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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Retour à Sun Tzu 2021 - #3

Nota : La signification et l'usage de mes glyphes, comme le schéma général de l'Imaginaire du Sujet, sont présentés ici: "Résumé"

([∃]𓁝⇅𓁜[⚤]𓁝⇅𓁜[#]𓁝⊥𓁜[♲]𓁝⇆𓁜[∅])𓂀

J'ai situé certains concepts Japonais, tels que Mu 無, Ma/Aïda 間, espace
空間 et temps 時間 dans cette grille de lecture, ici : "L'espace-temps / Ma"

([∃]𓁝⇅𓁜[時間]𓁝⇅𓁜[空間]𓁝⊥𓁜[間]𓁝⇆𓁜[無])𓂀

Pour le schéma développé de l'imaginaire voir: "Mettre un peu d'ordre dans sa tête"

𓂀          
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅]
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅]
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅]
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅] 

Article VI : Du plein et du vide

- Je terminais hier mon article précédent en citant Lao Tseu (voir "Tao Te King et Dharma") or, le titre de cet article, nous y replonge immédiatement.:

"On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C'est de son vide que dépend l'usage des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison.
C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison.
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être, l'usage naît du non-être."

- C'est très général, tu ne peux pas te contenter de cela !

- Le texte en lui-même est d'une telle richesse et si dense, qu'il est difficile d'y ajouter quoi que ce soit, ce qui incline à la méditation pour en approfondir le sens. Tout ce qu'il écrit me semble d'une grande évidence, peut-être pour l'avoir lu dans ma jeunesse sur le campus de HEC ?

- Tu nous as vendu cette série d'articles, en parlant de commenter certaines décisions cruciales pendant la période mai 1940 - décembre 1941; ne peux-tu y revenir ?

- Je pense immédiatement à l'opération Barbarossa. Le déclenchement en fut très bien géré par Hitler et a laissé Staline OK debout. Non seulement la date de l'attaque fut une surprise pour lui, mais également le lieu (au nord ou au sud de la Pologne).

- Staline avait été averti de cette attaque.

- Oui, mais les services Allemands ont noyé les messages dans un flot qui l'a complètement intoxiqué, en jouant (sans doute) sur sa paranoïa. Même le message de Churchill la veille de l'attaque était contre-productif! Il y eut de ce côté-là une faiblesse des Anglais, qui auraient dû apprendre à mieux comprendre le personnage, pour l'approcher efficacement, bien avant cette période...

Par ailleurs, les dispositions allemandes en Pologne ont induit Staline à rassembler ses troupes à la frontière comme à la parade, ce qui fut catastrophique pour la suite.

Ensuite, l'arrêt de la marche sur Moscou pour foncer vers le sud laisse perplexe. C'est tout Sun Tzu jeté aux orties.

À l'autre bout de la planète le Japon entre dans une guerre sans perspective de victoire, par une attaque sans profit, réveillant l'ennemi en fournissant à Roosevelt un prétexte qu'il appelait de ses voeux... C'est un défi total à tous les préceptes de Sun Tzu ! 

En fait, pour remplir mon contrat, il faudrait faire un travail digne d'une école militaire, sur des cartes en épluchant l'historique des évènements par le menu; mais cela n'apporterait rien de "neuf" à notre compréhension.

- Rien qui donne envie en tout cas, de changer de paradigme.

- Pour ce faire, il faut tirer le texte par le haut: lui donner un sens plus universel,  dans une perspective plus moderne.

- Essaie toujours!

- D'accord : ce qui me frappe, c'est l'approche énergétique (économique) de Sun Tzu, que l'on retrouve dans l'idée, très moderne pour le coup, que l'information vaut de l'énergie, qui s'exprime pleinement dans cette injonction: "s'attaquer aux plans de l'ennemi".

Sun Tzu a une compréhension parfaite de la circulation de l'énergie, ce qui mène au concept actuel d'entropie et à la seconde loi de la thermodynamique:

"Il en doit être des troupes à peu près comme d'une eau courante. De même que l'eau qui coule évite les hauteurs et se hâte vers le pays plat, de même une armée évite la force et frappe la faiblesse. Si la source est élevée, la rivière ou le ruisseau coulent rapidement. Si la source est presque de niveau, on s'aperçoit à peine de quelque mouvement. S'il se trouve quelque vide, l'eau le remplit d'elle-même dès qu'elle trouve la moindre issue qui la favorise. S'il y a des endroits trop pleins, l'eau cherche naturellement à se décharger ailleurs."

Et pour filer la métaphore jusqu'au bout, je dirais que le général doit émettre un "bruit blanc"; c'est ce qu'ont fait les Allemands pour noyer les signaux parvenant à Staline, d'une invasion imminente.

Plus proche de nous, cela donne le théorème de Pasqua :

"Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien."

Ensuite, nous dit Sun Tzu, il faut contrôler ce qui est émis, pour que l'ennemi se fasse de la situation, ce que vous voulez qu'il en comprenne; et prenne le plein pour le vide et le vide pour le plein... Ce qui détermine ses mouvements, compte tenu de l'économie de ses propres moyens.

A contrario, l'information juste permet d'économiser ses forces. L'exemple me semble être l'information reçue de Sorge (et pour une fois prise au sérieux) que les Japonais n'attaqueraient pas la Russie en même temps que l'Allemagne, ce qui a permis à Joukov de retirer une bonne partie de ses troupes face aux troupes japonaises à l'Est, pour les rapatrier en urgence à l'Ouest.

- Qu'entends-tu par "bruit blanc" ?

- C'est un bruit de fond sans signification, aléatoire.

