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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

La grande confusion de Philippe Corcuff # 03 - De l'Identitarisme suite

Lecture du 12/04/2021

Chapitre 1: Identitarisme - suite

Nota : La signification et l'usage de mes glyphes, comme le schéma général de l'Imaginaire du Sujet  sont présentés ici: "Résumé"

[∃]𓁝⇅𓁜[⚤]𓁝⇅𓁜[#]𓁝⊥𓁜[♲]𓁝⇆𓁜[∅]𓂀 (1)

J'ai situé certains concepts, tels que Ma/Aïda 間, Mu 無, espace 空間 et temps 時間 dans cette grille de lecture, ici : "L'espace-temps / Ma"

[∃]𓁝⇅𓁜[時間]𓁝⇅𓁜[空間]𓁝⊥𓁜[間]𓁝⇆𓁜[無]𓂀 (2)

- Je poursuis ma lecture après avoir cherché à comprendre ce que pourrait être une politique émancipatrice, telle que la postule Corcuff dans son approche.

Ceci m'a conduit à préciser en quoi l'ouverture du discours politique était seule respectueuse du citoyen, et le discours fermé aliénant par définition. (note #1)

Une réflexion seconde, de grande importance pour ma propre démarche intellectuelle, a été de prendre conscience de deux choses : (note #2)

  1. Mon discours (...) 𓂀 général sur la représentation du Sujet 𓁝𓁜:
    ([∃]𓁝⇅𓁜[⚤]𓁝⇅𓁜[#]𓁝⊥𓁜[♲]𓁝⇆𓁜[∅]) 𓂀 est un topos;
  2. Je 𓂀 peux parler (...) du Sujet 𓁝𓁜 comme d'un topos de la forme (E,T#)
    (𓁝𓁜(E,T#))𓂀

Ce long détour intellectuel m'a permis d'asseoir ma compréhension du schéma de l'Imaginaire, à l'aide d'une métaphore mathématique, celle du topos comme objet♲ associant le côté "ego" de l'individu à son système d'appartenances#

Autrement dit un citoyen ne se résume pas à un ego isolé, quoiqu'il puisse en penser, ni à sa catégorisation#, qu'il s'en revendique ou qu'elle lui soit imposée par "les autres", mais un Sujet♲ (i.e.: notre 𓁝𓁜) qui transcende ces deux aspects de sa personnalité au niveau [♲] de son Imaginaire, ce que, comme auteur 𓂀 de mon discours, j'exprime ainsi : 

(𓁝𓁜⇆(ego, appartenances#))𓂀

- Qu'est-ce qui pourrait amener un lecteur lambda à faire l'effort intellectuel de chercher à comprendre ta démarche ?

- J'espère que cela nous permettra de mieux comprendre la période de confusion actuelle. L'urgence de la situation oblige à reprendre toute discussion politique à partir d'un schéma plus cohérent du citoyen que les caricatures offertes ou revendiquées.

Un homme n'est pas seulement un ego revendiquant "ses droits" sans aucunement se préoccuper de son insertion sociale, ni définissable par ses seules appartenances# catégoriques, mais un Sujet qui doit être envisagé et respecté à l'égal de tous ceux qui l'entourent dans une société.

Notre approche permet également, dans un discours "ouvert" ou "émancipateur", au sens qui se dégage des articles cités, de résoudre un problème théorique délicat : la qualité de Sujet reste identique pour tous les acteurs, quelle que soit leur place dans le discours, en tant qu'objet du discours, comme auteur du discours mais aussi comme auditeur du discours.

Un autre grand apport conceptuel est de considérer tout "objet" de discours, comme un topos. En particulier, la "société" dont s'occupe la politique à travers ses discours est également un topos. Il en est de même de la "formation discursive" dont parle Corcuff en référence à Foucault, comme de toute "idéologie", voire "rumeur", ou "opinion publique" et j'en passe.

C'est bien simple : le passage [#]↑[♲] n'est  pas comme une étape d'intellectualisation venant à la suite des catégorisations# que nous effectuons en [#], mais celle où se lient l'une à l'autre les représentations de niveau procédural [⚤] et catégorique# [#].

