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L'Homme quantique

Sur les traces de Lévi-Strauss, Lacan et Foucault, filant comme le sable au vent marin...

L'Homme quantique

Sexe et produit

C'est au réveil, comme toujours, que les idées se livrent sans entrave, et ce matin je capture celle-ci au vol : le sexe est comme un produit d'objets, une multiplication. Idée saugrenue me direz-vous, qui manque singulièrement de romantisme...

Aussi convient-il de détricoter un peu le discours. Tout part du rapprochement que j'ai fait entre notre façon générale de percevoir le Monde (en me situant, en tant que Sujet au niveau Im de mon propre Imaginaire, restant encadré d'un côté par un Réel proprement inaccessible et de l'autre par un Symbolique qui me rattache à ma culture, pour le dire d'une façon générale), et cet Imaginaire lui-même que je tente de décrire avec un langage des plus élémentaires qui soit : celui de la théorie des catégories, dont l'élément de base est le "morphisme".

Le premier point à garder à l'esprit est que ce rapprochement "cloche", et qu'il ne peut s'agir d'une "transformation naturelle" au sens de la théorie, du simple fait que mon Im est toujours en position ex post par rapport à ce discours "mathématique", tandis qu'il est en position ex ante par rapport à son propre Symbolique (mais toutefois en position ex post par rapport au Réel). Cette rupture de symétrie marque la limite du discours rationnel que l'on peut porter sur le Sujet.

Bien, ce rappel étant fait pour les traînards, dans ce rapprochement, le concept le plus proche du Réel est l'objet final (un simple point ou {.} dans la Catégorie des Ensembles, au niveau Imaginaire I1, qui peut être vu comme la réification d'une pulsion) quand le concept se rapprochant le plus du Symbolique est l'objet initial (le vide ou { } au niveau I0). À partir de là, la théorie des catégories nous incite à considérer un niveau Imaginaire intermédiaire I01 clivant :

  • d'une part la "pensée logique" entre I1 et I01;
  • d'autre part la "pensée géométrique" entre I01 et I0.

Position ambiguë de I01 par rapport à I0 et I1, marquant une différence entre pensée rationnelle logique / topologique semblable à celle du Sujet en Im par rapport au Réel et au Symbolique.  Et ce "topo" discriminant les deux aspects de la rationalité, insiste sur l'aspect "spatial" de la pensée, et renvoie in fine à une décohérence du mouvement lui-même (puisque le temps de synchronique dans un pensée ou il ne se distingue pas de l'espace, dégénère en diachronique et le graphe devient processus). 

La distinction peut échapper au mathématicien, qui ne s'occupe pas en priorité d'incarner ses idées, mais s'impose au physicien dès lors qu'il cherche à "vérifier" une théorie, c'est-à-dire à tirer du Réel une confirmation des conséquences de ses représentations. Il est obligé de ramener sa théorie à une description logique (pas forcément du premier ordre) de celle-ci. D'où le concept d'observable si important pour lui.

Tout ceci dit d'une façon très ramassée, mais ce blog garde la trace de mes errements pour y revenir. Mon but, tel que je peux l'entrevoir ici et maintenant, ce serait d'enfin "comprendre" véritablement les théorèmes de Noether, à savoir le lien entre symétrie / conservation / incertitude. L'angle d'attaque étant peut-être de repérer justement "ce qui cloche", c'est-à-dire ce qui casse les symétries. Dans le rapprochement que nous faisons ici entre une pensée rationnelle s'exprimant par les maths et l'ensemble des modes de pensée, nous avons vu que ce qui cloche, c'est le Sujet...

Vous voyez donc qu'en abordant la physique sous l'angle de son langage, nous ne sommes jamais loin d'un discours portant sur le Sujet lui-même. Le langage est un "pont" entre le Sujet et l'Objet. Tout ceci pour me rassurer de n'être pas l'autiste que d'aucuns prétendent.

