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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

À l'ombre de Grothendieck et de Lacan #3 - Métapsychologie du topos

- Tu connais cette blague, vieille comme le monde, du type qui cherche ses clés, la nuit, au pied d'un réverbère ?

- Oui, un autre arrive, cherche avec lui et lui demande après un temps s'il est sûr de les avoir perdues à cet endroit, et le premier de lui répondre que non, il les a perdues un peu plus haut.

"Patrick Gauthier-Lafaye - Mais alors, pourquoi les cherchez-vous ici ?
Alain Connes - Parce qu'ici il y a de la lumière"

- Et bien, c'est exactement l'impression que je retire de la lecture de ce chapitre: chacun les deux auteurs tourne autour d'un lampadaire que j'identifierais comme néoplatonicien. Ce qui pose le problème de ma propre façon de les accueillir.

- C'est-à-dire ?

- Je n'ai aucune envie de rabâcher des remarques déjà faites dans les deux précédents articles #1 et #2, ce serait aussi fastidieux que négatif, alors que cette rencontre m'enthousiasme... 

- Tu abandonnes ?

- Je réfléchis... Mais comment trouver le mot maître de cet article ? Peut-être est-ce la différence ouverture/ fermeture ?

- Essaye d'être concis !

- Patrick Gauthier-Lafaye met le doigt dessus lorsqu'il fait référence à la différence entre les rôles du père et de la mère :

"Pour nous, la fonction père consiste essentiellement à séparer l'enfant de la jouissance de la mère en le contraignant à utiliser un langage qui fait de la place à un tiers, le délogeant ainsi de son narcissisme primaire.
Il le "coupe" donc de cette jouissance première de la mère est introduit de l'
autre dans une relation qui devra dorénavant se construire avec des mots.
Ce faisant, le représentant de la fonction paternelle lui fait accepter une violence structurante de la langue qui seule permet de rendre compte d'une existence de sujet.
C'est ce qu'explique cette formulation de Lacan : "
le sens c'est la copulation du langage avec son propre corps". Cela va bien plus loin que ce que la cyberculture essaye de nous faire accroire !" p. 78

Cette courte intervention est extrêmement dense !

  • La jouissance de la mère(𓁝𓂀, je n'insiste pas, nous en avons tant parlé ! (Note du 30/ 06/ 22)
  • Le père sépare l'enfant de la jouissance de la mère : il s'agit d'un processus, exprimé en mode ♧: ([♲]𓁝⇆𓁜[∅]⏩[♲]𓁝⇆𓁜[∅]𓂀.
    Tu remarqueras qu'ici :
    • Le père tient la place du maître dans le discours. (voir les 4 discours),
    • On passe du continu (la fusion infant/mère) au discontinu qu'implique le langage.
  • Il le "coupe" donc de cette jouissance première de la mère est introduit de l'autre dans une relation qui devra dorénavant se construire avec des mots :
    • il y a une disjonction entre les deux postures chez l'enfant 𓁝/𓁜
    • La relation qui se construit entre enfant/ père est du type 𓁝enfant[♲]𓁜père et c'est à cette place  𓁜 que l'autre prend forme aux yeux de l'enfant.
  • La "violence structurante de la langue" :
    • le niveau [♲] est celui de la loi, et nous pouvons élargir le propos en y raccrochant ce que Bourdieu dit de l'habitus dans une approche sociologique (voir ici)

Cette formule de Lacan "le sens c'est la copulation du langage avec son propre corps" prend alors un sens extrêmement fort, à rapprocher évidemment de cette autre formule de Grothendieck : "le topos est le lit commun du discret et du continu" ! Autrement dit  ([♲]𓁝⇆𓁜[∅]𓂀. CQFD


Le 26/ 06/ 2022 :

- Plutôt que de juger les propos échangés dans ce livre, j'ai envie de m'intéresser à mes propres réactions, à ce que ce livre m'oblige à clarifier dans mes propres pensées... L'échange m'invite à la méditation, vois-le comme ma participation au débat... Profitons donc de l'occasion ainsi offerte, et reprenons depuis le début.

