Croyance et fanatisme

Publié le par Hari Seldon

Croyance et fanatisme

La triste actualité cause un bouillonnement de discussions sur Mediapart, qui soulève beaucoup de relents nauséabonds, avec parfois quelques belles rencontres...

L'occasion aussi de confronter ce que j'avance au choc du réel que furent ces attentats. Avec en retour cette mise en évidence d'une incompréhension totale de notre liberté de pensée, que ce soit pour motif religieux, ou par soucis d'être "politiquement correct".

L'occasion également d'utiliser nos outils pour revisiter certaines différences, qui sautent aux yeux, mais que l'on a du mal parfois à cerner simplement.

Par exemple: quelle est la différence entre être croyant et être fanatique? D'un mot simple:

=> le croyant doute.

Et ce doute permet immédiatement de poser le problème en termes de posture.

Argument:

  • le symbolique est par définition quelque chose d'impossible à figer dans une représentation (par exemple: les mutations perpétuelles entre le yin et le yang, que retrace le Yi King.) Toute "représentation" n'en est qu'une facette limitée, comme l'ombre d'un objet n'en donne qu'une image très limitée;
  • L'esprit du sacré, la religiosité est une aspiration très naturelle, une tension, une pulsion, vers un objet symbolique, qui est par nature "rassembleur".

Jusqu'ici, je pense avec respecté ce qui s'entend généralement comme "aspiration religieuse" ou philosophique etc.

Dans ce rapport au sacré (ou au symbolique) le "croyant", est par définition dans une position d'attente, ou de prière, ou d'espérance, mais en tout les cas, il se définit lui-même comme une "projection imaginaire" (à l'image de dieu), donc imparfaite, partielle, partiale, de ce principe fédérateur.

C'est sans doute pour cela que les vrais croyants, les gens habités par leur foi, se sentent proches les uns des autres, par-delà l'expression particulière de leur foi: ils voient au-delà de l'hétérogénéité, un principe fédérateur à travers ses créatures. Un bouddhiste, un soufi, un talmudiste, un prêtre, voire un philosophe athée, n'auront pas de mal à se sentir proches; chacun reconnaissant l'autre par-delà l'expression particulière de sa foi (ou de la voie qu'il suit).

J'appelle cette attitude: être en position "ex-ante": je me décris (niveau "imaginaire") par rapport à un niveau "symbolique" qui, par nécessité m'échappe: le symbolique est un métalangage par rapport à l'imaginaire.

=> Que je résume: I croyant < Symbolique

Maintenant, la perversion, la faute majeur du croyant est de vouloir "expliquer" dieu (d'où l'interdit de l'idolâtrie.) Ou bien consiste à "interpréter" de façon univoque ce qu'il a dit, en bref de figer la représentation de dieu, et sa propre attitude face à dieu.

C'est dire qu'alors, il enferme ce principe symbolique dans une théorie, dans son imaginaire: on substitue la représentation au symbole. C'est prendre la carte pour le territoire. J'appelle cette attitude: être en position "ex-post"

=> Que je résume: I (symbole) < I croyant

Entre les deux positions, le sens de la foi s'est perdu.

Ce qui était espérance devient théorie, règle sociale, programme politique etc... Par ailleurs, la fixité dans cette position (l'impossibilité de retrouver une position ex-ante) est le symptôme d'un état psychotique (ce que nous avons déjà vu ici.)

A partir de là, toutes les dérives sont possibles, ce que nous voyons sous nos yeux.

Et c'est un total non-sens, aux yeux même d'un croyant, que de s'attaquer à l'expression d'une pensée, fût-elle même contraire à sa foi, ou devant le heurter, ou remettre en cause le symbole qui le porte, car, par définition, ce symbole est totalement hors d'atteinte.

J'ai l'impression de flâner en chemin en faisant ces détours. Avant ces attentats, je préparais un billet sur les mathématiques, nous en sommes loin!

Si seulement cela pouvait aider à mieux comprendre???

Hari

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