Le pas suivant c'est de bien comprendre la distinction entre limite et co-limite, ce qui nous ramène à la distinction multiplication / addition, qui m'avait bloqué jusqu'à dernièrement.

Du côté Symbolique, nous avons, je le crois, assez bien délimité notre terrain de jeu par la mise en perspective suivante : Im≤I0<S<DM. (DM étant, comme toujours, notre "démon de Maxwell", au-delà du discours.)

Nous repérons bien la limite supérieure d'une "pensée géométrique", qui reste rationnelle jusqu'à I0. Or, comme tout élément du domaine (I01;I0) ne peut être atteint depuis I0 que par une descente diachronique,  nous avons caractérisé ce domaine "géométrique" comme celui où le concept de temps est réifié, ramené au concept d'espace. Dans ce schéma, l'opération à la limite inférieure de la pensée (i.e.: en I01) est l'addition, comme nous en avons parlé dans le dernier billet.

D'où l'idée d'utiliser le "ou logique" qui est l'essence même de l'addition, pour lier "Sujet OU Autre" afin de retrouver ce que Lacan nous dit du Symbolique. Nous retrouvons là cette intuition qu'il avait d'une "topologie", mais avec un peu plus de rigueur cependant... J'espère que vous voyez se dessiner tout un réseau de symétries et de brisures de symétries, qui doivent être à l'origine de notre sentiment d'exister, à l'origine de notre ego.

Ceci dit, il nous reste l'autre partie du tableau à explorer, celle qui nous relie au Réel; à savoir : R<I1<I01<...<Im. (Ici, je n'ai plus besoin d'utiliser mon joker DM pour clore le discours, puisque je reste dans une pensée rationnelle ou, si l'on veut,  Im DM).

Entre I1 et I01, nous sommes pleinement dans le domaine du "produit d'objets", ou de la multiplication. Et nous avons longuement parlé de cet objet final comme de la réification d'une pulsion ou d'une volonté du Sujet, qui s'exprime par "∃".

Nous avons vu  par ailleurs de quelle façon les liaisons de l'Imaginaire au Réel ou au Symbolique "clochent", en ce sens que les morphisme qui pourraient y rattacher sont indicibles.

  • L'objet initial serait le "domaine impossible" d'une "pulsion unaire" menant au Symbolique : { } --->
  • Le singleton serait le codomaine d'une "pulsion" venant du Réel dans un "morphisme inachevable" : ---> {.} 

(nous sommes ici très proches du "tuchè" Lacanien, et de l'automatisme de répétition Freudien).

Mais, et c'est là où conduit ma réflexion matinale, on pourrait voir ce même singleton comme le produit de deux projections inaccessibles, que l'on situerait dans le Réel (ou à minima dans la zone Imaginaire infra-langage). C'est bien entendu une vision totalement anthropomorphe du Réel, qui n'a donc aucune valeur de vérité, mais permet de comprendre certaines représentations que l'on s'en fait, pour ainsi dire "instinctivement".

Et l'on en vient à cette représentation de l'acte sexuel comme produit de deux projections mâle / femelle... Je vous laisse développer à votre guise : votre imagination fera le reste.

Si vous vous souvenez de ce qui a été dit du schéma en L de Lacan, je pense qu'il y a là de quoi réfléchir à cette idée que ce qui est uni au plan Symbolique (Sujet OU Autre) puisse se présenter comme dual au plan Réel (a ET a').

La jouissance, que nous avons définie comme un changement de posture du Sujet de ex ante => ex post, serait  liée à un passage:

 (a ET a') => ( Sujet OU Autre).

où s'exprime encore la "pulsion unaire" Lacanienne tendant à rassembler (i.e.: on passe de la dualité à l'union). Pour faire beau je pourrais dire : passer du sexe à l'amour, mais c'est peut-être un peu trop, non ?

Si je dis au matheux que la jouissance tient au passage du ET au OU, pas sûr qu'il me suive !

Une autre façon de méditer, plus occidentale peut-être, sur le Ying / Yang ou le Linga / Yoni...

Hari

 

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