"P. G.-L. - Freud a d'ailleurs toujours reconnu à l'inconscient une dimension non accessible au langage, et c'est nous qui n'avons pas su vraiment donner à cette idée le développement qu'elle méritait, sans doute parce qu'elle n'était pas directement opérationnelle. C'est la même idée qui est exprimée par Lacan quand il dit "c'est en dehors du sujet c'est strictement ce que l'on appelle l'inconscient."

A. C. - Le mathématicien explique qu'il est possible d'imaginer ce qui est en coulisses, par une analyse subtile de ce qui se passe sur la scène, et il offre une infinie panoplie de variété de topos permettant de s'adapter à chaque situation ! Il affirme également l'idée que ce qui est en coulisses est chaque fois singulier. " p. 71

Il y a déjà une différence sensible entre les deux interlocuteurs :

  • l'un parle d'ouverture (𓁝/𓁜𓂀ψ : "c'est en dehors du Sujet"
  • quand l'autre a une réponse (𓁝/𓁜𓂀φ : "le mathématicien explique"

qui renvoie en écho à la question de leur rapports dans le dialogue lui-même: dans quel discours sommes-nous ?

- Sans conteste dans le discours de l'universitaire.  (voir ici pour les définitions)

- Oui, mais le discours est double : là où l'un est maître, l'autre est l'élève. Les points communs sont :

  1. Tous deux sont au mode ♢ du discours :
  2. Tous deux partagent un même désir, qui serait d'avancer dans la représentation de l'inconscient, autrement dit le mode ♢, un désir que je 𓂀peut "raconter" (...⏩...)𓂀H comme l'espérance d'une évolution :
    • ([♲]𓁝ψ⇆𓁜ψ[∅]⏩[♲]𓁝ψ𓁜ψ[∅])𓂀H
    • ([♲]𓁝φ⇆𓁜φ[∅]⏩[♲]𓁝φ𓁜φ[∅])𓂀H 

Cependant, leur appartenance d'origine (i.e.: psy/ [#]𓁜ψ et math/ [#]𓁜φ) leur fait aborder le niveau [♲] chacun dans son domaine propre : 

  • ([#]𓁝ψ𓁜ψ[♲]⏩[#]𓁝ψ⊥𓁜ψ[♲])𓂀H
  • ([#]𓁝φ𓁜φ[♲]⏩[#]𓁝φ⊥𓁜φ[♲])𓂀H

- Tu nous amuses avec tes glyphes, où veux-tu en venir ?

- J'essaie de trouver la bonne façon d'exprimer que :

  • lorsque, au niveau [♲], 𓂀ψ comprend le Sujet comme ouvert: (𓁝𓂀ψ
  • il est fermé 𓁜 chez 𓂀φ (𓁜) 𓂀φ
  • cela détermine mécaniquement une asymétrie dans leurs postures respectives et j'ai l'impression que les deux se voient ainsi: (𓁝ψ[♲]𓁜φ𓂀Hψφ. (a)

- Autrement dit, dans ce dialogue Alain Connes prendrait la posture du maître ?

- Je dirais plutôt qu'elle s'impose d'elle-même par la nature des propos échangés. Lorsque deux compères sont perdus en forêt, quand l'un dit qu'il n'y a pas d'issue et que l'autre propose une direction à suivre, automatiquement, les deux suivent la direction proposée, quand bien même n'y aurait-il effectivement pas d'issue, par exemple sur une île déserte. Nous sommes des animaux taillés pour le mouvement.

- Sommes-nous toujours dans les traces de Parménide ?

- Oui, pour nous Occidentaux "ce qui est est, ce qui n'est pas n'est pas" est quasiment le lait tété à la naissance.

- Est-ce grave, docteur ?

- Le problème c'est que cette situation implicite entre les deux auteurs  (𓁝ψ[♲]𓁜φ𓂀Hψφ, n'incite pas 𓂀φ à écouter ce que 𓂀ψ lui explique ex cathedra, mais à le considérer comme en attente de son propre discours. Dit autrement : 𓂀φ n'arrive pas à se mettre dans cette posture: (𓁝φ[♲ψ]𓁜ψ𓂀φ, et ça commence à franchement me gêner.

