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Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Freud - L'interprétation des rêves - #7 - De Cheng à Lacan

Nota : La signification et l'usage de mes glyphes, comme le schéma général de l'Imaginaire du Sujet, sont présentés ici: "Résumé"

([∃]𓁝⇅𓁜[⚤]𓁝⇅𓁜[#]𓁝⊥𓁜[♲]𓁝⇆𓁜[∅])𓂀 (♧)

Pour le schéma développé de l'imaginaire voir: "Mettre un peu d'ordre dans sa tête"

[#]𓂀          
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅]
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅]
  [∃] [⚤] [#] [♲] [∅] 

- J'ai démarré cette série d'articles (note 1) en commentant François Cheng nous parlant du couple anima/ animus, de là je suis revenu au colloque de Cerisy, autour de Piera Aulagnier, où j'ai rencontré Yves Lugrin, qui m'a donné envie de lire son livre sur Freud et Ferenczi. Cette lecture m'a conduit à m'intéresser à Fliess, puis  aux errements de Freud concernant l'opération du nez d' Emma. D'Emma, je passe à Irma, au rêve d'injection par lequel Freud introduit "l'interprétation des rêves". Et là, plus signe d'Emma, disparue des radars. Je fouille donc à sa recherche, et j'en profite pour relire en diagonale ce livre dont je ne gardais que de vagues souvenirs;

Je tombe alors sur une évidence :

La pensée dans le rêve se fait sur 2 modes ♧ et ♢.

Intéressant, d'autant plus que je sortais de ma digestion du colloque zoom autour des topos et de la théorie des "ponts" d'Olivia Caramello, ce qui m'avait conduit à développer l'idée, toute théorique, qu'après un tour dans l'Imaginaire, le Sujet pouvait en faire un deuxième en changeant d'objet final, puis un troisième et ainsi de suite. Autrement dit : les mécanismes du rêve m'offraient l'occasion de tester le premier passage de  ♧ à ♢.

Du rêve, je passe donc à l'une des pensées conscientes les mieux structurées qui soient : celle d'Alain Connes, pour vérifier ensuite, dans la structure des mythes, que c'est également la plus ancienne, la plus profondément ancrée en nous.

- Il ne te reste plus qu'à boucler sur le schéma en L de Lacan...

- Effectivement, si le Sujet est une "histoire qu'il se raconte" à lui-même, il y a tout lieu de penser que cette "histoire" a la structure d'un mythe, puisque c'est la structure ancestrale de la pensée.

- Difficile à formaliser : tu retombes sur le paradoxe de Russel, ou un théorème d'incomplétude de Gödel. 

- Nous avons déjà eu cette discussion en parlant du "bouclage Imaginaire". Mais j'aimerais faire ici un autre bouclage, entre le propos de Cheng, qui nous parle de l'âme au sens le plus élevé, poétique aussi bien que philosophique, et Lacan, qui tente de schématiser le rapport du Moi au Sujet, en "technicien" et observateur de leur articulation.

- Et clore ainsi cette série d'articles ?

- Oui, parce qu'il faudra ensuite revenir plus sérieusement sur tout ceci, avec une connaissance plus maîtrisée des la théorie des catégories, dont je n'utilise que les concepts les plus élémentaires. Et puis, je ne peux pas définir "le Sujet comme topos" sans mieux maîtriser le concept de topos...

- Je vois qu'il y a encore du terrain à couvrir!

- Oui, mais laissons cette introduction en forme de récap. Hier, en résumant l'objet du mythe de la Potière Jalouse, ceci s'est échappé de mes doigts courant sur le clavier :

"Dans la pensée mythique, l'objet du discours n'est pas tant de discuter de la potière en tant que femme ou artisan, mais de comprendre comme l'ordre (la poterie) peut advenir du chaos (la femme). C'est une question absolument générale, d'un autre ordre (ou "mode" pour reprendre notre vocabulaire), que l'on retrouve par exemple, dans l'organisation sociale des Bororos avec l'opposition entre le bari et l'aroettowaraare. "

"Ordo ad chao", cette pensée n'est pas fortuite, et c'est d'ailleurs plus une question qu'autre chose: comment l'ordre peut-il venir du chaos ? D'où mon intérêt pour la thermodynamique, dans mes jeunes années.

