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L'Homme quantique

Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

L'élégance du vide

Pour une fois, j'écris avant de m'endormir et non à l'heure où j'émerge du sommeil, parce qu'en relisant mon précédent billet, pour le peaufiner comme d'habitude, une simplification m'est apparue nécessaire.

Pourquoi, ici, pourquoi maintenant, je ne sais trop. Sans doute d'avoir entendu, il y a peu, parler de Montaigne dans "Les chemins de la philosophie" ou encore, la semaine dernière du "voile de Maya", à propos de Schopenhauer, en suant à la salle de gym. Je m'étais étonné d'apprendre que Montaigne pensait que le moi n'existe pas, qu'il s'agit d'un concept vide en soi, que l'on ne fait qu'approcher. Or, cette idée de définir un concept par son environnement sans l'atteindre, était précisément ce qui m'apparaissait comme l'essence de la topologie.

Nous savions déjà que le Sujet auquel se réfère le "Moi" ne peut se concevoir qu'intriqué à l'Autre, ce que nous avons repéré par "Sujet OU Autre" et non "en soi", avec dans l'idée que le "Moi" Imaginaire devait être le fruit d'une décohérence d'avec l'Autre pour donner les "petit a ET petit a' " du schéma en L de Lacan

Nous en étions restés là dans mon dernier billet "sexe et produit" aboutissant au schéma d'ensemble suivant : R < ... < I1 < I01 < I0 < Im < S < DM, avec un rapport métaphorique  entre l'ensemble de nos modes de pensée (rationnel / mythique) d'une part et le rapport logique / topologique, au sein de notre pensée rationnelle d'autre part.

Ce qui donne quelque chose de ce type : R < Im < S <=> I1 < I01 < I0, avec dans chacun des deux systèmes un rôle charnière dévolu à Im et I01.

La question que l'on peut se poser est alors la suivante : quelle est la distance diachronique qui sépare I0, le niveau où l'on conçoit le vide comme "objet initial" de tout notre Imaginaire, et Im qui serait celui où l'on conçoit le "Moi"?

Si je dégaine mon rasoir d'Ockham pour supprimer Im, je m'aperçois que tout continue de très bien fonctionner, sans ajout ni retrait ! En effet:

  • En position ex post : I0 est le principe initiateur  de tout ce qui lui est  subordonné, donc de toute construction rationnelle, or ce sont précisément les prérogatives qui sont assignées au Moi que j'ai situé en Im.
  • En position ex ante : je sors du discours rationnel, certes, mais je peux très bien, comme Montaigne, Schopenhauer ou la philosophie orientale considérer que le Moi est vide et somme toute, ça ne change rien à l'affaire !

Vous êtes choqué ? D'accord, alors donnez-moi un seul concept qui puisse être plus "originel" que le vide, situé en I0 et qui caractériserait ce "Moi" que j'ai situé en Im ? Aucun, puisque le vide peut engendrer tout notre Imaginaire.

Autrement dit cet Im que j'utilise depuis des années et le I0 que j'ai défini comme le niveau Imaginaire auquel se conçoit le concept de "vide", ne font qu'un. "Ad augusta per angusta" comme dirait Victor !

Nous revenons dans une voie très Bouddhiste n'est-ce pas ? Mais l'on peut certainement faire un peu mieux que de retrouver des sentiers longtemps empruntés.

Ce qui nous donne ce sentiment d'être ne vient pas d'une "substance", qui constiturait notre "essence", un quelconque concept "synchronique", ni même du saut diachronique qui nous constituerait comme une sorte de décohérence de "Sujet OU Autre", qu'au fond nous ne pouvons que connoter par les récits que nous en faisons, mais plus fondamentalement par le jeu ex post / ex ante auquel sans cesse nous nous livrons, comme l'enfant qui se découvre pour la première fois devant un miroir comme cause et conséquence de ce qu'il voit....

Bonne réflexion à tous.