- À ce point ?

- Oui. Par exemple, lorsque Lacan dit "c'est en dehors du sujet c'est strictement ce que l'on appelle l'inconscient", tu comprends bien qu'il y a une remise en cause de l'ego Cartésien d'un Sujet coupé du reste du Monde en ([∃][⚤]𓁜)𓂀 et, en filigrane, le Sujet intriqué à l'Autre que j'ai symbolisé par Sujet OU Autre en ([♲]𓁝⇆𓁜[∅])𓂀 (voir les articles au fil de ce blog); ce à quoi 𓂀φ répond : "Il affirme également l'idée que ce qui est en coulisses est chaque fois singulier", autrement dit la possibilité d'une identification de la cause.

- Je ne comprends pas ?

- En mode ♢, le maître mot c'est "potentiel". Par exemple :

  • En mode ♢, Ferma imagine tous les trajets possibles d'un faisceau lumineux entre sa source et mon oeil, après réflexion sur un miroir;
  • En mode ♧, nous voyons effectivement le faisceau suivant le "moindre temps de parcours".

Il y a entre les deux modes ♢/♧ ce que Chomski appelle le passage de la compétence (qui détermine les possibilités du discours) à la performance (expression d'un discours potentiel); cette dernière étant l'observable du physicien. Ceci est totalement incompatible avec l'idée d'un lien de causalité direct et déterministe entre ce qui se passe en coulisses et sur scène.

- Mais le trajet lumineux est bel et bien déterminé, non ?

- En mode ♧, uniquement en mode ♧ ! Ce qui est propre au mode ♢ n'est pas du domaine de la causalité ou de la temporalité. Comme dans le rêve en mode ♢ que nous interprétons (de façon non univoque) en mode ♧, la "nature" du rayon lumineux (onde ou corpuscule) est déterminée par l'attention que 𓂀 lui porte !

- Ton explication est bancale. Dans le passage ♢/♧, j'aimerais que tu te réfères à la différence entre identité et idempotence. (Note 1)

- Essayons, en reprenant à partir de ce que nous en avions dit au sujet d'Abélard :

"Attardons-nous sur cette opposition entre la clarté dans l'esprit de Dieu et notre propre confusion :

  • Comme auteur de tout, Dieu est en posture ultime, ex post : (...)𓂀 , symbolisé ici par mon oeil oudjat ou protecteur d'Horus;
  • Sa créature 𓁝𓁜 est, face à lui, en posture ex ante : (𓁝𓂀.

- Nous l'avons compris depuis belle lurette !

- Je veux juste pointer le développement suivant : il y a une filiation entre cette différence de posture fondamentale, et ce que nous retrouvons en topologie entre :

  • L'identification 𓁜 à partir d'une posture ex post;
  • L'idempotence 𓁝 à partir d'une posture ex ante (voir "identité et idempotence")
  nom 𓁜
 

Section

Rétraction

  status 𓁝

Dans la posture ex ante (ou locale) 𓁝 nous nous représentons l'objet de notre attention comme le référent ultime d'une série de cartes que nous en faisons (sections) pour nous le représenter (rétractions), de même qu'une série de contes dans un groupe culturel donné connotent un mythe, en soi inaccessible. Ici, l'objet en question est le "nom universel", qui nous est connu par ses différents "status". (voir "Rétraction et idempotence")

- Autrement dit, de ce point de vue, nous restons nous-même, dans une pensée très actuelle, toujours dans cette approche platoniciennne Unaire, qui n'arrive pas à s'affranchir d'une pensée mythique qu'elle voulait combattre ?"

Nous parlions ici d'un changement de posture simple 𓁝/𓁜 dans un mode de penser donné, mais nous avons vu depuis, qu'il y a également ce type de retournement dans un changement de mode (voir "Discussion de comptoir").

Ce que nous dit Ferma, c'est qu'à l'observation d'un rayon lumineux, en ([⚤]𓁜𓂀 correspond une potentialité indéterminée (𓁝[⚤]𓂀.

