste à démêler comment l'ADN a pu s'y prendre pour organiser ce transfert de culture qui nous permet de nous prendre pour un individu conscient. Mais on y travaille. On l'aura, ce petit farceur.
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