Hari

Lendemain de cuite (non, je blague):

Ce matin, je me lève en ayant laissé décanter mes derniers propos, qui amènent quelques commentaires selon le point de vue adopté.

Point de vue du psychanalyste Lacanien :

- Tu es bien gentil, et j'apprécie que tu mettes en avant le stade du miroir comme point d'émergence de la conscience de soi, mais que fais-tu de ton schéma en L, que tu n'arrêtes pas de commenter pour spécifier ce que tu appelles un "saut diachronique Imaginaire / Symbolique", pour in fine, le laisser en plan.

- Ce n'est qu'une question de point de vue : la représentation de l'Imaginaire comme un "feuilleté" n'est qu'une représentation que je me donne de mon propre Imaginaire, c'est le doigt montrant la Lune, et non la Lune elle-même. Et la question de ses liens avec ce qui lui échappe, Réel et Symbolique, ne peuvent être également que des représentations ramenées à ce que j'en peux imaginer. Dès que je structure le Symbolique en écrivant "Sujet Ou Autre", il est bien évident que je ne suis plus le Sujet parlant de lui-même, mais DM, mon fidèle démon de Maxwell qui me susurre à l'oreille ce beau discours. C'est Lacan assis derrière son bureau, "se faisant une idée" du Sujet qu'il écoute (ou pas) durant une séance.

Ce qui n'a rien à voir avec l'expérience vécue par le Sujet s'exprimant en disant "Moi". Si je fais une introspection, en tentant autant que possible de faire silence en moi pour pleinement ressentir toutes les émotions ou sollicitations extérieures qui peuvent me contraindre à "réagir", force m'est de constater que le niveau Imaginaire où je me situe (Im, donc), lorsque je "prends conscience de Moi", n'a rien de stable. La première expérience qui en atteste est cette descente diachronique qui me laisse stupide devant le choc du Réel, lorsque par exemple je suis physiquement impliqué dans un accident ou toute autre situation de stress. Je te renvoie à ta propre expérience pour en attester.

La métaphore qui me vient est celle d'un naufragé cherchant à se faire repérer en utilisant son miroir de survie : il cherche à marquer sa position en bougeant le miroir dans l'espoir qu'un éclat du Soleil qu'il renvoie, puisse être capté par un éventuel secouriste. Ce mouvement du miroir, c'est le changement de position ex post / ex ante dont j'ai parlé, et le signal que j'envoie est à ma propre destination. Le succès de l'opération a lieu lorsqu'un percept (l'éclat lumineux perçu) rencontre un concept (le schéma que je me faisait de l'action) C'est ça la prise de conscience, que je réifie en disant "prise de conscience DE MOI"... Tu vois où je veux en venir, n'est-ce pas ?

- Pas trop.

- Désolé, c'est vrai qu'il faut ici changer de casquette pour évoquer les théorèmes de Noether : le miroir fait penser à une "symétrie" entre le référant et le référé, qui correspond à une stabilité; ici celle d'un ego. Mais ce qui est stable dans l'affaire, c'est le miroir ! Et ce qui caractérise notre miroir c'est qu'il renvoie ce qui est "compris" ex ante à ce qui est "vu" ex post. C'est la voie qu'il convient à partir de maintenant d'explorer.

Point de vue du physicien :

- Tu en reviens donc au langage mathématique ?

- Bien sûr puisque l'Homme se définit par la parole, et que la plus épurée qui soit est celle des mathématiques, et au coeur même de celles-ci, la théorie des catégories. Mais pour justifier cette assertion, le moyen le plus direct est de montrer en quoi ce langage est universel, et en particulier de quelle façon il sert de "pont" (au sens où Olivia Caramelleo parle de "pont" à propos des topos) entre la représentation du Sujet et celle de l'Objet.

Et c'est ce qui m'a conduit à caractériser temps et espace  en utilisant les concepts linguistiques de diachronie et de synchronie. Dans l'Homme Quantique j'ai fait d'autres rapprochements, par exemple entre le couple libido / pulsion et le couple énergie cinétique / potentielle etc...