- Attend une seconde. Il y a bien un principe de moindre action qui entre en jeu, non ?

- Tu as raison, et c'est une loi syntaxique, de mode ♡. La situation complète est donc :

Principe de moindre action 𓁝[⚤]𓁜 j'énonce une règle 𓂀
     
Potentialités  𓁝[⚤]𓁜 je détermine des potentialités 𓂀
     
Actualisation 𓁝[⚤]𓁜 j'identifie un rayon lumineux 𓂀

Sans cette règle, tous les rayons vu de 𓂀♧ , seraient idempotents. Et donc, pour expliquer l'unicité du rayon observé en mode ♧, comme "un parmi n" en mode ♢, il me faut un regard porté du mode ♡.

- Où veux-tu en venir ?

- Au fait qu'Alain Connes oublie de dire que les topos sont des catégories. Le langage des topos, leur syntaxe, c'est la théorie des catégories, et lorsqu'il s'exprime sur les topos en mode ♢, il devrait le faire d'un mode syntaxique ♡, en non à partir de la scène (et plus spécifiquement de Ens en [⚤]𓁜).

- C'est une histoire de poupées Russes, les coulisses ont des coulisses ?

- Exactement parce que le questionnement reste ouvert. Le problème, c'est que, faute de l'exprimer (alors qu'il le sait), il n'en tire pas les conséquences quant au passage du mode ♢ au mode ♧, qui s'exprime, comme nous l'avons vu en mode ♡, par des transformations naturelles. Pour être cohérente, la représentation du Sujet sur scène à partir d'un topos en coulisses devrait s'exprimer en termes de "représentativité", en utilisant le lemme de Yoneda. (Note 2)

- Calme-toi ! Alain Connes ne fait pas un cours, il discute avec un ami...

- Tu as raison: je m'emballe trop vite, je dois moi-même rester plus ouvert... Continuons notre lecture.

"P. G.-L. - À ta manière, en posant qui existe un topos particulier pour chaque sujet, tu signifies la fin du sujet philosophie classique ou du sujet de la sociologie" p. 72

Je n'ai pas de problème quand à la mineure de la proposition, mais j'en ai un concernant la majeure, qui tient à la simplicité du lien causal topos-sujet; ce dont nous venons juste de discuter.

Je retiens cette parole de Lacan : "Le coeur de l'Être, quand Freud y fait allusion, c'est pour désigner une limite de l'exploration de l'inconscient." p. 72. Le problème épistémologique étant de conserver l'ouverture de cette limite, sans renoncer à progresser, à mieux cerner cet être, or la suite du dialogue est celle-ci :

"A. C. - Ce que nous essayons de faire dans cet essai, c'est précisément de repousser un peu cette limite, car nous avons un nouveau paradigme qui est celui de l'inconscient structuré comme un topos, et seul l'avenir pourra nous dire si notre exploration été vaine ou pas…

P. G.-L. - En effet, la constatation freudienne et lacanienne d'un indépassable dans la compréhension de ce qui se passe dans l'inconscient (ombilic du rêve pour l'un et le réel pour l'autre) concernant le sujet, le topos, lui, "en rend compte"." p. 73

Et tu vois tout de suite la difficulté du dialogue dans l'acceptation par Patrick Gauthier-Lafaye (𓁝ψ) de la posture d'Alain Connes (𓁜φ) c.-à-d.: (𓁝ψ[♲]𓁜φ𓂀Hψφ (a). Je te repasse le film au ralenti :

  1. 𓁝ψ : "le Sujet 𓁝 est ouvert" exprimé par (𓁝)𓂀ψ et pour moi:  (𓁝[♲ψ]𓁜ψ𓂀
  2. 𓁝φ : "le Sujet est fermé" (par un topos) ou ([♲]𓁜)𓂀φ♢  et pour moi:  (([♲φ]𓁜𓁜φ𓂀
  3. (𓁝ψ[♲]𓁜φ𓂀Hψφ => (𓁝ψ[♲ψ]𓁜φ([♲φ]𓁜ψ𓁜φ𓂀

Au lieu que l'ouverture du Sujet soit un véritable point d'achoppement et de discussion entre les deux auteurs, 𓂀ψ abandonne sa position, pourtant fondamentale dans son champ d'expérience et son corpus [♲ψ] pour accepter le point de vue de 𓂀φ alors qu'il importerait plutôt d'intégrer ce concept [♲ψ] dans la conception [♲φ] proposée par 𓂀φ , car il s'agit avant tout de tester l'hypothèse de 𓂀φ dans le corpus [♲ψ].  