Questionnement qui accompagne notre désir de survivre, ou "pulsion unaire" de Lacan, qui nous éloigne du chaos du Réel (traumatique) dans l'espoir de retourner dans l'unité primordiale du bébé au sein de sa mère (ou dans l'amour de Dieu, c'est tout comme.)

Comme toujours, j'y vais à grandes enjambées, mais il est assez simple de voir que nous prenons conscience du chaos en position ex post(𓁜)𓂀 et aspirons à l'unité, ou à l'ordre, en position ex ante (𓁝)𓂀. Ce n'est pas évident pour un esprit occidental, plus habitué à une pensée immanente (surtout dans les pays anglo-saxons, férus de pragmatisme), mais le développement de l'infant, se vit plutôt comme une "perte", à partir de (𓁝)𓂀, que comme une acquisition progressive de compétences à partir de  (𓁜)𓂀 . Toujours est-il qu'au stade du miroir, ([⚤]𓁝⇅𓁜[#])𓂀 l'enfant prend conscience de lui-même comme:

  • élément ([⚤]𓁜)𓂀 : se référant à un cogito ([∃][⚤]𓁜)𓂀 
  • partie (𓁝[#])𓂀 d'un tout, astreint à une loi (𓁝[#][♲])𓂀  

Au point que la "conscience" peut se ramener à la prise de conscience de cette dualité 𓁝𓁜 elle-même, dans un mouvement (𓁝⏩𓁜)𓂀 ou (𓁜⏩𓁝)𓂀.

- Tu nous récites ton catéchisme, là !

- Attends un peu... Ce discours en 𓂀, finalement, tourne autour de la définition du "Sujet" par lui-même et pour lui-même, avec l'ego comme objet final, d'un infant sorti d'un vide primordial, et se constituant à partir de là en se détachant de sa mère, objet "a" du moi 𓁝𓁜.

Mais cela reste assez pauvre pour représenter les liens qui se tissent entre le Sujet et l'Autre...

- D'où le passage en mode ♢?

- Je pense que ce serait une piste assez élégante, non ? Imagine-toi quelque chose de la sorte : 

  • En [♲]: le Sujet comme topos :  ([♲]𓁝⇆𓁜[∅])𓂀
  • En [♲]: Je (1) est un Autre (2): ([♲]𓁝𓁜1⇆𓁝𓁜2[∅])𓂀

L'articulation entre les deux modes se faisant autour de l'idée que "Je 𓂀 est un autre 𓁝⇆𓁜".

À partir de là, le carré commutatif en question semble assez évident, non ?

[∃] ←[⚤] ←[#] [♲] 𓂀
     
[∃] ←[⚤] ←[#] [♲] 𓂀

- Je pense que l'on pourrait discourir des heures à partir de ce schéma; mais comment y retrouves-tu le schéma en L de Lacan ?

- Il faut déjà que nous nous mettions d'accord sur le constat suivant : son schéma en L : 

est une aberration !

- Tu ne manques pas d'air, après nous en avoir parlé maintes fois sur ce blog? (note 2)

- Ma remarque ne porte pas sur le référé de ce schéma, mais sur son existence même ent tant qu'un "schéma", ou "dessin" ou "représentation" d'une relation inconsciente entre le Sujet et l'Autre, au niveau Symbolique, en opposition à une "relation Imaginaire". Et l'écrire en pointillé n'y change rien !

En effet si, par définition même, le Symbolique est hors de l'Imaginaire, il est non seulement indicible, mais inimaginable, comme Dieu que l'on ne peut ni nommer ni représenter...

- Tu en reviens à Gödel et Russel ?