En ce sens tout discours, en particulier politique doit se décliner sur chacun des trois niveaux [⚤], [#] et [♲] pour être cohérent.

Maintenant, si le programme te convient, nous pouvons poursuivre notre lecture de Corcuff.

Brouillard idéologique, extrême droitisation et confusiannisme (p.108)

- Reviens-tu sur ce que tu en avais dit dans l'article #2 ?

- Non, je vais juste tenter de le dire de façon plus resserrée, et peut-être plus facile à comprendre.

Lorsque Corcuff pointe la disparition des idéologies de gauche, cela revient à constater que l'objet du discours de gauche a disparu, et donc que le discours se disperse entre :

  • d'une part un criticisme rhétorique tous azimuts, c'est-à-dire des batailles dialectiques en [⚤];
  • d'autre part des batailles de chapelle sur des appartenances# catégoriques en [#].

Le criticisme exacerbé est sans fin, puisque les mots sont pris en eux-mêmes, hors contexte, et sans filtre aucun, avec pour seule arme polémique une dialectique sans recul. Quant à la 𓁝recherche identitaire# elle conduit dans le labyrinthe de miroirs également sans fin : à la notion de genre, se superpose celle de sexualité, de race ou de religion, qui fait que la lutte d'une (féminismenoire)# n'a plus rien à voir ni à mettre en commun, avec celle d'un (gaymusulman)#.

Les "gens de gauche" sont donc à chaque niveau dans l'automatisme de répétition, faute d'une cohérence de niveau [♲].

- Tu l'avais déjà dit, non ?

- Peut-être, mais attends la suite. Faute d'opposant en [♲], les seules formations discursives à occuper le terrain, sont celles qui déclarent leurs "valeurs".

Les jeunes paumés du 93 qui adhèrent au djihad au nom de Dieu font une excellente analyse de la situation, de même que les tenants du RN en déclarant leurs "valeurs" nationalistes.

Que pourraient donc opposer les "gens de gauche" ? Qui à gauche oserait parler aujourd'hui de mourir pour la patrie ?

"Aux armes, citoyens !
Formez vos bataillons !
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur abreuve nos sillons!..."

Je te signale à tout hasard que le "sang impur" en question était celui du Tiers État, impur aux yeux de la noblesse et revendiqué comme tel, par des sans-culottes prêts à le verser pour la République. 

De nos jours c'est surtout celui des légionnaires en première ligne qui le versent, non pas au nom de la patrie, mais dans un esprit de corps étranger au jeu politique.

La revendication s'arrête aux ronds-points des carrefours ou aux plateaux télé... Encore serait-il illusoire de vouloir regrouper ces revendications et recherches identitaires en vue de fédérer la gauche, car, comme je l'ai dit, et je n'y reviens pas, le passage [#]↑[♲] demande un acte sacrificiel, comme l'ado tuant le "nom du père" pour devenir adulte en prenant symboliquement sa posture: (𓁝[♲]𓁜⏩𓁝[♲]𓁜)𓂀.

Plus subtil : en renonçant à une idéologie fasciste, qui stimulerait immédiatement la gauche par un rappel à des "valeurs" oubliées depuis belle lurette, et en récupérant des concepts autrefois de gauche tels que laïcité et République, le RN prive la gauche de point de repère pour prendre conscience d'elle-même.

- Un peu comme on ébouillante une grenouille en faisant doucement monter la température de cuisson pour éviter qu'elle saute de la casserole...

- C'est exactement le sens de cette stratégie de dédiabolisation du RN menée par Marine Le Pen.

Donc, et je termine là-dessus :

  1. Le confusiannisme n'est pas une donnée générale de la scène politique actuelle, mais une caractéristique de la gauche, tenant à sa posture 𓁝[♲] lui interdisant de "boucler son discours" en [♲]𓁜 faute de valeurs spécifiques à proposer et défendre.
  2. La droitisation du discours tient au fait que les champs discursifs et catégoriques# (ou identitaires) sont définis actuellement par les valeurs de la droite (et accessoirement des Islamistes).

Avoue que c'est simple à comprendre, non ?