Et c'est d'autant plus ballot, que cette ouverture est déjà là, dans la syntaxe même de la théorie des catégories, dans laquelle s'écrit le topos, ce que  𓂀φ oublie juste de dire !

- Je te sens tendu comme un string ! Attends de voir la suite, Patrick Gauthier-Lafaye fait simplement preuve d'ouverture d'esprit, et Alain Connes teste une hypothèse... 

- Désolé, mais c'est tellement important de partir du bon pied lorsque l'on entreprend une nouvelle exploration, que là j'ai trop peur que ça parte de travers...

- Relax ! Vas donc faire un tour, ton baratin sent la fatigue, tu reprendras demain !


Le 27/ 06/ 2022 :

- Pas grand chose à rajouter à mes précédents commentaires, si ce n'est quelques réflexions incidentes, que je livre sans les ordonner.

a/ À propos du monoïde :

Alain Connes en parle incidemment : 

" A. C. - ... En fait, le topos des évolutions, que nous avons évoqué plus tôt, apparaît à partir du diagramme le plus simple : un mot qui est autoréférentiel, c'est-à-dire le diagramme formé d'un point et d'une flèche qui part de ce poids pour y arriver.

P. G.-L. - L'existence d'un système autoréférentiel tel que tu le décris est une question fondamentale en clinique psychanalytique et même psychiatrique. Le choix des mots est déterminant ici. Penses-tu "y arriver" ou bien "y revenir" ?

A. C. - Je dirais "pour y revenir".

P. G.-L. - Pour moi cette distinction est importante, car si c'est "y revenir", on pourrait considérer que ce point est un point de jouissance où le coulissage des mots n'est plus possible: "Là où je jouis, je ne suis plus !" Fait Clinique avéré dans les cas des psychoses infantiles par exemple, type même du système autoréférentiel." p. 78

Ce regard de 𓂀ψ porté sur le monoïde, qui est rappelons-le l'objet final le plus élémentaire possible de la Catégorie des graphes semble extrêmement intéressant.

- À ce point ?

- Je t'en laisse juge : 

  • En mode ♧, nous avons fait tout un développement au sujet de la prise de conscience de son ego par Descartes, avec un jeu qui s'établissait entre cet ego accroché au plus près du Réel en [∃]𓁜, et son identification en [⚤]𓁜, et un va et vient entre "je pense/ je suis" s'inscrivant entre les deux niveaux [∃]𓁝⇅𓁜[⚤]𓁜.
    • Le passage en lui-même ⇅ restant diachronique,
    • et la prise de conscience du temps (le décompte des sauts ⇅) se faisant ex post, en [⚤]𓁜.
  • En mode ♢, on change d'objet final, en réifiant ce saut diachronique ⇅, ce qui nous donne le monoïde •⟲ en [∃]

Or, j'ai dis et rabâché qu'en mode ♢, celui du rêve et de l'évaluation des potentialités, le temps ne pouvait en aucune façon être celui très élémentaire de Galilée vérifiant la régularité des allers-retours d'un lustre se balançant au gré des courants d'air dans la cathédrale de Milan, en référence à son pouls !

Et c'est ce à quoi aboutit notre psychanalyste considérant ce même monoïde : "là où je jouis, je ne suis plus". La jouissance est l'anéantissement du temps, et c'est évident : si la flèche part d'un point pour revenir au même point et que ce fait est tracé, hic et nunc, sur le papier, il n'y a aucun temps, aucun décalage, entre le départ et l'arrivée : la réification de la flèche ([∃][⚤]𓂀 dans le monoïde • en ([∃]𓂀 anéantit la notion de temps. Pour mieux les situer l'un par rapport à l'autre :

  objet final objet classifiant  
    ∈ [∃] Ω ∈ [⚤] 𓂀
       
  (•) ∈ [∃] ↑        {{•};{∅}} ∈ [⚤] 𓂀

(j'ai beaucoup de difficultés avec ces flèches en tous sens, il faudra clarifier mes notations !)