- Évidemment. Nous nous en sortons, en différenciant le Sujet 𓁝𓁜, objet du discours et l'auteur du discours 𓂀, et en explicitant la clôture du discours (...)𓂀 (voir "Bouclage Imaginaire"). Et nous pouvons préciser, après ce que nous venons de mettre en place, que là où Lacan situe son "axe inconscient", nous sommes tout simplement au niveau  relationnel de l'Imaginaire, celui où se tissent les ficelles dans les coulisses du rêve : en ♢.

- Et que devient le Symbolique ?

- Il fait comme le dieu Lune : au fur et à mesure que tu le sommes de s'expliquer, dans ton désir de créer de l'ordre à partir du chaos, il monte au ciel, en se désincarnant au cours de l'ascension. Après réflexion sur le travail d'Olivia Caramello, nous nous étions arrêtés à 4 tours : ♧, ♢, ♡, ♤ (voir "Identité et équivalence de Morita")

  • Au premier tour, en ♧, nous nous intéressons à l'objet (*);
  • au suivant, en ♢, au mouvement (⟲) de l'objet;
  • ensuite, en ♡, à l'essence du mouvement (théories du 1er ordre);
  • enfin, en ♤, aux mouvements de l'esprit réifiés par ces théories.

Comme tu le vois, les "objets" de notre pensée sont de plus en plus évanescents, et nous cherchons toujours, derrière leurs structures identifiables, ce qui les "anime". Dans ce schéma, donc, le Symbolique est repoussé au-delà de  [♲], au-delà même de [∅] (sans indice: a priori le vide est juste "vide"). Donc :

  • Si Lacan ne peut entrevoir quelque chose de ce Symbolique qu'à partir de son expérience de la cure psychanalytique, avec l'association libre de Freud, des mécanismes de niveau ♢, alors, ce qu'il étiquette comme "inconscient" ne peut qu'être une interprétation par l'auteur 𓂀; d'un mécanisme Imaginaire du Sujet 𓁝𓁜 en ♢.
  • Si l'Autre est vu, compris, représenté ou manipulé comme un "objet", alors, les rapports du Sujet à l'objet "a" se vivent et s'expriment en mode ♧.

Ceci fait, tu retrouves un joli carré commutatif :

A ← Es (S) 𓂀
 
a (moi) a 𓂀

Maintenant, c'est assez limité, et tu peux t'amuser à retrouver les 4 discours de Lacan pour l'enrichir... (note 3). Mais l'essentiel était de retrouver cette pensée du Sujet sur deux modes ♧ et ♢, que le rêve nous permet d'approcher, lorsque le Sujet, débarrassé des distractions de la veille, se laisse porter par son désir.

- OK, tu retrouves un carré commutatif dans ce schéma en L, avec pas mal de sujets de discussion en perspective, mais peux-tu boucler sur François Cheng?

- J'en étais resté à ceci :

"dans le duo anima/ animus, il n'est pas difficile de repérer une différence de postures pour en parler :

  • Animus, le corps, composé d'éléments identifiables, est considéré ex post: 𓁜;
  • Anima, ce souffle de vie indéfinissable ne peut qu'être évoqué ex ante: 𓁝.

Maintenant, il s'agit de se représenter l'homme comme le référé de ces deux types de discours."

Situant même mon discours ici :

niveau de 𓂀 les discours de 𓂀 sur 𓁝I𓁜
 
[∃]  
[⚤] (a)  
[#] (b)  
[♲] (c) (𓁝⇆𓁜)𓂀
[∅]  
 

C'était avant d'explorer le second mode de pensée en ♢...

- Et peux-tu prolonger ta réflexion ?

- Je repense à Engoulevent qui piste le Dieu Lune et le force à trouver refuge au Ciel. Il y a d'un côté une pulsion vers le haut, l'union à l'autre, s'accompagnant d'une déjection de terre à poterie, qui à son tour passera de l'état de chaos à celle d'arte fact par le savoir faire de la Potière, dans un va-et-vient conduisant du chaos 𓁜 à l'ordre 𓁝☯ et de l'ordre 𓁝 au chaos 𓁜.