De la métaphore de l'aimantation et de sa reformulation sous un angle tactique : (p.114)

Lorsque Corcuff parle de "la réinsertion, dans l'analyse et dans l'explication, de l'activité tactique des acteurs", je crois que nous venons d'en voir un exemple. Par ailleurs dans l'idée de politique ou d'idéologie vues comme des topos, il y a naturellement le lien (tactique, stratégie#). Comme tu le vois, on gagne du temps à formuler ainsi les choses...

Thomas Schelling et les points focaux.

Ce que Schelling appelle "foyers de convergence" ou "points focaux"  dans la

"coordination tacite des anticipations d'acteurs diversifiés, voire opposés, associe "conflits" et "dépendances mutuelles" dans un "processus dynamique d'ajustements réciproques".

Me rappelle furieusement le "Ma" [間] que j'ai vu, et ce n'est pas un hasard comme équivalent à notre niveau Imaginaire [♲]. Tout ceci s'accorde avec ce que nous venons juste de voir en détail...

Retenons simplement que ces "points focaux" sont des objets de niveau [♲]. Tout le reste coule de source.

À un bémol près: tout ceci n'est pas tant du fait de la droite que du défaut de positionnement de la gauche en termes de valeurs. Avoue que passer de l'Internationale Socialiste à la défense du franc contre l'euro, ou voire la lutte contre le port du masque comme une lutte contre l'oppression, marque une dégringolade idéologique sévère !

Et à une remise en perspective près : le pôle qui oriente les boussoles, soit [⚤] en soit en [#]est à rechercher en [♲], dans des mouvements diachroniques ⇅, et non à plat ⇆ sur une carte marine (synchronique).

François Hollande aimanté : RAS

Emmanuel Macron aimanté :

Concernant le "Grand débat national".

"... Comment mieux associer les citoyens à la prise de décision? Comment mieux représenter les sensibilités?"

Ce sont typiquement des questions de niveau [⚤] et [#], mais en aucun cas de niveau [♲].

  • La prise de décision renvoie à des questions de collégialité, de décompte des votes, en comptabilisant les ego de chacun, en [⚤], avec des paradoxes du type de Condorcet;
  • Représenter les "sensibilités", est une question identitaire, de niveau [#].

La réponse technique est celle d'un énarque: on échantillonne et on segmente, comme le ferait le département marketing de Danone pour lancer un yaourt à la fraise, mais à aucun moment il n'est question d'attaquer le niveau politique♲ [♲] auquel se lient les deux ([⚤];[#]).

Quand au choix des questions, nous venons d'en parler : il est dicté par ceux qui occupent le niveau [♲]. Et comme ces derniers ont déjà une réponse transcendante ↓, à opposer à ce travail de type immanent ↑, l'échec est assuré d'avance...

Comme tu le vois, on va plus vite dans la lecture...

Page 123, après une analyse de la politique de Macron et son positionnement par rapport aux thèmes d'extrême droite, Corcuff écrit :

"il puise dans les rhétoriques confusionnistes". 

À mon sens, c'est passer à côté du problème. Objectiver ainsi des "rhétoriques confusionnistes", passe sous silence le processus en cause, qu'il faut combattre après l'avoir compris, et non agiter un chiffon rouge pour exciter la foule. Ce n'est pas la muleta qu'il faut viser, mais le matador, ou plus exactement dans le cas qui nous occupe: la place vacante qu'il laisse au niveau des valeurs.

Il n'y a pas à tourner autour du pot : sans valeurs de gauche, celles qui sont exprimées primeront, d'où qu'elles viennent, et ce n'est pas une question rhétorique mais de conviction.

Ce que je retire de ce passage sur Macron, c'est que plus on s'enferme dans la dialectique et la recherche de précision, tant dans les termes que les identifications# moins on a de chance de s'en sortir : c'est exactement ce que Freud appelle l'automatisme de répétition... Pendant ce temps-là, Marine Le Pen peut aller tranquillement se rouler un joint ou siroter un cocktail à Copacabana les doigts de pieds en éventail: le temps travaille pour elle...