C'est pourquoi je parle d'intrication de "Sujet OU Autre" au niveau Symbolique, et du passage de ce Symbolique à l'Imaginaire (renvoyant au Réel) comme d'une décohérence au cours de laquelle le concept se différencie en a ET a' dans le schéma de Lacan, soulignant ainsi une similitude avec les notions quantiques auxquelles ces termes nous renvoient.

- J'entends bien : ce langage ne peut être tenu qu'ex post, et donc par le DM discutant du Sujet...  Mais tu n'as rien prouvé.

- Non, certes, mais telle n'étais pas mon intention: je m'assure juste que les deux discours, celui du psychanalyste et celui du physicien sont compatibles, les reflets distincts d'une même forme du discours. On en revient toujours à cette idée de reflet.

Mais cette fois-ci je nomme ce qui nous sert de miroir : c'est le langage lui-même, qui nous sert de "pont". Et je me rapproche quelque peu de Noether.

- De quelle façon ?

- Souviens-toi :

  • Nous avons considéré le niveau I01 comme très particulier puisqu'il sert de bascule ex post / ex ante entre une pensée logique et une autre approche géométrique;
  • De même, nous avons vu le niveau Im comme le lieu de bascule entre les position ex post de la pensée rationnelle et ex ante de la pensée mythique.

Or, en ramenant Im à I0, je vois maintenant cette notion de vide comme le point de bascule entre ces deux modes de pensée. Ce qui est somme toute cohérent puisque le vide peut tout engendrer... Ce faisant j'ai une meilleure appréhension de la distance séparant I01 de I0 : la pensée rationnelle ne peut aller au-delà du concept vide, sans basculer dans les mythes... Ce qui donne un certain recul quand à toute théorie d'avant le Big Bang... Nous avions déjà évoqué le sujet en parlant de l'Univers holographique comme d'un mythe.

Note du 02 août 2018 :

Le début du mois me permet de voir immédiatement sur les statistiques du blog les articles qui sont vus de rares fois. Cette possibilité s'estompe au fil des jours, puisque les statistiques ne font que présenter le cumul mensuel des vues supérieur à dix.

Or donc, ce matin, mon attention est attirée sur un article complètement oublié d'il y a dix ans : "Tao Te King et Darma" dans lequel j'avançais une réflexion sur le Tao et le Bouddhisme, tournant autour de la notion de vide...

L'Occident et l'Orient s'articulent ainsi  l'un à l'autre pour avancer sur la Voie, et il semble bien qu'il faille comme en toute chose marcher sur deux jambes, pour mettre un pied devant l'autre (un voyage de 1000 li commence par un pas)... Ce qui prolonge nos réflexions actuelles sur la double approche mythique / rationnelle et dans l'ordre rationnel sur logique / géométrique...

Un esprit mal placé (comme le mien) se demanderait quel sexe se trouve à l'articulation Orient / Occident ? J'imagine que l'on pourrait y voir quelque chose comme Linga/Yoni, (article qui lui aussi a été lu hier, peut-être par le même lecteur ?) pour compléter l'image ! Géographiquement, on retrouve l'Inde coincée entre l'Europe et la Chine... Historiquement, on pourrait sans doute avancer que les langes européennes dérivent du Sanscrit et que le Bouddhisme a directement influencé la pensée chinoise etc... On pourrait, comme vous le voyez en faire des tonnes !

Le fait de revenir sur ses propres traces, quand à lui, nous renvoie à la roue du Darma, une métaphore de cette pensée qui s'approfondit en se bouclant sur elle-même... Approfondissement nous permettant d'y voir autre chose qu'un simple automatisme de répétition, auquel cas le diagnostique serait tout autre, bien entendu !

 

 

 

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Amandine Rossato 19/03/2019 07:18

J'aime beaucoup tes articles
Ils sont extrêmement intéressants

Simon 19/03/2019 09:41

Merci, et merci de diffuser si possible : j'ai besoin de lecteurs, et d'en discuter !