- Le monoïde est donc dans l'instant ?

- Je ne le pense pas : l'instant apparaît plutôt comme une coupure entre passé et futur; qui se réfère à un décompte du temps, mais là, non, le concept n'existe tout simplement pas.

On peut d'ailleurs prolonger la réflexion sur la façon qu'a Lagrange d'aborder la physique.

- Mais là, nous nous éloignons, si tu passais à la suite ? (Note 3)

b/ L'altération de la logique :

À la remarque précédente de Patrick Gauthier-Lafaye, Alain Connes répond :

"A. C. - Mais cet exemple n'avait de mon point de vue qu'un but très simple ; non celui de coller à la réalité des cas cliniques, mais simplement de montrer comment le diagramme le plus simple imaginable peut considérablement altérer la logique sous-jacente : en effet nous avons vu en détail que pour ce topos particulier, les valeurs de vérité sont plus subtiles que seulement le vrai ou le faux et qu'elles donnent un sens à être à dix pas de la vérité, à quinze pas de la vérité, etc." p. 79

Là encore, je pense qu'Alain Connes regarde par le mauvais bout de la lorgnette : il voit le passage ♧↑♢ comme "altération" de la logique, alors qu'il me semble beaucoup plus fructueux de considérer le passage ♢↓♧, comme une rupture de symétrie. La logique du 1er ordre étant alors considérée comme la dégénérescence qu'une logique plus vaste. Dégénérescence s'accompagnant de l'introduction du temps logique, etc.

c/ Topos et psychose :

"P. G.-L. - ce qui est intéressant c'est qu'à ta manière, tu fais entrer la psychose dans le topos." p 79

Il y a là matière à réflexions.

  1. Les auteurs développent ici leur idée d'un topos de l'inconscient, quand nous l'avons déjà introduit à un niveau plus élémentaire, en mode ♧ pour parler du "Sujet" d'une façon très globale (avant même toute distinction conscient/ inconscient, comme par exemple chez l'infant);
  2. Le Sujet comme topos s'envisage ici : [♲]𓁝⇆𓁜[∅]𓂀 caractérisé par :
    • une symétrie : l'équivalence 𓁝/𓁜;
    • une quantité conservée : le Sujet 𓁝𓁜;
    • une indétermination : dans le passage (diachronique) de 𓁝 à 𓁜;
  3. Lacan définit le moi du Sujet comme paranoïaque.

De ce point de vue, la paranoïa qui accompagne la formation du Moi du Sujet peut se comprendre comme un principe de conservation : l'histoire que le Sujet se raconte à propos de lui-même, c'est la façon humaine de se conserver, en se référant à soi-même...

Quant à la psychose : j'avais eu l'idée, il y a longtemps (Note 4), que psychose et névrose caractérisent une difficulté à passer d'une posture à l'autre :

  • La psychose associée à la fixité du Sujet en posture 𓁜;
  • La névrose associée à la fixité du Sujet en posture 𓁝.

4/ L'objectivité en mathématiques :

"P. G.-L. - Ce qui importe pour moi, c'est que même si l'idée que se fait le mathématicien de sa discipline n'est pas indemne de toute subjectivité, Il n'empêche que les résultats obtenus par son travail peuvent être qualifiés d'objectifs est débarrassés de toute idéologie" p. 80

- J'ai peur qu'en la matière notre psychanalyste ne se fasse une idée très évanescente des mathématiques !