J'avais déjà repéré ce mouvement général dans "L'Homme Quantique" semblable à celui d'un pendule oscillant entre deux positions extrêmes :

  énergie potentielle énergie cinétique
position haute maximum minimum
Position basse minimum maximum

Après avoir pas mal épluché le séminaire de Lacan, j'en avais tiré ce rapprochement suivant :

  • énergie potentielle <=> pulsion;
  • énergie cinétique <=> libido.

Ce qui conduit à imaginer qu'en tournant dans son Imaginaire-Moëbius comme un écureuil dans sa cage, Le Sujet accroît la pulsion vers le haut en épuisant sa libido, en passant d'un mode au suivant ♧→♢→ ♡→ ♤.

Idée qui n'est pas invalidée par l'expérience du rêve : en  ♢ le Sujet est quasiment coupé du Réel, sans pratiquement d'échange et l'engagement énergétique de type "cinétique", de mouvement, d'investissement "libidinal" est minime, quand le désir se fait plus prégnant, plus insistant, ce qui correspondrait à une intensité plus forte de la "pulsion".

- Je ne vois pas où tu veux en venir ?

- Moi non plus. J'avoue que le texte sort de lui-même, il s'agit pratiquement d'associations libres.  Peut-être, cette dualité anima/ animus que j'identifiais en 𓂀 pourrait s'exprimer en 𓂀 sous forme énergétique par la dualité libido/ pulsion ?

Il est préférable de laisser tout ceci décanter un peu ...

------------Sieste------------

- L'idée qui me vient là, maintenant, c'est de revenir à l'origine de ma démarche, lorsque que j'avais associé l'idée de "mouvement" à un couple de concepts l'un synchronique, comme l'espace, et l'autre diachronique, comme le temps.

Le plus primitif des espaces étant celui de l'ensemble N des nombres naturels en [⚤], le temps élémentaire étant le saut diachronique [∃]↑[⚤], représenté par la flèche d'un morphisme, la répétition du saut (donc le temps) permet seul de passer de 1 à 2, puis de 2 à 3 etc.

Or, ce "mouvement" exprimable en ([∃][⚤])𓂀, je le réifie en passant d'un mode ♧ à un mode ♢, en changeant d'objet final (*) pour •⟲. dans une pensée ([∃])𓂀.

La question suivante est : quelle est la nature du "mouvement du mouvement"? représentable par les flèches d'un foncteur, comme ici le foncteur "vrai", dans une pensée ([∃][⚤])𓂀?

Lawvere - Conceptual mathematics p. 341

 

Il n'est pas idiot d'avancer que ce qui provoque le "mouvement" physique, cinétique, ou déplacement d'un objet est dû à ses "liens" avec le reste de l'univers, autrement dit son énergie potentielle.

- Je te vois venir gros comme un camion : tu cherches ton carré commutatif.

- Oui, bien entendu. Avoue qu'en physique, il n'est pas très aisé de situer ce concept "d'énergie potentielle", il faut attendre d'être en [#] en mode ♧; mais ici, en mode ♢ où je ne m'occupe plus des objets mais de leurs liens, l'idée de "potentiel" vient tout de suite en [⚤], et ce serait sans doute une bonne base pour comprendre cet aspect double de la géométrie non-commutative d'Alain Connes, non ?

Autrement dit notre discussion se situerait dans ce carré élémentaire : 

[∃] [⚤] énergie potentielle 𓂀
   
[∃] [⚤] énergie cinétique 𓂀

Pour le psychanalyste, par analogie, nous aurions ceci : 

[∃] [⚤] pulsion 𓂀
   
[∃] [⚤] libido 𓂀

- Et pour en revenir au couple anima/animus ?

- Je pense à ceci :

[∃] [⚤] anima 𓂀
   
[∃] [⚤] animus 𓂀

Si tu parcours les schémas à rebrousse-poil, cela sous-entend que notre caractère d'être vivant (anima/animus) conduit le Sujet à gérer ses rapports aux autres en termes de libido/ pulsion, et ses rapports aux objets en termes d'échanges d'énergie cinétique/ potentielle, pour créer de l'ordre à partir de Chaos...

- Vaste programme ! 

- Effectivement.

Hari

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