Réflexions sur les mécanismes élémentaires de l’apprentissage

Publié le par Hari Seldon

Revenons à mon dernier billet sur l’idempotence et les points fixes, pour avancer un peu dans la compréhension de l’acquisition du langage. Comment l’enfant s’approprie-t-il le langage de ses parents ?

La nature étant toujours économe, ce processus doit être analogue à ceux déjà présents dans le cerveau avant l’apparition du langage ; par exemple, dans la reconnaissance des objets ou la formation des souvenirs.

Je vous propose donc de revenir, après ces nouveaux développements, sur mes réflexions précédentes concernant les processus mémoriels (voir les billets synchronicité de la mémoire à court terme et la mémoire quantique).

Le nouage d’un souvenir se fait dans le cerveau, au niveau des « amygdales ». Il s’agit fondamentalement d’un couplage entre deux sources d’information :

  • Des sensations internes montant du SGPA ;
  • Des informations descendant du cortex ;

Tout ceci existe bien entendu largement avant l’apparition du langage chez l’homme. À partir de là, Je vous propose d’explorer l’idée suivante :

Dans le processus d’éducation, le langage des parents (« lalangue » de Lacan) se substitue aux sensations internes, dans un schéma similaire à celui de la mémorisation.

Vous voyez tout de suite le genre de discussions que nous pourrions développer à partir de cette hypothèse : le Symbolique qui se substitue au Réel pour former l’Imaginaire et toutes ces sortes de choses… Je vous laisse méditer là-dessus, pour vous inviter à me suivre.

Nous avons bien, dans ce schéma général, un nouage entre deux sources d’information, de la même façon que fondamentalement, dans la théorie des catégories, nous partons d’une relation établie entre deux objets (domaine / codomaine).

Reprenons l’exemple étudié dans le dernier billet :

J’ai supposé implicitement que l’auteur du discours, celui qui établit la carte de la relation est en position ex post par rapport au niveau où s’établit ladite relation. En conséquence les niveaux Imaginaires auxquels je peux me représenter les deux objets A et B, sont tous deux inférieurs à IAB. Je peux compléter ainsi le schéma global :

Réflexions sur les mécanismes élémentaires de l’apprentissage

Mais il s’agit ici de la situation idéale de quelqu’un sachant de quoi il parle ! Un mathématicien pleinement conscient des objets qu’il traite… Imaginez maintenant un enfant de 7 ans, en pleine phase de questionnement : « dis papa, c’est quoi un district ? » On peut raisonnablement poser que notre enfant test sait déjà ce qu’est un « habitant », mais ne sait pas encore ce qu’est un « district ». Notre sujet est donc en position ex post par rapport à IB et ex ante par apport à IA. La leçon va donc consister à « ramener » le niveau Imaginaire IA à un niveau IAB tel que l'enfant puisse discerner l’un et l’autre. Pendant le déroulement de l'apprentissage, on peut dire que l'élève, en Im n'a aucun "recul" par rapport au niveau IAB : il est synchrone, c'est à dire dans l'automatisme de répétition pur. Nous avons Im = IAB.

La leçon sera "acquise", lorsque la bascule Im < IA => IA < Im sera effective, ou stabilisée.

Schéma de la bascule  Im < IA => IA < Im

Schéma de la bascule Im < IA => IA < Im

Et c’est là que le mathématicien nous permet de prendre conscience de ce qui se passe alors. Dans les boucles répétitives enchaînant les fonctions r (r = residence) et s (s = choise of representants) sous la forme rsrsrsrs….

Au niveau neuronal :

  • Chaque boucle rs = 1A renforce le concept A ;
  • Chaque boucle sr = e renforce une mise en forme de ce qu’il connaît déjà, à savoir que parmi les « gens » il y a les gens ordinaires et les congressistes.

Nous pouvons dire que l’acquisition du concept « district » correspond à une bascule du sujet de ex-ante à ex-post. Mais le mécanisme d’apprentissage diffère profondément du processus mythique (voir le mythe de la potière jalouse) : ici, la bascule est « forcée » ou « orientée » par l’éducateur qui transmet à l’enfant ses propres catégories.

La grande qualité de ce schéma est à mes yeux de ne pas être Jungien, mais purement Freudien : l’orientation de la vision de l’enfant ne présuppose aucune relation « interpersonnelle ».

Par ailleurs, l’induction de points fixes dans la perception de l’enfant, par le choix de l’éducateur pose immédiatement une question éthique. Sur quels critères puis-je me baser pour orienter la vision de mon élève ? Comment faire pour qu’il développe sa propre vision des choses, sans lui imposer la mienne ?

Il y a bien là, une articulation à préciser entre le développement « naturel », ou, pour le dire vite une pensée mythique, telle qu’elle est définie par la forme canonique, et une éducation « orientée », telle que nous venons de la définir.

Une autre conséquence, sans doute plus personnelle celle-ci, c’est qu’il va me falloir revoir l’utilisation que j’ai faite jusqu’à présent de la structure sénaire (ou structure absolue) d’Abellio. En effet, cette dernière n’introduit pas entre ses deux dipôles synchroniques la distinction domaine / codomaine fondamentale pour la théorie des catégories.

Bonne digestion

Hari

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