Plus loin, je lis :

"L'aimantation du débat public par l'ultraconservatisme fait donc, encore une fois, son chemin vis-à-vis d'un politicien initialement modéré sur les questions en jeu, mais pas de façon mécanique". p. 132

Là encore, erreur de point de vue. C'est comme ce que l'on appelle en électronique "la conduction par trou". Tu as l'impression que le courant va dans un sens, alors qu'en fait, c'est un "trou" ou manque d'électron qui se déplace dans l'autre sens. ici c'est pareil : Corcuff suggère un mouvement ou un rôle actif de l'ultraconservatisme alors qu'il n'est est rien : c'est l'agitation de ceux qui s'y opposent qui renforcent sa prégnance. 

De même que lorsque la toile est tissée, l'araignée n'a rien à faire pour que le moucheron s'y englue : c'est son agitation qui resserre le filet autour de lui.

La commission européenne aimantée :

Je note le concept "d'identité-relation" d'Edwy Penel, qui:

"ouvre au divers et aux différences, où l'on se découvre soi-même en échangeant avec l'autre" p. 132

Bien entendu ! Ça découle d'une représentation du Sujet au niveau [♲]. Tout ce que j'ai écrit sur ce blog participe de cette vision.

Quant à la défense de Mme von der Leyen, en évoquant "nos traditions propres, nos valeurs et notre façon de faire", elle rabat nos valeurs au même rang que nos façons de faire, qui sont à proprement parler de niveau procédural [⚤], c'est un peu mou du genou...

Désaimantation conjoncturelle :

Dire que la Covid "désaimante" le débat portant sur les valeurs d'extrême droite, certes, mais quelle dégringolade ! On passe directement  ↓ de  [♲] à [⚤], dans la pure gestion au quotidien.

C'est bien simple, il n'y a plus d'espace de pensée ! Juste des petits ego affolés s'agitant en tous sens. Pourtant, il y aurait bien des réflexions à faire sur les dérives bien françaises d'une bureaucratie hors normes ! Et, là ce n'est pas une question qui se réglera en 10 ans !

"Il n'y a donc pas d'automaticité de l'aimantation ultraconservatrice qui fonctionnerait indépendamment des pratiques des acteurs politiques et des circonstances dans lesquelles ils agissent" p. 135

Et bien non... Il était temps de s'en rendre compte ! 

Politisations conspirationnistes :

Nous avons vu en détail que le "conspirationnisme est par essence une clôture du discours, avec toutes les implications que cela comporte (note #1)

Je relève :

"Dans le sillage de Karl Marx, je considère le Réel comme doté de contradictions [...] et à chaque tendance s'opposent des contre-tendances" p. 139

Autrement dit une pensée limitée au niveau  dialectique [#], qui est déjà insuffisant pour aborder les questions identitaires ! Dur...

"C'est pourquoi je considère comme erronée la thèse de la "droitisation" de la société française" p. 139 

Pas besoin d'en appeler à Marx pour en faire le constat... Par contre, il manque de voix à gauche pour l'exprimer au niveau qu'il convient, par un discours portant sur les valeurs.

Il n'y a donc pas tant hégémonie de l'extrême droite qu'un manque de conviction à gauche, et la nature ayant horreur du vide... la discussion se déplace à droite.

Sur ce point final, je pense que nous nous rejoignons.

Ouf ! Cette expédition aura été longue et pleine d'enseignements pour moi, j'espère que la suite sera plus rapide à absorber !

- Amen

 

Hari.

Note 1 :

Démarche assez longue et pénible à lire, il faut le reconnaître (voir pour les curieux : "Philosophie politique - Clôture, ouvert, fermé").

Aussi en 

ai-je proposé un résumé : "Philosophie politique récapitulatif".

Note 2 :

Voir :

Pas de panique : le texte est très cours, et arrive à des choses assez simples à comprendre. J'y parviens par un très long détours intellectuel que tu n'as pas à parcourir pour comprendre mes petits glyphes.

Mais la démarche était, pour moi-même, nécessaire afin d'asseoir ma compréhension du schéma de l'Imaginaire, à l'aide d'une métaphore mathématique, celle du topos comme objet♲ associant le côté "ego" de l'individu à son système d'appartenances#

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