Il y a en mathématiques des écoles, des modes, des oukases, et Grothendieck en a souffert, comme bien d'autres, avant et après lui. Tout ce que Thomas S. Khun (qu'il faudrait relire à partir de Bourdieu) a pu écrire sur les milieux scientifiques en général, se retrouve dans cette discipline en particulier. Il y a des paradigmes fondamentaux qui définissent le champ mathématique pour un temps, et s'écroulent en des moments historiquement repérables. Par exemple l'idée chez Pythagore que tous les nombres sont rationnels, et la catastrophe introduite par la démonstration que √2 ne l'est pas, ou encore le théorème de Gödel du temps de Hilbert etc.

Je pense que nous vivons une telle période de bouleversement avec la théorie des Catégories qui prend petit à petit le pas sur la théorie des Ensembles (à la louche), et s'imposera certainement, parce que les physiciens en ont besoin.

Quand à la notion d'objectivité, oui, certainement, dans la mesure où le mathématicien, comme le physicien, ou le scientifique en général, se casse le nez de temps en temps sur "ce qui lui échappe", autrement dit, dans un langage lacanien, sur le Réel [∃]𓁜. 

5/ Le refus du Sujet :

"P. G.-L. - Ce que tu racontes me rappelle la remarque que faisait Lacan à des étudiants en philosophie : "c'est pourquoi la psychanalyse comme science sera structuraliste, jusqu'au point de reconnaître dans la science un refus du sujet". N'est-ce pas ce qui t'est arrivé lorsque tu as donné la bonne réponse puisque tu précises ensuite qu'il t'a fallu une demi-heure pour comprendre pourquoi ta réponse était juste, sans te poser aussi la question de ce qui en toi t'avait permis de résoudre cette affaire ?
[...]
Avec ce "refus du sujet", Lacan sépare ainsi la psychanalyse de toute attache avec la psychologie qui, de fait, place le sujet au centre de son étude. L'expérience dont tu viens de parler l'illustre.
" p. 84

 - J'avoue qu'il y a là matière à une bonne question de philo au bac...

- Oui et cette déclaration de Patrick Gauthier-Lafaye m'interpelle directement, puisque je ne cesse de préciser, dans chaque discours la place de celui qui s'exprime.

1/ La première question concerne mon oeil d'Horus 𓂀 : qu'est-il sensé représenter ?

- L'auteur du discours (...𓂀, non ?

- Mais, en un certain sens, un ordinateur peut émettre un discours (par exemple un signal d'alarme ou répondre à une question), comme un animal peut exprimer des émotions ou des besoins... Il faut donc préciser ce qui caractérise notre auteur.

Je propose de dire que 𓂀 est "auteur" dans la mesure où ce qu'il produit  (...) est le fruit  :

  • D'une intention, qui lui appartient en propre;
  • D'une attention tournée vers un "objet de discours" particulier.

- En écho, je présume à ce que nous dit J.-P. Changeux de la prise de conscience comme le point de confluence entre un percept (par rapport à l'attention) et un concept (par rapport à l'intention)?

- Oui et l'on peut broder sur la différence a-tension/ in-tension, avec l'idée d'une "tension", entre l'objet et  𓂀, considérée par chacun des deux pôles de cette tension.

- Qui conduirait à notre dialogue 𓂀ψ / 𓂀φ ?

- Oui, si tu veux : comme je te l'ai dit, on peut broder à l'infini sur le thème; mais de façon plus pragmatique, cette approche permet de différencier un ordinateur d'un animal :

  • Un ordinateur n'est pas un "auteur", car s'il est construit pour être "attentif" à des signaux d'entrée, il n'a pas (pour l'instant du moins) d'intention propre;
  • Un animal , en revanche, peut être un auteur car il a l'intention (au minimum celle de survivre, individuellement ou collectivement) et l'attention.

2/ Psychologie du Sujet 𓁝𓁜:

- Ceci dit, est-ce qu'en t'intéressant à la place du Sujet 𓁝𓁜 dans son discours, tu 𓂀 fais de la psychologie ?