L'un des critères pour faire un "bon codage", c'est qu'il apparaisse comme un bruit blanc. Corrélativement, il faut prendre le plus grand soin dans l'utilisation d'un renseignement, pour ne pas en trahir la source. Le meilleur exemple que l'on puisse en donné, c'est le soin pris par les Anglais pour cacher le plus longtemps possible qu'ils décryptaient le codage Enigma. Turing pris soin de limiter l'utilisation des informations permettant de déjouer les attaques des U boats dans l'Atlantique, pour que les contre-attaques Anglaises soient jugées par les Allemands comme dues au hasard.

Mais je pense que nous aurons l'occasion de revenir sur les questions d'information et d'espionnage avec Sun Tzu.

Je voudrais reformuler tout ceci dans notre langage tout neuf.

Pour manipuler l'ennemi de façon économique, il faut façonner son appréhension des choses en ♢, ce qui déterminera son action au plus près du terrain, en mode ♧. 

Et pour se faire, il me semble que ce que dit Freud des mécanismes du rêve peut aider.

- Je ne te suis plus ?

- Sun Tzu dit plus loin quelque chose de cette veine à l'article suivant :

"La force militaire est réglée sur sa relation au semblant."

N'as-tu pas vu que nos schémas précédents en commentaire de l'article IV, sont les mêmes que ceux utilisés pour commenter la formation des rêves ?

- C'est assez banal, puisque dans les deux cas, il s'agit d'économiser l'énergie psychique.

- Je ne te le fais pas dire! Il s'agit maintenant d'en tirer les leçons, dans le cadre qui nous intéresse ici : l'art de la guerre. Or donc :

  • Si je connais la façon qu'a l'ennemi de donner du sens en ♢ à ce qu'il vit et voit en ♧, (comme dans le rêve le Sujet réorganise le matériau de la veille) je sais de quelle façon il va évaluer ses potentialités (comme on passe du "contenu manifeste" au "contenu latent" du rêve, voir les articles sur l'interprétation du rêve );

"Si l'ennemi est loin de vous, sachez, jour par jour, le chemin qu'il fait, suivez-le pas à pas, quoiqu'en apparence vous restiez immobile dans votre camp ; voyez tout ce qu'il fait, quoique vos yeux ne puissent pas aller jusqu'à lui ; écoutez tous les discours, quoique vous soyez hors de portée de l'entendre ; soyez témoin de toute sa conduite, entrez même dans le fond de son cœur pour y lire ses craintes ou ses espérances."

  • Si je connais les dispositions naturelles du terrain où il se déploie;
  • Si je connais la structure de son armée,

Alors, en lui indiquant le vide et le plein, de façon significative pour lui, je sais l'évaluation des potentialités qu'il en fait en  ♢ (l'énergie potentielle qu'il évalue), et les dispositions concrètes qui en découleront naturellement (l'énergie cinétique qu'il déploie) en ♧.

- Si je te suis bien, le général doit comprendre comme l'ennemi passe de ♧ à ♢ pour l'amener là où il veut ?

- Oui : il faut comprendre de quelle façon rêve l'ennemi et le conforter dans son rêve, pour que le choc du Réel soit le plus traumatisant possible ! 

Tu peux relire Sun Tzu sous cet éclairage :

"Je dis que la victoire peut être créée ; même si l'ennemi est en nombre, je peux l'empêcher d'engager le combat ; car, s'il ignore ma situation militaire, je peux faire en sorte qu'il se préoccupe de sa propre préparation: ainsi je lui ôte le loisir d'établir les plans pour me battre.

  1. Détermine les plans de l'ennemi et tu sauras quelle stratégie sera couronnée de succès et celle qui ne le sera pas.
  2. Perturbe-le et fais-lui dévoiler son ordre de bataille.
  3. Détermine ses dispositions et fais-lui découvrir son champ de bataille.
  4. Mets-le à l'épreuve et apprends où sa force est abondante et où elle est déficiente.
  5. La suprême tactique consiste à disposer ses troupes sans forme apparente ; alors les espions les plus pénétrants ne peuvent fureter et les sages ne peuvent établir des plans contre vous.
  6. C'est selon les formes que j'établis des plans pour la victoire, mais la multitude ne le comprend guère. Bien que tous puissent voir les aspects extérieurs, personne ne peut comprendre la voie selon laquelle j'ai créé la victoire.
  7. Et quand j'ai remporté une bataille, je ne répète pas ma tactique, mais je réponds aux circonstances selon une variété infinie de voies."

- Je reste malgré tout sur ma faim : ce titre "du plein et du vide" me semble encore un peu trop philosophique à mon goût.

- Il est d'une philosophie plus naturelle sans doute à un Oriental, habitué à penser le mouvement perpétuel entre le Yin et le Yang.

Mais nous en avons une expression plus moderne, et très mathématique pour le coup, avec l'opposition entre objet final en [∃] et objet initial [∅], qui focalise le regard du Sujet: ([∃]𓁝𓁜[∅])𓂀.

  • En lui mettant sous le nez le "plein" ([∃]𓁜)𓂀, tu détermines ce que toi, 𓂀, tu veux qu'il voie;
  • En le laissant face au vide (𓁝[∅])𓂀, tu le rends incertain de ce que tu lui caches. Ce qui suppose que tu puisses te faire une représentation "raisonnable" de son système symbolique :  (𓁝)𓂀.

- Quel est le sens de ta dernière remarque ?

- Chacun se trouve conditionné par un système Symbolique; le général 𓂀, comme l'ennemi 𓁝 dont il se fait une représentation. Si le général est étroit d'esprit, il ne pourra jamais suivre les conseils de Sun Tzu.

- À quoi penses-tu ?

- Aux dernières guerres menées ces temps-ci en Irak, Afghanistan, Libye ou Syrie... Mais ceci est une autre histoire...

Hari

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