- Non, définitivement non : lorsque le mathématicien s'intéresse à l'axiome de choix, lorsqu'il accepte ou pas de considérer l'hypothèse du continu ou encore refuse d'accepter une démonstration basée sur un raisonnement par l'absurde (utilisant ¬¬a=a) nous ne parlons pas de la psychologie du Sujet faisant des mathématiques, mais :

  • du niveau Imaginaire où il se situe, dans un Imaginaire (présenté par Freud dans sa lettre 52 du 6/12/ 1896 adressée à son ami Fliess), compris comme un "feuilleté",
  • et/ ou du mode de penser (♤ ♡ ♢ ♧) auquel il se tient, c.-à-d. en particulier de l'objet classifiant autour duquel s'articule son discours.

À mon sens, les glyphes que j'utilise doivent être vus comme des signes de ponctuation, qui précisent l'intention de l'auteur, ou, des smileys sensés préciser le sens d'un propos. Autrement dit, nous nous situons, dans une acceptation très large du terme, dans une approche "linguistique" du Sujet, quand le psychanalyste l'approche par son écoute. 

3/ Le Sujet comme "individu" :

- Maintenant que tu as dégagé le terrain autour de 𓂀 et 𓁝𓁜, reste la question centrale : le Sujet existe-t-il ?

- La seule réponse possible est oui et non :

  • Oui 𓁜;
  • Non 𓁝.

Je ne rentre pas dans les détails, car ce serait encore rabâcher le même refrain!

Maintenant, ce qui m'étonne, à la lecture de l'expérience relatée par Alain Connes, et sa prise de conscience toute personnelle d'une ouverture vers ce qu'il ne peut identifier, c'est qu'il ai complètement zappé la différence d'approche des deux objets initial/ final en théorie des catégories.

Ce qui me permet de terminer sur les paroles que lui adresse Patrick Gauthier-Lafaye :

"P. G.-L. - Je fais quand même le pari que lorsque tu auras trouvé la solution à cette question, tu te demandera pourquoi ne pas l'avoir découvert avant, tellement elle te paraîtra aller de soi. Tu risques de constater alors que tu faisais partie de la résistance à la découverte de la solution. Mais bien sûr, tu dois te dire que j'exagère…" p. 82

Ouf, terminé pour aujourd'hui, pile poil pour l'apéro !

Hari

Note 1 :

Voir :

Note 2 :

Voir :

Note 3 :

Voir :

- Juste une seconde pour noter cette idée avant qu'elle disparaisse : le premier geste de Lagrange est de rechercher, dans un mécanisme les "variables réduites" et les "contraintes" qui permettent de le définir. Par exemple, un pendule simple est parfaitement défini par :

  • Ses contraintes, qui sont :
    • un point fixe (0);
    • Sa longueur (L);
    • Le plan vertical dans lequel s'inscrit ses oscillations (0, x,z)
  • Une variable libre : l'angle du pendule avec la verticale (θ)

Et l'idée de base, c'est que les coordonnées réduites (ici θ) sont cycliques (d'où les diagrammes de phases), revenant toujours à leur point de départ...

- Il y a un amortissement, et une notion d'entropie...

- Oui, bien sûr, mais fondamentalement, ce que cherche à décrire le physicien, c'est ce qui est pérenne, ce qui se conserve; et du coup, l'introduction de la quantité de mouvement mv (un point et un vecteur et non pas simplement m.dx/dt) prend un tout autre sens... À méditer.

Note 4 :

Voir :

Note du 30/ 06/ 22 :

Je ne savais pas en écrivant ceci que j'aurai à y revenir en détail suite à la lecture du chapitre suivant (voir article #4). Ce qui me pousse en retour à préciser  (𓁝𓂀.

Dans l'expression "la jouissance de la mère", je pense qu'il faut l'entendre au double sens de

  • La jouissance par l'enfant de la mère ;
  • La jouissance par la mère de l'enfant.
  • La "jouissance" en elle-même étant dans l'entre deux , comme nous le verrons dans l'article #4(𓁝𓁜)𓂀

La jouissance "en soi" étant un peu comme l'éveil de Chuang Tseu, ne sachant s'il est Chuang Tzu rêvant qu'il est papillon ou un papillon rêvant qu'il est Chuang Tseu.

Voir 

Pour approfondir l'idée de l'entre mère/ enfant, pourquoi ne pas tenter ce dépaysement absolu d'une réflexion sur le concept de Ma japonais 間 ?

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